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La flotte obéissait aussi à ses ordres ; on lui réservait uu navire, prxloria nanis (1).
La constitution de Tarmée achéenne nous est assez bien connue dans ses traits généraux.
Si Polybe et ses contemporains n'assistèrent pas sans étonnement à la défaite des troupes macédoniennes, l'historien ne fait pas aux soldats de la Grèce proprement dite Thonneur de croire qu'ils étaient de dignes adversaires du légionnaire romain. « Le » soldat grec, » dit-il, « a déjà beaucoup de peine à porter seule- » ment ses armes ; on ne pourrait le charger, comme un Romain, » des pieux destinés à former le retranchement (2). » En outre, les levées des princes étrangers, rois do Syrie et d'Egypte, avaient singulièrement diminué on Grèce le population valide (3). Aussi les armées achéennes en particulier ne paraissent avoir jamais été très nombreuses.
L'unité des forces militaires était assurée par la permanence d'un corps d'élite, ol ^mX^xTot, qui restait sous la main du stratège (4). La ligue entretenait aussi, aux frais communs des vilUes, une troupe de mercenaires. Enfin, en cas de guerre, on appelait, pour les réunir à ce premier noyau, les contingents levés parmi les citoyens de chacune des cités fédérées.
Le corps d*élite des iitàixxQi se recrutait sur tout le territoire de la ligue sous la direction du stratège (5). Tite-Live le désigne par les mots delecti omnium civitatium (6). »
L'armée mercenaire comptait des soldats de nationalités diverses et d'armement varié ; elle paraît avoir été nombreuse de tout temps. Souvent, les auxiliaires étrangers n'étaient pas levés par appel du stratège et organisés par ses soins , mais se mettaient en corps déjà constitué, avec leurs chefs nationaux au service de la ligue. Ainsi, le Cretois Télemnastos avait pris part à la guerre contre Nabis avec cinq cents de ses compatriotes (7). Les Achéens en marqueront une grande reconnaissance à son fils.
Les stratèges employaient aussi des officiers étrangers , qui te-
(1) Tite-Live, XXV. 26.
(2) Polybe, XVIII, 1, 2 et 3.
(3) Ainsi Ptolémée tire de la Grèce une armée entière de mercenaires (Polybe. XXI, 19, 6).
(4) Polybe, XVI, 37, 2, et V, 95, 5. — Cf. aussi une dédicace des 'EtciXsxt o i Tûv 'Axaiûv publiée par M. Dittenberger dans VArchaol Zeit., 1879, p. 134,
(5) Polybe, IV, 16, 6 : « éiciXeXeyitévcov xôv 'Axoûxùv veavioxwv. »
(6) Tite-Live, XXXII, 25.
(7) Polybe, XXXIII, 14, 6.
156 LES LIGUES ÉTOLIBNNB ET ACHÉBNNE.
naient quelquefois un très haut rang dans Farmée. À Tépoque de la guerre contre Machanidas , Pbilopœmen laissa le commandement général des troupes au Ci*étois Didascalondas. Ce Cretois fut même mis spécialement à la tôte du corps d'élite des i-KÙÂxxoi (1).
Mais, le plus souvent, les mercenaires étaient levés par le stratège aux frais du trésor commun (2), ou^ en cas de besoin pressant, avec les ressources d*un emprunt demandé aux villes (3). Il était difficile, au moins dans les premiers temps de la ligue, de trouver un nombre suffisant de mercenaires ; la petite confédération payait mal leur solde (4), tandis que tout homme valide était régulièrement payé dans les grandes armées des Ptolémées et des rois de Syrie.
Les contingents recevaient du stratège Tordre de se concentrer ; cet ordre indiquait de quelle quantité de vivres les hommes devaient être pourvus (5). Chaque contingent combattait sous les ordres d'un chef de son pays (6).
Ainsi, Tarmée achéenne était formée d'un corps d'élite, recruté dans toute la péninsule, de troupes mercenaires composées soit par engagement individuel, soit par admission au service de groupes déjà organisés sous des chefs particuliers ; enfin de contingents régionaux.
Le corps d'élite était seul employé dans les garnisons fédérales préposées à la défense et à la surveillance des villes menacées par l'ennemi ou suspectes de rébellion (7). Son recrutement national était un gage de fidélité à l'union.
La tactique de l'armée achéenne fut souvent modifiée. Au temps d'Aratus, elle consistait, sans doute, dans l'emploi d'une phalange, d'un corps nombreux et combattant à rangs serrés. Polybe, parlant des troupes fédérales qui prirent part à la malheureuse bataille de Caphyae , dit qu'elles savaient surtout combattre en plaine (8). Mais l'armée achéenne n'est guère connue, pendant cette première période, que par les nombreuses défaites qu'elle essuya dans la guerre contre Cléomène. Aratus remporta quel-
(1) Polybe, XVI, 37, 3.
(2) Plut., Arat., 37.
(3) Polybe, IV, 60, tO.
(5) Id,. XVI, 36, 3.
(6) Plut., PhiUfp., 6. Le contingent de Mdgalopolis combat à part sous les ordres de Philopoemen.
(7) Tite-Live, XXXII. 25.
(8) Polybe, IV, 11,8.
ques succès sans importance sur des partis d'Etoliens; on sait que le grand homme était un médiocre général.
Des abus de toute sorte avaient désorganisé Tarmée fédérale , lorsque Philopœmen fut chargé de procéder à une réforme complète.
La cavalerie, qui se recrutait en grande partie parmi les jeunes gens de la classe riche par voie d'engagements volontaires (1) était indisciplinée. L'obéissance avait à souffrir du développement, de la brigue : comme Thipparque aspirait à devenir stratège, il ne sévissait point dans la crainte de s'aliéner les membres des grandes familles (2). L'indiscipline avait pris de telles proportions , qu'on avait vu des cavaliers vendre leurs chevaux (3). L'état matériel de cette troupe et sa méthode de combat laissaient également beaucoup à désirer ; la cavalerie était lourde et difficile à mouvoir sur le champ de bataille.
L'infanterie, dont la phalange faisait la force, péchait également par manque de souplesse ; c'était une masse dont le choc, irrésistible en rase campagne, n'avait plus aucun eifet sur un terrain accidenté. Enfin son armement était défectueux.
Philopœmen rendit la cavalerie plus mobile y donna une plus grande rapidité aux mouvements d'ensemble et exerça sans relâche ses cavaliers. Polybe explique en détail par quels exercices il corrigea les défauts de ce corps : il maintint aussi parmi les cavaliers une sévère discipline (4).
Il modifia de même les mouvements de la phalange, et sans enlever à cette formation sa solidité , lui fit acquérir une rare souplesse (5). C'est grâce à cette tactique nouvelle qu'il vainquit le tyran Machanidas; une charge de la phalange enfonça les mercecenaires et les troupes lacédémoniennes (6).
Ayant rendu l'infanterie plus agile dans ses mouvements, il lui donna en revanche un armement plus pesant. Les soldats de la phalange, équipés jusque-là à la légère, durent adopter l'armement des hoplites , porter de grands boucliers , et de longues sarisses au lieu de petites lances (7).
C'est sans doute parmi les troupes mercenaires de la ligue que
(1) Plut., PhOop., 18.
(2) Polybe, X, 22, 8, 9.
(3) Plut.. PAilop., 7.
(4) Polybe, X, 23, 2 à 8.
(5) Plut., PAtiop.. 11.
(6) Polybe, XI, 16, l, 2 et 17. 2.
(7) Plut., Vhilov., 9.
le célèbre réformateur introduisit « Tarmement crétois , » le meilleur du temps (1). Ce peuple avait beaucoup contribué au perfectionnement de l'art militaire et fourni aux grandes armées de ce siècle un nombre considérable de mercenaires. Sauf les Macédoniens et lesEtoliens , aucun peuple ne paraît avoir joué un plus grand rôle que les Crétois dans les armées grecques du dernier siècle de Tindépendance.
Outre ces trois catégories principales , corps d*élite, mercenaires, contingents régionaux, les forces de Tarmée achéenne se subdivisaient en un grand nombre de détachements divers , dont le nom était tiré, soit de la nationalité, soit de l'armement des hommes qui les composaient. En voici la liste : les soldats des contingents régionaux ne sont jamais désignés, ni par Polybe, ni par Tite-Live, ni par Plutarque sous des noms particuliers , sauf en un passage. A la bataille de Sellasie la victoire est décidée par une charge des fantassins de Mégalopolis a armés à la macédonienne. »
Achéens. Mercenaires.
Ot suiXfiXTOi. To Çevix^v (9).
Ot iTutT^Setoi (2). KpîiTe; (10).
Peltastes (3). 'miipiot(ii).
Frondeurs (4). Tapavrfvot linziiç (12).
EôÇcovot (5). Thraces (13).
O(Op0Cx{T0Cl (7).
^HÙMfflvXl (8).
Il est évident que plusieurs de ces termes représentent peutêtre la même troupe; ainsi les mots etuiXextoi, Imvfihioi^ 6wpax{Tai,
(1) Tite-Live, XLIl, 55. Sur les effets de là réforme de Philopœmen, cf. Tite- Live, XXXVII, 20.
(2) Polybe, XXIV, 12, 10, II.
(3) Ibid.
(4) Tite-Live, XXXVIII, 28. 29.
(5) Polybe. XI, 11, 4.5.
(6) Ibid.
(7) Ibid.
(8) Ibid.
(9) Ibid.
(10) Tite-Live, XXXV, 29.
(11) Polybe, XI, 14, 1.
(12) Id., XI, 12, 6.
(13) Tite-Live, XXXIII. 16.
(paXaYY^rai désignent sans cloute tour à tour un ou deux corps de Tarmée achéenne. Mais il nous a paru difficile d'établir à cet égard les distinctions ou les rapprochements nécessaires , faute de textes concluants.
^effectif des forces achéennes , composées de tant d*éléments divers , fut aussi très variable : il est probable que la proportion des mercenaires incorporés et des auxiliaires pris à la solde devint moins forte à mesure que la ligue comprit un plus grand nombre d'Etats et de villes. Le corps d*élite et les contingents devinrent alors plus nombreux et plus capables de suffire à la défense du territoire. Voici, par ordre chronologique, les principaux faits qui peuvent nous éclairer à ce sujet.
En 245 , Aratus envoie un corps de 10,000 Achéens au secours des Béotiens que menace la ligue étolienne (1).
A Tépoque de la guerre contre Cléomène , le stratège Aristomachos est à la tête de 20,000 fantassins et 1,000 cavaliers : ce sont toutes les forces fédérales (2).
Quand les Achéens entrent en Laconie, avec le roi de Macédoine, en 222 , leur eflFectif n*est point considérable : ils envoient 3,000 fantassins d*élite et 300 cavaliers. Mais il est vrai que Polybe, dans le récit des opérations militaires qui amenèrent la bataille de Sellasie , ne fait pas mention des contingents des villes , sauf pour Mégalopolis (3).
Dans la guerre de Tannée 218 contre les Etoliens, Tarmée fédérale compte au moins 12,000 fantassins et 900 cavaliers; en effet, Polybe ne cite que les contingents d'Argos et de Mégalopolis. Les forces sont ainsi réparties (4) :
lo Elite : 3,000 lictX&Tot et 300 cavaliers achéens.
20 Contingents • i ^^" X«^^<^t$at de Mégalopolis. Z U)ntmgents . | ^^q fantassins d'Argos.
Cavalerie : 50 cavaliers de Mégalopolis, "50 cavaliers d*Argos.
3» Mercenaires : 8,000 fantassins, 500 cavaliers.
En 197 , on envoi un corps de 1,800 fantassins et 100 cavaliers au secours des Rhodiens (5). La ligue devait à la même époque tenir la campagne contre le gouverneur macédonien de Corinthe, et se préparer à la guerre contre Nabis.
(t) Plut., Ârat., 16.
(2) Id., CUm.y 4.
(3) Polybe, II, 65, 3.
(4) Id., V, 91, 6, 7.
(5) Titc-Live, XXXIll, 18.
160 LES LIGUES ÉTOLIBNNB ET AGHÉBNNE.
Le nombre des soldats achéens s'accrut sans doute à la suite de la réforme de Philopœmen ; et les effets de cette réforme se firent sentir longtemps encore. Quinze ans après la mort du grand stratège , Polybe rassurait les confédérés qui craignaient de désorganiser Tarmée par Tenvoi d'un secours de 1,000 soldats à Alexandrie, et déclarait que la ligue pouvait aisément armer trente mille ou quarante mille hommes (1).
Mais la décadence militaire semble avoir été rapide pendant la période démagogique de la ligue. La dernière armée que Dioeos opposa aux légions , armée qui comptait dans ses rangs nombre d'esclaves affranchis, atteignait le chiffre de 14,000 soldats.
La flotte achéenne joua un rôle peu important dans les guerres que soutint la ligue. Aratus faisait, avec quelques vaisseaux, de petites incursions sur la côte étolienne ; quand la fortune le favorisait et lui donnait Toccasion d'une surprise, il capturait deux navires étoliens (2) et ramenait en Achaïe cent prisonniers. Les seules opérations importantes de cette époque sont le siège de Molycria et de Chalcis (3) et la prise de vingt-cinq vaisseaux macédoniens dans le port même (4). De combat naval, il n'est point question. En 218, la ligue entretenait une flotte de six navires divisée en deux escadres : Tune surveillait le golfe d'Argos, l'autre le golfe de Corinthe (5).
L'extension de la fédération dans le Péloponnèse , les guerres qu'elle fit pour gagner toute la péninsule à l'union, détournèrent les Achéens du soin de développer leur marine. Le golfe de Corinthe, dont ils avaient jadis disputé la domination aux Etoliens, n'avait plus pour eux la même importance : maîtres de la place de Corinthe après la proclamation de Ti. Quinctius, ils tenaient le passage de l'isthme et n'avaient plus besoin de transporter des troupes sur mer , si par hasard quelque occasion appelait leurs armes au Nord. Philopœmen se fit battre par les forces maritimes du tyran Nabis ; le navire du stratège fut coulé ; et le plus rapide vaisseau de l'escadre achéenne regagna à la hâte le port de Patras (6). La ligue ne pouvait porter atteinte à la puissance maritime de Lacédéraone qu'en entretenant en Crète une guerre
(1) Polybe, XXIX, 9, 8.
(3) Jd., ibid.
(4) Plut., Arat., 24.
(5) Polybe, V, 91, 8.
(6) Tite-Live, XXXV, 26.
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de partisans : car les tyrans de Sparte recrutaient , en vertu d'un traité formel, une partie de leurs pirates dans cette île (1).
Qu'était cette pauvre marine, en comparaison de colles des rois d'Egypte et de Macédonie ? En 207 , Philippe V mettait sur les chantiers cent longs navires , à Cassandrea (2). Les flottes ce ce prince luttaient avec avantage contre les habiles marins de Rhodes et de Chios. 11 réunit à Léchaeon , en 218, des navires assez nombreux pour porter une armée de plus de sept mille hommes (3). Avant la brillante renaissance de la Macédoine sous les Antigonides , Ptolémée Philadelphe et Evergète avaient dominé sur la mer Egée. Les Etoliens eux-mêmes avaient eu leur temps de prospérité maritime : et de petits princes, comme Scerdilaïdas et Démétrius de Pharos, pillaient les Cyclades à la tête de flottes de quatre-vingt-dix navires (4). La ligue achéenne possédait donc un nombre de voiles à peine suffisant pour protéger ses côtes qui furent souvent insultées : et Ton comprend aisément que les attributions navales du stratège n'aient pas été des plus importantes.
Ce magistrat avait la haute main dans la direction des négociations diplomatiques comme dans l'emploi des forces militaires de la ligue. Introducteur des ambassadeurs étrangers devant le congrès, il était aussi l'interprète officiel chargé de leur notifier la réponse des Achéens. Il demandait compte aux ambassadeurs fédéraux de leurs missions. Enfin, il avait le droit de prendre l'initiative en c^tte matière pendant les sessions des assemblées (5). Quelquefois, la ligue le désignait comme ambassadeur et le chargeait de négocier (6) , peut-être même lui laissait-elle la liberté de conclure des trêves , sauf à rendre compte ensuite de ses actes (7). Les alliés des Achéens débattaient avec lui le chiffre du contingent (8) à fournir ; bref, il réglait tous les détails que les décrets de l'assemblée passaient nécessairement sous silence.
Dans le cas où des citoyens achéens avaient été lésés à l'étranger, le stratège leur accordait la permission de s'indemniser en
(1) Polybe, XIII. 8. 2.
(2) Tite-Live, XXVIII, 8, 14.
(3) Polybe, V.2, II.
(4)7d., IV, 16,8 et 9.
(5) Cf. ci-dessus, chap. II, 3. Attributions de rassemblée.
(6) Tite-Live, XXXIIÏ. 2. Polybe, XVII, 7. 2.