‹ Les ligues Étolienne et Achéenne: leur histoire et leurs institutions, nature et durée de leurChapitre 35 sur 56 · Diaeos · texte numérisé non relu

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2« Hipparque. — L'hipparqiie était le second magistrat fédéral , le lieutenant du stratège. Rien ne prouve que les Achéens aient institué cette dignité pour remplacer une des deux charges de stratège supprimée à l'origine (1).

Pas plus que son chef, Thipparque n'était investi d'un pouvoir purement militaire. Cette charge était, en effet, considérée, par les Achéens qui briguaient le pouvoir, comme une sorte de préparation à la stratégie. Polybe rapporte que les hipparques laissaient se relâcher la discipline pour gagner des partisans de leur candidature (2).

On peut remarquer aussi qile Thipparque, comme le stratège, prêtait serment au nom de la confédération quand une nouvelle ville s'adjoignait à l'union. Ce n'est pas là l'office d'un simple commandant de la cavalerie (3).

(1) Hypothèse de Wahner, ouvr. cité, p. 34.

(2) Polybe, X. 22, 10.

(3) Rec. (^pigr., u? XI, L. 7.

CONSTITUTION DE LA LIOUB AGHÉBNNE. 165

Qu'il se soit appliqué à cette tâche tout comme Téponyme veillait à la bonne organisation de Tarmée, il faut le reconnaître. Mais ses fonctions ne se bornaient point au devoir de commander la cavalerie. Il commandait « en second » toutes les forces militaires des confédérés. Nous savons qu'il présidait aux exercices des troupes de toute arme, qu'il s'assurait que l'instruction des contingents n'était point négligée dans les villes et transmettait des ordres à tous les officiers (I).

3* Navarque. — Le navarque commandait, après le stratège, les forces maritimes de la ligue. Sa charge était permanente et non extraordinaire, comme Wahner le suppose (2). En effet, il est cité, dans les décrets d'union, à côté du stratège et de l'hipparque, avec lesquels il prêtait serment au nom du pouvoir central (3).

4» Secrétaire, — Le (4) secrétaire fut éponyme de la ligue achéenne tant qu'il y eut deux stratèges à la tète du gouvernement fédéral. L'autorité de ce magistrat fut, sans doute, diminuée de beaucoup depuis la modification de l'éponymat.

Nous n'avons pas à discuter de nouveau ici l'hypothèse de Wahner (5), qui met le stratège, l'hipparque et le secrétaire au nombre des sénateurs achéens ou y^povreç. Outre que nul témoignage des historiens grecs n'autorise une supposition de ce genre, il faut, pour le l'ondre vraisemblable, supprimer la BouXi^ ou « conseil représentatif, » dont l'existence est pourtant bien constatée (6).

5* Hyposlratéges (7). — Les hypostratèges étaient des magisti-ats

(1) Polybe, X, 22, 8, 9, 10 et 23.

(2) Wahner, ibid,, p. 38.

(3) Rec. épigr., n» XI : Autres exemples dans Polybe, V, 94, 7, et 95, U.

(4) Et non le» Hcritaires, comme il est écrit dans l'article u Achaicum fœdus » du Bietionnaire des antiquité» de Oaremberg et 8aglio.

(5) Wahner, ibid,, note 82, conjecture que la yt^o\)(jia se composait de ces trois magistrats et des dix démiurges.

(6) II faudrait aussi supposer qu'ils prenaient part aux délibérations sans voter, puisque nous voyons une fois (en 198) les suffrages des démiurges se partager également dans le vote d'une re<a(io (Tite-Live, XXXU. 20). Wahner prétend que l'historien latin se contredit, puisqu'il rapporte ailleurs que le stratège a le droit de »ententiam dicere au congrès. Mais il nous semble qu'il y a une nuance entre les expressions « tententiam dicere » et « suffragiwn dare. >> Le premier droit n'entraîne pas nécessairement le second (Tite-Live, XXXV, 2ô).

(7) Nous ne croyons pas qu'il existe dans les textes classiques une seule mention des lincotTTpdrnYot cités à l'article « Achaicum fœdus » du Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio» C'est sans doute une faute d'impression, a Dans certaines villes, il y avait aussi des hippostratèges? »

166 LES LIGUES ÊTOLIBNNB ET AGHËENNE.

chargés de commander les contingents régionaux. Ils étaient, sembleTt-il , les représentants de la fédération et veillaient , en cette qualité , à l'organisation des troupes particulières de chaque ville : peut-être les mêmes ofBiciers sont-ils désignés parfois sous le titre de « ot xati [Upoç ^y^fAoveç » par Polybe.

Wahner a cru pouvoir conclure, d'un texte obscur de cet historien (1), qu'il existait chez les Achéens un seul hypostratège nommé seulement en temps de guerre. 11 conjecture, avec Merleker, que ce magistrat était le lieutenant du stratège, domi bellique prxloris vicarius. S'il en était ainsi , l'hypostratège ne serait point « un magistrat d'ordre inférieur. » En tout cas, il est prouvé que l'hypostratège n'était pas le lieutenant du stratège ; il eût fait double emploi avec l'hipparque, qui était précisément investi de ces fonctions de lieutenant.

Polybe cite un hypostratège, Sosicratès, condamné à mort et exécuté en 146 (2). Âfais qui peut affirmer que la charge dont il avait été investi n'était pas d'institution récente? Le résultat delà dernière révolution démagogique a justement été la modification des offices du pouvoir exécutif. Le stratège devient un tyran démagogique affranchi de la tutelle des anciens magistrats.

6** Ot iitoxiktioi. — Ces officiers, mentionnés une seule fois par Polybe , assistaient le stratège et l'hipparque dans l'organisation de l'armée et l'instruction des soldats (3).

Conseil des démiurges. — Le stratège et ses auxiliaires, l'hipparque et le secrétaire, ne pouvaient ni exercer seuls le pouvoir exécutif dans l'intervalle des sessions du congrès, ni suffire à Texpé-

(1) Polybe (V, 94, 1) rapporte que le stratège, forcé de quitter Tarmée pour présider le congrès, laisse le commandement des mercenaires à Lycos de Pharae : « 8ià t6 toûtov OTrodTpàtTJYOv tTvai t6t5 TfJ; ovvteXsCac x^c tcaTpixijc. » M. Vischer a proposé la variante Ti}c Ilarpalxiic. Mais cette motiification n'explique pas les mots ôià tô , qui marquent un lien causal entre la remise du commandement à Lycos de Pharae et son titre d'hypostratège> La phrase peut se traduire ainsi : « parce qu'il commandait alors le contingent de ses concitoyens, » de son pays, de Pharae, <jvvTb>eia icatpixin. H faudrait supposer, pour ex[)liquer cette phrase obscure, l'existence d'une loi ordonnant au stratège obligé de quitter l'armée de laisser le commandement des troupes fédérales (les mercenaires sont dans ce cas) à l'hypostratège sur le territoire duquel il se trouve à ce moment. Mais ce n'est là encore qu'une hypothèse.

(2) Polybe, XL, 5, 2. Le récit même de Polybe prouve bien que cet hypostratège a des fonctions toutes différentes de celles des autres magistrats de ce nom t et nullement militaires. l\ est accusé d'avoir, quand il présidait le conseil de la ligue, proposé de mettre en délibération, 8ia6ouXiov, les demandes de Cécilius. Et de ce chef, le Conseil de cinq le condamne à mort.

(3) Polybe, X, 23, 9.

dition courante des affaires fédérales. Ils étaient aidés et contrôlés dans cette tâche parle comité de dix démiurges($io(AioapYo{-Sa{A(opYoO*

En outre^l devenait nécessaire, en certains cas, de délibérer en secret, — par exemple pour conclure une alliance, — et cependant d'initier à la délibération un nombre restreint d*hommes expérimentés et capables d*agir conformément aux intérêts comme à Topinion de la majorité des Achéens. On ne pouvait convoquer l'assemblée à tout propos ; et le stratège ne devait pas rester maître absolu, seul juge dans de graves circonstances. Les démiurges partageaient sa responsabilité et limitaient en même temps son influence. En cas de conflit entre les membres du conseil et le stratège, le congrès prononçait. C'est ce qui arriva lorsque Philopœmen voulut faire abroger le décret en vertu duquel toutes les assemblées se réunissaient dans la seule ville d'iËgium (1).

Los démiurges étaient donc comme un conseil exécutif et un comité secret de la confédération.

Us étaient au nombre de dix, sans doute en souvenir de l'union des dix villes d'Achaïe. Cependant ce nombre resta le même à l'époque où la ligue comprit d'autres - cités péloponnésiennes. Schorn et Merleker ont inutilement supposé que les villes achéennés avaient de tout temps conservé le privilège d'élire les membres du conseil des démiurges (2). Wahner rejette leur hypothèse, mais déclare que le maintien de ce nombre, après l'adjonction de villes situées hors de l'Achaïe , était une grave atteinte à l'égalité (3). Il faudrait, pour se prononcer, savoir de quelle manière on procédait à l'élection des démiurges. Les historiens grecs ne nous donnent à cet égard aucun renseignement.

A quelle conjecture s'arrêter? A coup sûr, les démiurges n'étaient point nommés par le stratège, puisque leurs fonctions consistaient à contrôler son pouvoir : témoin le conflit qui éclata entre Philopœmen et les membres du conseil. Il est tout aussi

(t) Tite-Live, XXXVIIÎ , 30. On écrit généralement damiurgis ctm'tattitm, qui summus est magistratus. Si la fonction est définie par Tite-Live sunmus magittratuif il ne peut être question, dans ce passage, de magistrats locaux , ce qu'indiquerait le terme damiurgi civitativm , par opposition à damiurgi gentis (Tite-Live, XXXII, 22). On pourrait corriger ainsi le texte : damiurgis , civitatium qui summus est magistratus. Le mot civitatium désignerait alors l'ensemble de villes qui forme la ligue. Polybe emploie quelquefois le terme al ic6Xsic comme synonyme de TÔ ëOvoc ; Tite-Live, qui le traduit souvent, aura sans doute suivi littéralement le texte grec et adopté la même synonymie.

(2) Merleker, t6id., p. 88. Schorn, ouv. cité, p.*6S.

(3) Wahner, ibid., p. 39.

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impossible d'admettre que les « Achéens d'Achaïe » aient eu seuls le droit de prendre part à cette élection. Etaient-ils donc élus par le peuple réuni à l'assemblée de mai ? Mais, dans ce cas, en supposant une réunion conàplète des citoyens de la ligue, l'égalité était encore blessée. Polybedit que toutes les villes, grandes ou petites, exerçaient les mômes droits. Or, si tous les citoyens prenaient part à l'élection et votaient par tête , il est certain que Mégalopolis, Argos, Corinthe, l'auraient toujours emporté. Reste à savoir si les démiurges étaient élus par le conseil représentatif, BouXt^, ou par des délégations spéciales de citoyens; et notons bien que ces délégations eussent fait double emploi avec le conseil représentatif.

. Les démiurges se réunissaient à l'appel et sous la présidence du stratège (1). Ils délibéraient avec lui pour décider s'il y avait lieu de convoquer une assemblée extraordinaire (2). A l'assemblée , ils préparaient les propositions pour les soumettre au vote sous forme de relatio , et ils émettaient eux-mêmes un vote avant que le congrès eût à se prononcer (3).

Le stratège les consultait avant de statuer sur les demandes d'audience à l'assemblée présentées par les ambassadeurs étrangers (4). Ils recevaient, des mains des envoyés achéens, les lettres adressées à la ligue par les chefs des autres Etats (5).

D'une manière générale , les démiurges étaient chargés d'exécuter les décrets de l'assemblée, ou plutôt d'aviser, en délibérant, avec le stratège, aux moyens d'en assurer l'exécution. Ils préparaient sans doute aussi les éléments des délibérations dans l'intervalle qui séparait deux sessions ; et leur vote préalable avait certainement une grande influence sur les résolutions des représentants des villes (6).

Enfin, s'il fallait engager des négociations délicates, prendre même une décision à la hâte, quitte à se présenter devant le pro-

(1) Polybe, XIII, 10, 2.

(3) C'est ce que Tite-Live nomme relatio. Tite-Live, XXXII, 20 : o Quinque relaturos de societate RomanA aïebant suffragiumque daturoe, quinque lege cautum testabantur, ne quid , quod adversus Philippi societatem esset , aut referre magistratibus, aut decemere concilio jus esset. »

(4) Polybe, XXÏV, 5, 16; XXIX, 10, 7.

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