‹ Les libres parolesChapitre 31 sur 39 · Livre le juste à l'anathème · texte numérisé non relu

Livre le juste à l'anathème

Et les brebis aux dents des loups?

N'as-tu dessiné sur de l'ombre

Qu'une chimère haute et sombre,

Dans rénorme page où tu mets

Au service de Souvarine

Le flot qui, pour noyer la miue,

Ruisselle au penchant dés sommets?

N'as-tu ciselé qu'un fantôme, Quand le vieux, pleurant en chemin, S'en va, chassé du toit de chaume, Avec son bâton dans la main ?

S'il suffit d'un baiser d'alcôve Pour éveiller la bête fauve Dans la poitrine de Lantier, Est-ce que la race et la terre, Mariant leur double mystère, L'ont fait ton tragique héritier?

Claude lutte. Sigismond rêve Que tout le vieux monde a croulé Saccard s'arrondit, Nana crève Le ventre au million volé; Riche et pauvre, palais et bouge, Tout fait la culbute ; et Bazouge Emmène la Camarde au bal...

Toi, ta dresses devant l'Histoire, Pour les siècles et pour ta gloire, L'implacable procès-verbal!

Et que m'importe qu'on t'accuse, Au nom du bon goût désolé, D'avoir au front blanc de la Muse Arraché son masque étoile?

Ce n'est pas seulement pour dire

Des bagatelles au zéphire Volant à travers les rameaux Que la légion des génies A tendu ses lèvres bénies A Téternel baiser des mots.

Que les beaux faiseurs de morale, Agenouillés devant les grands, Fassent d'abord cesser le râle Des parias et des soutirants !

Ce n'est pas ton labeur sincère, C'est l'universelle misère Qu'il faut maudire à pleins poumons.

Laissons se protéger les anges :

Nos doigts ne pétrissent les fanges Que pour lapider les démons !

Dans ion œuvre bien étayée,

Où l'aile vibre, où tout est clair,

La justice vit, appuyée

Sur ses quatre jarrets de fer.

Concorde ! plus de misérable !

Ton réalisme formidable

Aura vengé notre idéal.

J'attends que le grand soleil vienne ;

Et déjà là-bas, comme Etienne,

J'ai vu frissonner Germinal !

Or, c'est une pléiade amie,

Où les Ris fêtent les Amours,

Qui t'ouvre son académie,

Sans te corriger ton discours,

Notre bureau, c'est la pelouse ;

Pas une cigale jalouse

Ne t'aura refusé sa voix.

L'hirondelle, si tu nous parles,

Ira conter aux filles d'Arles

Que les nids chantaient dans les bois.

— loi —

J'ai peut-être en mon odelette Erré dans le bleu trop souvent.

Que veux-tu ? le chant du poète Est comme une aile sous le vent.

Mais nous aurons devant les marbres, Dans le soleil et sous les arbres, Gazouillé comme des oiseaux ; Et, légers de soucis moroses, Nous pourrons emporter des roses, Puisque nous reviendrons de Sceaux

18 juin 1893.

Page 1