LES FETES DE NANCY
L'empereur allemaud disait : — La FraDce est veuve; netrar». Son astre a déserté le ciel; Le destin lui pétrit le paiu noir de l'épreuve Avec de la cendre et du fiel.
En sa demeure vide, elle est comme une morte. \r^f~». -. Passez, rapides flots humains ! On^ne la connaît plus, le pêne de sa porte Pend, rouillé de l'oubli des mains.
L'Alsace a beau montrer du doigt à la Lorraine — -—--.Son toit plus penchaut qu'un fruit mûr, Aucune fleur n'éclot avec l'aube sereine, Entre les fentes du vieux mur.
Rien ne la sauvera, quoi qu'on dise ou qu'on fasse:
Ses fautes ont lusse les dieux.
Tout le sel de la mer coulera sur sa face,
Par le trou béant de ses yeux.
Elle n'emportera de la moisson superbe
Que l'affront de ses reins courbés;
Quand elle s'assiéra pour dénouer sa gerbe, Tous les épis seront tombés.
Les tragiques effrois lui plisseront la bouche;
Les peuples fuiront son bais.er; Ses enfants trouveront un serpent dans^leur couche,
Quand ils voudront se reposer!
Cette France, autrefois la lumière du monde., L'œil des voyants, le pain des forts,
Est maintenant pareille à la pauvresse immonde Qui chemine en jetant des sorts.
Elle restera seule, accablée en sa chute,
Avec sa plaie ouverte au flanc, Celle que les licteurs et les joueurs de flûte
Escortaient jadis en tremblant.
Mes soldats, dédaigneux de sa gloire usurpée, Huaut son grand nom qui périt,
Raturent Iéna du bout de leur épée, A mesure qu'elle l'écrit.
Je ne lui permets pas, même sur sa frontière,
D'évoquer, au nom des aïeux, La moisson des lauriers que la victoire altière
Plaquait à son front radieux.
Je défends à ses chefs, quand les foules serviles Les escortent comme uu troupeau,
D'aller caracoler dans la rumeur des villes, Sous le large vol du drapeau.
Ils ne franchiront pas, tant ma main redoutable Brise la révolte et le mal,
e cercle qu'autour d'eux j'ai tracé sur le sable Avec mou sceptre impérial.
u'ils osent seulement, eu un jour de folie, Franchir les portes de Nancy ;
t nous verrons un peu si l'Allemagne plie, Quand j'aurai crié : « Me voici! »
h bien! regarde, Empereur d'Allemagne!
es chefs de France, avec le jour levant, nt traversé la plaine et la montagne; t le drapeau, lui qui les accompagne, il a tremblé, n'a tremblé que du vent.
devant eux, par les monts et la plaine, omme portés sur le grand flot humain,
sont allés en leur ville lorraine, in? avoir vu l'ombre d'un capitaine ?vcr l'épée au travers du chemin.
j ont franchi la porte Notre-Dame, 1 bourdonnaient autrefois les archers :
ts un fourreau qui D'ait gardé sa lame, . les deux tours, arborant l'oriflamme, irillonnaient avec leurs deux clochers.
Car la France est vivante, ô Sire!
Comme le chêne au flanc des monts.
Pour boire l'air qu'elle respire.
Dégonfle-lui donc les poumons !
Essaye un peu, soudard farouche, De voler le souffle à sa bouche Que le baiser de la cartouche Noircira peut-être demain ; Et si ce n'est 'pas toi qui tombes, Trébuchant au marbre des tombes, Je veux que les blanches colombes Ne se posent plus sur sa main!
Je veux que le néant vienne et la prenne toute, Que son généreux sang s'épande goutte à goutte,
Sans nous attrister d'un remords, Que la vermine soit sa hideuse compagne, Et que tes alliés s'enivrent de Champagne,
En buvant dans son crâne mort !
Avais-tu nourri l'espérance, Le glaive au poing, à toi tout seul, De coucher au tombeau la France Et de nous coudre à son linceul?
En ta brutale rêverie.
Avais-tu cru que ma Patrie S'endormirait, toute meurtrie, Dans le lâche oubli des affronts, Et qu'elle baisserait la tète S us l'injure de la défaite, Sans te rappeler qu'elle est prête A coller su lèvre aux clairons?
Tes colères, des mots! Tes dédains, reculade! Avais-tu supposé, majestueux malade.
0 ver de terre couronné!
Que Nancy, la fidèle, allait fermer ses portes, Et que Ton tremblerait comme des feuilles mortes,
Lorsque ta foudre aurait tonné?
Si tu veux courber sous ta gloire Ce grand pays jamais lassé, Commence par biffer l'Histoire, Rature l'immortel passé!
Fais des hauteurs de l'Epopée Chasser, avec leur propre épée, Ceux des nôtres qui l'ont trempée Dans votre sang blond, sous la chair t Que Valmy s'épouvante et parte!
Supprime Iéna sur la carte!
Prends son génie à Bonaparte, Ses galons de laine à Kléber!
>éshonore Bayard, jette à l'égout Turenne! 'ais taire au ciel les voix de la bonne Lorraine!
Lave ton triomphe acheté!
•ore les trahisons, blanchis les pages noires 1 [outre au monde ébloui, pour sacrer tes victoires,
Bazaine réhabilité!
Nos villes sont à nous, Guillaume!
Nous y restons quand nous voulons.
Du toit do marbre au toit de chairne, Rien de nous n'est sous tes talons.
Gouverne tes millions d'hommes, Elargis leur bagne en enfer.
La France est iière. Nous y sommes Libres comme l'aigle dans l'air.
C'est, dans l'Europe, une risée, Lorsque tu nous montres le poing.
Que Nancy rie en épousée, Cela ne te regarde point.
Mais, si tu veux une revanche, — Et le plus petit prince en a, — Profite aussi d'un beau dimanche.
Va-t'en visiter léDa!
4 juin 1892.