‹ Les ligues Étolienne et Achéenne: leur histoire et leurs institutions, nature et durée de leurChapitre 17 sur 56 · M., XXVIII · texte numérisé non relu

M., XXVIII

FORMATION TBRRITORIALB DE LA LIGUE AGHÉENNE. 85

Syrie, Antiochus Epiphane, imploraient des Achéens renvoi de mille fantassins et de deux cents cavaliers. Lycortas , Polybe et Archon, avec un grand sens politique, conseillaient d'accorder ce secours ; puisque tout espoir semblait perdu du côté de la Macédoine, il était au moins prudent de restaurer Fancienne puissance des Ptolémées et de se réserver un allié utile à l'occasion. Callicratës^ Hyperbatos et Diophanës alléguaient qu'on ne devait rien distraire des forces achéennes , tant que l'issue de la guerre entre Rome et Persée serait incertaine. Après un premier ajournement (1), la proposition de Callicratës fut adoptée , il est vrai, grâce à Tappui de Q. Marcius, porteur d'une lettre du sénat. Toutefois , Archon fut nommé membre de l'ambassade (168).

Pydna fut la ruine définitive du parti modéré (2) et de la ligue achéenne, déjà sujette de fait. Ce malheureux Etat, impuissant et travaillé par les dissensions, est aussi brutalement traité que l'avait été la ligue étolienne après la défaite d'Antiochus : la politique romaine n'a plus personne à ménager. Il suffit de citer les principaux faits qui se succèdent si rapidement jusqu'au sac de Corinthe pour montrer les progrès de l'asservissement et ceux de la discorde. A peine avait-on appris la nouvelle do Pydna, que Cn. Domitius et G. Glaudius apportentles réclamations et les menaces du vainqueur ; les alliés seront traités comme les rebelles (3). lies dénonciations de Callicratès suivent de près les accusations du commissaire romain ; mille des principaux Achéens sont déportés en Italie^ et parmi eux, Polybe (4). Six fois en seize ans des ambassadeurs imploreront du sénat la délivrance des exilés auxquels le mépris de Caton fera grâce. Rome poursuit sans relâche son œuvre de division : en 166, c'est une querelle entre Sparte et Mégalopolis qui permet à Sulpicius Gallus de déléguer Callicratès comme juge de ses compatriotes. Celui-ci travaille pour Rome en favorisant de nouvelles sécessions. Il ne faut qu'une occasion pour provoquer la rupture définitive : après le différend

(1) Polybe, XXIX, tO.

(2) Ibid., Tite-Live (XLV, 31), dit qu'à ce moment le parti de Rome l'emporta enfin; et Paasanias {Achaiq. , X, 2) , remarque que la défaite de Persée et la ruine de la Macédonie fut la principale cause de la destruction de la ligue achéenne.

(3) Polybe, XXX, 10, 8.

(4) M. Freeman éprouve le besoin de défendre Paul-Emile. Il ne croit pas qu'un « si honnête homme » ait pu ordonner toutes les mesures de rigueur dont l'exécution terrifia la Grèce. On sait que les plus doux des Romains s'arrêtaient rarement à des scrupules d'humanité : d'ailleurs, les textes sont formels à ce sujet.

86 LES LIGUBS ÉTOIiIBNNE ET AGHÉBNNB.

survenu entre Oropos et Athènes et à la suite duquel le parti démagogique semble être arrivé au pouvoir (1), c'est une révolte de Sparte qui ouvre la voie à la suprême intervention de Rome. La rupture d'une trêve conclue sur l'injonction de Q. Caecilius Metellus amène l'envoi de l'ambassade conduite par L. Âurélius Orestes. Le sénat adresse des ordres et sépare de la ligue Lacédémone , Ârgos , Gorinthe j Héraclée , Orchomène : ses ambassadeurs sont insultés et Sextus Julius Caesar ne peut obtenir réparation pour eux. L'Achaïe succombe après une courte lutte, dans laquelle les démagogues, que la confédération s'était donnés pour chefs, déploient beaucoup d'énergie et de courage (146) (2). Il n'y avait plus en Grèce un seul Etat indépendant : Rome avait abattu successivement tous les princes et les peuples ; dans sa politique à l'égard des Grecs elle avait su mieux que jamais diviser pour régner.

(1) La fin de Thistoire de la ligue achéenne est mal connue; le récit de Pausanias est tout fragmentaire et épisodique. Polybe ne donne plus que de rares indications sur Thistoire intérieure et la lutte des partis. M. Fustel de Goulanges a groupé, dans le chapitre VII de son Etuit %ut la conquête de la Grèce par les Romaine (p. 96-102), tout ce que nous savons d'important sur cette époque troublée*

(2) Cf. Fustel de Goulanges , ibid. , p. 99 et 100. « Ces hommes de la démocratie furent autrement énergiques dans leur volonté et dans leur résistance que n'avaient été Philopœmen et Lycortas. Vous ne trouvez chez eux ni hésitation, ni arrière-pensée. Ils savaient nettement ce qu'ils voulaient, et marchaient résolument à leur but... »

Page 1