‹ Les libres parolesChapitre 30 sur 39 · A EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

A EMILE ZOLA

a l'occasion des fêtes du midi a sceaux

Qui donc avait dit, puissant maître, Que ta gloire, espoir du granit, Dédaignait l'idylle champêtre Où nous évoquons notre nid, Et qu'Estelle, la sœur des fées, N'égayait jamais tes trophées Du vol des souvenirs sereins, Quand, avec un bruit de cymbales, Les ailes d'argent des cigales Se posaient sur les tambourins ?

Notre Mireille est accourue, .

La rose et le bluet au front, Pendant qu'au milieu de la rue Les poètes dansaient en rond; Et te voilà dans notre fête, Oubliant de quelle tempête Sera fait tou livre nouveau, Pour ressusciter ta jouvence, Aux doux chants de cette Provence Qui t'ensoleilla le cerveau !

Ah ! josai presque te maudire De n'avoir pas servi mes dieux, Moi qui garde à la sainte Lyre Un amour de barde pieux, Lorsque des épaules du Verbe Tu fis en moissonnant ta gerbe Dans les splendeurs de Messidor, Glisser le manteau romantique Qui sur le seuil blanc du Portique, Traînait de la pourpre et de l'or!

Qu'importe ! la pensée altière

Egale l'enfant à l'aïeul ;

L'art est le pays saDs frontière,

Où le géûie est roi tout seui.

L'œuvre plane sur les doctrines :

Tout ce qui s'écroule en ruines

Contenait de l'ombre et du vent ;

Un drapeau passe, uu livre dure;

La querelle meurt, à mesure

Que le grand homme est plus rivant.

Vois si notre dispute est vaine !

Tout hâte le même réveil.

Tu ne sculptes la fange humaine Que pour la dorer de soleil, Les types que ton rêve crée Frissonnent de l'horreur sacrée, Dès qu'ils ont ployé le genou ; Le réel confine au prodige, Et tout le songe ailé voltige Dans les roses du Paradou.

C'est l'éternelle hypocrisie Qui fait, en un siècle lassé.

De l'ombre sur ta poésie Avec son masque rabaissé.

Les comédiens de l'extase,

Mirlitouaant leur vieille phra?e.

Simulent un noble dégoût, Lorsque tu fais en ton prétoire Subir un interrogatoire A quelque monstre de l'égout.

Es-tu le maître? Est-ce ta faute Si l'or a tué l'idéal Et si nous marchons côte à côte Avec la Débauche et le Mal?

Est-ce toi qui fais dans les villes Osciller les foules servîtes Entre le vice et la douleur ?

Es-tu le complice des hontes?

L'orage te doit-il des comptes, Chaque fois qu'il brise une Ûeur?

Quand les vents soulèvent le sable

Dans l'immensité du désert,

Ta main est-elle responsable

Du grain de sable qui se perd?

Est-ce toi qui pousses l'échelle

Sous la planche tremblante et frêle

Où son pied s'était mal posé,

Quand Goupeau, tournant dans le vide,

Tombe sur le pavé stupide

Ainsi qu'un grand oiseau blessé?

Est-ce pour railler son ivresse Et l'accabler sous ton arrêt Que tu l'amollis de paresse Au seuil banal du cabaret ?

Si Gervaise aussi s'habitue A l'alcool qui brûle et tue Les grêles poumons vidés d'air, Est-ce ta pitié dérisoire Qui verse de la mort à boire A ces damnés de notre enfer ?

Est-ce ta volonté suprême

Que le sort aveugle et jaloux:

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