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PRÉFACE

« C'est dans la commune », a dit M. de Tocqueville {De la Démocratie en Amérique, t. P^, p. 96, XV^ édition), « que réside la force des peuples libres. Les institutions « communales sont a la liberté ce que les écoles primaires « sont à la science : elles la mettent à la portée du peuple; « elles lui en font goûter l'usage paisible et l'habitude de « s'en servir. » Ces quelques lignes, dont la justesse semble incontestable, n'ont reçu nulle part une application plus prolongée et plus sérieuse qu'en Belgique, où tant de grandes choses ont été réalisées par les communes, tant d'ordonnances importantes promulguées en leur nom, tant d'édifices construits et d'objets d'art exécutés grâce à leur initiative. Montrer comment sont nées

et se sont constituées les bourgeoisies, exposer les droits qu'elles réclamèrent ou obtinrent, rappeler les travaux de toute espèce qu'elles entreprirent , raconter leurs luttes, rechercher leurs tendances, c'est, en réalité, esquisser toute l'histoire de la civilisation dans notre pays. Ce livre a surtout pour but de décrire les phases par lesquelles nos ancêtres ont passé, depuis les temps où nos contrées commencèrent à respirer après les invasions des Normands et des Hongrois jusqu'au miheu du xni^ siècle, époque où le pays apparaît couvert de villes et de bourgades privilégiées, où un art nouveau marque de son empreinte les monuments et leur ornementation. L'origine de nos communes, ce sujet si éminemment national, n'a encore été traitée par aucun de nos écrivains avec les développements qu'elle comporte. Le mince in-quarto de De Bast, Institution des communes de la Belgique pendatit les douzième et treizième siècles (Gand, 1819), est à la fois superficiel et insuffisant; le petit volume écrit par M. Coomans, Les communes belges (Bruxelles, 1851, in-12), ne consacre que quelques pages aux premiers temps de l'existence de notre organisation communale, et l'on ne s'occupe guère que de son état pendant les derniers siècles dans d'autres j)ublicalions, telles que : le Précis du régime municipal de la Belgique avant 1794, de M. Gachard (inséré dans les Documents

concernant l' histoire de la Belgique^ t. III, pp. 5 et suivantes), et ï Essai sur le droit communal de la Belgique, de M. Giron (Bruxelles, 1862, in-8"). Il est inutile d'énumérer les travaux qui sont consacrés à des provinces ou à des villes, comme : le Mémoire sur le tiers-état en Brabant, d'Ernst, Y Origine des communes flamandes, de M. Jules Van Praet (Gand, 1829, in-8°), le Mémoire sur raffrancliissement des communes dans le nord de la France, de M. Taillard (Cambrai, 1837, in-8'*), etc.; ils n'embrassent qu'une partie du tableau que l'on essaye aujourd'hui de présenter dans son ensemble.

Pour l'œuvre que l'on offre au public, on a suivi un autre système. Sans se circonscrire dans des limites qui ne datent que d'une époque récente, mais en s'attacliant de préférence aux contrées qui composent la Belgique de nos jours, on a essayé de montrer comment la civilisation y a successivement triomphé des obstacles qu'elle a rencontrés sur sa route, jusqu'au xin^ siècle. Après avoir dépeint à grands traits la transformation que la Gaule Belgique subit à l'époque romaine et la situation dans laquelle elle se trouva après la conquête du pays par les Francs, l'auteur a recherché les causes qui y ont fait grandir la féodalité et ensuite ces institutions : la gilde, Vamitié, la commune, la paix, à la naissance desquelles s'attache un si vif intérêt.

Il ne se flatte ni d'avoir tout indiqué, ni d'avoir épuisé un aussi vaste sujet: souvent il a dû se restreindre. Il s'est efforcé, toutefois, de ne rien omettre d'important et de préciser la véritable situation de la commune vis-à-vis de la féodalité, son redoutable adversaire, et du servage, qu'elle a tant contribué à adoucir.

Il y a quelques années, M. Wauters a publié, en un volume in-octavo et sous le titre de : De l'origine et des premiers développements des libertés communales en Belgique, dans le nord de la France, etc., environ 200 documents, en partie inédits, pouvant servir à éclaircir les faits et les institutions de la premère période du moyen âge. C'est à ce travail, tout à fait indépendant de celui-ci, qu'il est renvoyé dans les notes sous le titre de Preuves. Pour ne pas donner à son ouvrage une étendue démesurée, il a élagué un grand nombre de citations. Quant à d'autres diplômes dont il est fréquemment fait mention, on les trouvera cités dans la Table chronologique des diplômes imprimés concernant l'histoire de la Belgique, dont on a déjà imprimé cinq volumes, comprenant les années antérieures à i280, et où sont indiqués les publications dans lesquelles les textes mêmes sont reproduits.

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