CONCLUSION
La ligue achéenne , on le voit, n'eut jamais, à proprement parler, une politique indépendante , comme la ligue étolienne. Elle passa de sujétion en sujétion , de tutelle en tutelle : elle n'était qu'une confédération urbaine sans importance au temps où les Etoliens dominaient dans la Grèce du Nord et poussaient leurs conquêtes jusque dans le Péloponnèse. A peine en voie de formation, elle se trouve en butte à la rivalité de Lacédémonc renaissante sous Cléomëne ; pour échapper à l'hégémonie du roi de Sparte, elle appelle Antigène Gonatas, maître plus lointain , mais non moins impérieux. Le joug macédonien s'appesantit encore davantage à mesure que Philippe V devient plus puissant, et rencontre moins de résistance dans le reste de la Grèce. C'est à peine si la confédération péloponnésienne conquiert, à la faveur de l'antagonisme de Rome et de la Macédoine , quelques années de liberté apparente. La Macédoine vaincue, Rome change de politique avec ses protégés achéens , tout comme elle avait sciemment poussé à la révolte les Etoliens importuns après Gynoscéphales. Les discordes intestines hâtent d^ailleurs pour la ligue le moment de la servitude et favorisent l'action de l'étranger. Quand la dernière révolte de la Macédoine sous Persée est réprimée à Pydna, il ne faut aux Romains qu'une occasion favorable pour dissoudre cette union du Péloponnèse , œuvre d'Aratus et de Philopœmen.
Et pourtant ces grands hommes avaient fondé un Etat que de lointaines traditions historiques semblaient prédestiner à vivre et à prospérer. Le groupement des peuples péloponnésiens en une seule ligue était préparé par bien des faits. Ces peuples s'étaient connus et rapprochés d'abord sous la domination de Sparte : fatigués de cette. domination, ils s'étaient encore exercés à la vie commune enjuttant pour secouer le joug. Epaminondas avait favorisé leurs tentatives de résistance générale. La plus puissante
nation de la péninsule , TArcadie, avait fait de bonne heure Fexpérience du régime fédéral. Que d'antécédents propres à favoriser rétablissement d'une confédération embrassant toute la péninsule a comme une seule ville dans ses murs ! »
Mais Sparte niabdiquera jamais : pliée sous la main de fer de Philopœmen , elle se redressera après sa mort. Si la résistance de Sparte a longtemps arrêté les progrès de l'union dans le Péloponnèse, ce seront encore ses révoltes qui attireront à la ligue la servitude romaine.
Ces réveils de jalousies locales devaient pourtant être encore moins funestes à TEtat achéen que les discordes intestines^ que les convoitises sociales. Car le moment où l'union des peuples s'est faite dans le Péloponnèse (190) est aussi celui où une révolution bouleverse la Grèce, où les luttes entre l'aristocratie et la démocratie , les haines des pauvres contre les riches sont dans toute leur aigreur. C'est là pour la fédération achéenne une cause de dissolution profonde.
Sans prétendre nier l'importance de cet ordre d'événements politiques et sociaux , nous ne croyons pas que la ligue achéenne soit sortie d'une réaction contre l'esprit démagogique. Le développement territorial de cette ligue peut s'expliquer par quelquesunes des causes dont l'intervention dans l'histoire des peuples est la plus fréquente, je veux dire la volonté des plus habiles et l'action des plus forts. En tout cas, il nous semble démontre, par le simple exposé des faits , que l'antagonisme tout accidentel et passager des| ligues étolienne et achéenne n'a point le caractère d'un antagonisme de principes : répétons ici , pour résumer la partie historique de notre démonstration, qu'à vrai dire, les deux Etats fédéraux ne furent pas contemporains. -
D'ailleurs, en étudiant l'histoire de leurs révolutions, nous déterminerons jusqu'à quel point les modifications survenues dans leur régime intérieur ont pu influer sur leur manière de se conduire à l'égard des Etats grecs ou de Rome.