CONDITION DES MEMBRES DE LA LIGUE. — LE POUVOIR CENTRAL ET
l'indépendance LOCALE.
Polybe, voulant montrer combien était étroite Tunion des villes achéennes , dit que le Péloponnèse est une seule ville à qui il manque seulement d*être entourée d'une même muraille (1). La réalité ne fut point si belle, nous le savons : toutes les villes ne s'effacèrent point complètement. L'histoire de Sparte, au siècle où fut fondée et se développa la ligue, est l'histoire d'une longue résistance aux tentatives d'assimilation achéenne et d'une rébellion continuelle contre la communauté. Il y eut bien d'autres réveils de l'indépendance locale dans le Péloponnèse. Polybe luimême ne le nie pas , et cependant nous devons supposer qu'il nous a caché à cet égard une partie de la vérité.
Au moins connaissons-nous mieux , depuis la découverte d'un monument épigraphique (2) de haute importance, la manière dont la ligue procédait à l'agrégation d'une ville nouvelle. Nous possédons l'acte de réunion de la ville d'Orchomène ; il suffira de résumer ici , pour mettre les faits en pleine clarté , le complet et excellent commentaire de M. Foucart, auteur de la découverte. L'acte de réunion se composait de deux parties : i« Le texte de la convention conclue entre les Achéens et les nouveaux confédérés. La première clause de cette convention , qui en contenait beaucoup d'autres, était l'adoption du nom d'Achéens. Les monnaies d'Achaïe en font foi. Elles portent toutes le nom et le monogramme des Achéens , avec le nom de la ville qui les faisait frapper.
2" La convention négociée devait être ratifiée par un décret
(1) Polybe, II, 38, 6.
(2) Rec. épigr.. n» XI. Commentaire de M. Foucart dans la Revue archéologique, 1876, nouv. série, t. XXXII, p. 96 et suiv.
des Achéens, qui non seulement admettait les nouveaux membres de la ligue à posséder les droits de citoyens , mais permettait au nouvel Etat de conférer le droit de cité, à titre individuel (1).
Aux termes de la convention et du décret s'ajoutait renonciation des peines édictées contre les violateurs de ces actes. Dans le décret d'union d'Orchomène, le particulier qui proposera un projet contraire à Tunion, le magistrat qui appellera le peuple au suffrage, seront passibles d'une amende de trente talents. Le produit de cette amende sera consacré à Zeus , protecteur de la fédération (2).
C'est aussi les divinités communes de la ligue qui sont prises à témoin des imprécations prononcées contre les violateurs du serment, et non , comme dans un traité d'alliance , les dieux nationaux de chacune des parties contractantes. En effet, le nouveau peuple admis dans l'union, étant devenu achéen , ne peut invoquer que les dieux de l'Achaïe (3).
Le serment est prêté d'un côté par les magistrats de la nouvelle ville achéenne , de l'autre au nom de la ligue , par les duveSpoi tc5v 'Axatwv, suivant une restitution de M. Foucart. Cette restitution est parfaitement certaine. On pourrait croire , au premier abord , que dos magistrats, et non des représentants fédéraux, devaient répondre au serment des magistrats locaux. Mais, outre que la restitution « dtpxovreç » ne désignerait pas nécessairement les démiurges, puisque ce terme est quelquefois appliqué aux membres de la BouXi^ (4), il semble que, dans la ligue achéenne , où l'autonomie de chaque confédéré était si scrupuleusement respectée, tous les membres de l'union dussent avoir à recevoir et à prêter le serment. Or, les démiurges, n'étant qu'au nombre de dix, ne pouvaient pas consacrer l'acte d'adhésion au nom de chacun des Etats déjà compris dans l'association. Je crois donc que le mot (Tuve8pot désigne les membres de la BouXi^ représentative.
Le stratège, Thipparque et le navarque, chefs fédéraux des Achéens, prêtaient aussi serment (5). On comprend l'importance de ce fait, si l'on pense que l'indépendance des villes fédérées se manifestait surtout dans la manière de s'acquitter, envers
(1) Cf. Rec. épigr., n° XVI : Conditions mises par une yinc au don du droit
de cité, etjn* XIII, L. 6-8 : a ToudSe & iroXic noXia; iizovfinaxo xpCvaaa xaO'
ëva ExadTov. n
(2) Cf. Rec. épigr.. n» XIII, L. 4-5.
(3) iôid., L. 8-11.
(4) Par exception, il est vrai.
(5) Rec. épigr., n« XI, L. 7.
172 LES LIGUES ÉTOLIENNB ET AGHÉBNNB.
l'union, du service militaire : d'ailleurs, ces magistrats, qui n'étaient pas exclusivement militaires, représentaient le pouvoir exécutif.
On annexait à l'acte de réunion, si nous en jugeons par le décret qui nous est parvenu, certaines dispositions particulières. En effet , la ligue ne pouvait pas toujours se charger de toutes les affaires pendantes dans la ville qui demandait l'admission. 11 fallait supprimer les griefs antérieurs à l'entrée dans la confédération. On comprend aussi que, pendant ce siècle de troubles politiques et sociaux , la ligue ait exigé de ses nouveaux adhérents des garanties fixant une fois pour toutes l'état de la propriété, si exposée aux convoitises des novateurs et démagogues. Enfin , la cité ne devait pas apporter à la ligue un élément de désordre par le mauvais état de ses finances, non pas que l'organisation financière de la ligue fût absolument centralisée; mais un Etat grevé de charges pesantes aurait mal soutenu l'union dans les entreprises communes (1).
La réunion d'un nouvel Etat à la ligue n'était pas toujours le résultat de négociations dont l'initiative venait, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Polybe nous apprend lui-même que les Achéens appelèrent souvent la force à l'aide des négociations (î). Comme les villes du Péloponnèse n'étaient pas tant sépai*ées par des différences de races que par l'intérêt et le mode de gouvernement, il était aisé d'entamer des pourparlers et de s'entendre de ville à ville. Au début, on désintéressa des tyrans qui devinrent, moyennant finances, de souverains locaux citoyens influents dans l'union (3), puis stratèges , comme Aratus qui les avait achetés. Plus tard , Philopœmen nouait des intrigues à Sparte avec les ennemis de Nabis et de Machanidas : il suscitait les plaintes des exilés, et la ligue le chargeait de chasser les tyrans de Sparte « en rétablissant l'ancien état de choses. » On délivrait Sparte de ses tyrans bien malgré elle, si l'on eu juge par le nombre et la violence des révoltes qui éclatèrent contre la ligue. Alors , après bon nombre d'exécutions, on donnait aux nouveaux confédérés une constitution achéenne. C'est ce que Polybe appelle « consentement après un emploi passager de la force (4). » C'est exact : seulement, la
(1) Rec. épigr. , L, ll-t5.
(2) Polybe, II, 38, 7.
(3) Par exemple Lydiadès de Mêgalopolis , qui devint le rival d'Âratus, et Aristomachos d'Argos.
(4) Polybe, II. 38. 7.
force était employée contre les citoyens et , après l'expulsion de tous les opposants , le consentement venait des exilés rétablis et des colons achéens mis en possession.
Lorsque l'assemblée avait voté le décret d'union, on dressait une stèle, témoignage de l'admission : dès lors, le gouvernement des deux Etats devenait commun. On signifiait aux peuples alliés et amis l'adhésion d'un nouveau membre de la ligue par deux ambassades. Lorsque Sparte entre dans l'union, en 181, les Achéens envoient des ambassadeurs à Rome pour faire part de l'événement. Mais Sparte aussi délègue une députation vers le sénat (1).
Le gouvernement de la ligue prenait les mesures les plus énergiques pour prévenir toute défection. Lorsque les villes étaient entrées de plein gré dans l'union , il arrivait parfois que le parti favorable aux Achéens se sentit menacé et redoutât une révolution. Dans ce cas, les gouvernants demandaient une garnison qui leur était accordée (2) ; on maintenait ainsi l'obéissance. Si l'on avait dû employer a la force avant la persuasion » pour gagner l'adhésion d'un nouveau confédéré, on envoyait une colonie d'Achéens dévoués à l'union, et leurs propriétés étaient formellement garanties dans l'acte de fédération (3).
Quelquefois, à la suite de guerres ou de négociations, la ligue devait se séparer elle-même d'un Etat associé. Ainsi, au moment où Cléomène pénétra jusqu'à l'isthme de Gorinthe, les Mégariens passèrent de la ligue achéenne à la ligue béotienne , avec le consentisment des Achéens (4). De même, après avoir secouru l'Achaïe contre Cléomène, le roi de Macédoine demanda Gorinthe comme prix de son intervention. 11 fallait, sans doute, que la séparation, pour être légitime, fût consentie par la confédération et par l'Etat confédéré. Aussi, les Achéens sont fort embarrassés : « Ils n'aui> raient jamais osé livrer les Gorinthiens à la Macédoine sans » leur aveu. » Et ils remettent à une assemblée ultérieure cette délibération (5).
L'initiative d'une cession ne venait pas nécessairement du gouvernement fédéral. Les villes pouvaient aussi demander leur séparation. G'était, semble-t-il, un droit, pourvu que l'on ne commît
(l) Polybe, XXV. 2, 3 et 4.
P) W., II, 58, l.
(3) Cf. Revuê archéol, ibid. : Décret de la ligue achéenne et commentaire de M. Foucart, dans lequel sont cités tous les exemples.
(4) Polybe, XX, 6, 7, 8.
(5) id., II, 51, 6.
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aucune violence contre les représentants locaux de la fédération. Les MantinéenSy ayant appelé Cléomëne, avaient massacré les colons achéens et la garnison. Polybe rapporte ce fait, et blâme la violence et non Tacte même de la séparation (1). « Puisqu'ils » étaient bien résolus à abandonner notre alliance et notre ami- » tié, ils devaient laisser partir tous les colons et les soldats, sous » la garantie d'une trêve, ce qu'on accorde même aux ennemis. » Il rappelle, d'ailleurs, que ces Mantinéens avaient jadis, de leur plein gré, sOeXovri, abandonné la ligue achéenne pour passer aux Etoliens, et il ne les en blâme pas (2).
Mais si les lois achéennes autorisaient une séparation pacifique, toute révolte était sévèrement châtiée dans les villes confédérées. En effet, ce n'était pas seulement l'union qui se vengeait et réprimait les défections : la lutte était ardente dans chaque ville entre la liberté démocratique tempérée par l'autorité d'une élite de citoyens, et la tyrannie démagogique, qui ne triompha que peu de temps avec Critolaos. Le parti qui l'emportait et gouvernait au nom de l'union se vengea donc souvent à titre de gouvernement fédéral et aussi de parti dominant. C'est ce qui explique la cruauté avec laquelle furent domptées les révoltes (3).
Après la répression , on imposait des conditions qui variaient sans doute selon la gravité de la révolte. Il fallait tout d'abord livrer les auteurs du soulèvement , puis recevoir une garnison fédérale (4). Le stratège pouvait négocier* les clauses de la soumission, sauf contrôle et ratification de l'assemblée. Sparte fut traitée par Philopœmen avec une rigueur toute particulière. On rasa ses murs^ elle dut non seulement obéir aux décrets des Achéens , mais se soumettre à des magistrats envoyés par le gouvernement fédéral (5). Enfin, les institutions de Lycurgue furent supprimées , et l'éducation achéenne devint obligatoire. Le stratège expulsa les mercenaires qui avaient servi les tyrans de Sparte ; la même mesure fut prise contre les affranchis que la fédération eut le droit de saisir et de vendre. « Ainsi, ils seraient mieux rattachés au corps fédéral , et donneraient plus aisément leur consentement à toutes les mesures (6). » Il fallait, après les
(1) Polybe, 11,58, l.
(2) Ibid,
(3) Cf. Plut., PAtlop., 16, le récit de la répression de Sparte par Philopœmen.
(4) Polybe. II, 57, 4.
(5) Id., XXXIIl, 12, 3 : a (li^ |i6vov toT; xotvoîc à6y\La.a% tûv 'Axatâv iretBapx^tv, àXXà xal xaT' tSiav Oin)peTeîv toT; às\ xaOi7Ta|iévoiç àp^ouat. »
(6) Cest la remarque iroatque de Lycortas après la répression (Tite-Live.
CONSTITUTION DB LA LIOUB AGHÉBNNB. 175
exécutions, que la rentrée des révoltés dans Tunion fût régulièrement consacrée par un décret de restUuendis. Ce décret était loin d^impliquer que les rebelles fussent réintégrés dans la ligue aux conditions normales (1). Cependant, les conditions, très dures au moment même du châtiment, étaient souvent adoucies par la suite , non pas qu*on voulût épargner des rigueurs après capitulation ; mais, comme les exilés rentraient avec les vainqueurs dans la ville et chassaient à leur tour leurs adversaires, la répression cessait parce qu'elle ne pouvait plus atteindre les nouveaux exilés (2).
Quelquefois , Taccord se faisait entre les deux partis. C'est ce qui arriva à Cynaeta, ville d'Arcadie, d*où la ligue rappela immédiatement la garnison fédérale et le stratège achéen chargé du gouvernement provisoire et de la surveillance. Mais il arrivait aussi que la ville rebelle passât ae la condition de fédérée à une condition inférieure. Sparte perdit, après la révolte qui amena le massacre de Compasia, son titre de <TUfA?roX(TeuofiivT) (3). Un de ses envoyés demande , dans le sénat romain , qu'on lui restitue les anciens droits de membres de la ligue : ils sont non seulement sujets de l'union achéenne et soumis aux décrets fédéraux , mais contraints d'obéir à des gouverneurs particuliers. Au contraire , à Messène, même après la révolte de Dinocratès qui coûte la vie au stratège Philopœmen, on conserve aux Messéniens leur ancien
titre « à?roxaT^(rt7)ffav elç Tir)V è^ ô^PX% xaxdcaraaiv ttjç 9up.iroXtT8(aç. »
On se contente de faire exécuter les coupables qui ont contribué à la mort de Philopœmen. Mais on prend des précautions pour l'avenir en morcelant l'ancien territoire de Messène. Polybe loue dans ce cas la générosité de Lycortas et des Achéens (4).
Outre les mesures dont l'exécution suivait immédiatement la victoire du congrès, le gouvernement fédéral en prenait d'autres dont l'effet devait être plus durable. Il importait avant tout d'éloigner de leur patrie les citoyens pauvres toujours disposés à se révolter pour abolir les dettes, de maintenir dans l'obéissance les
XXXIX, 37) : tt Nam ut in eequo essent fecimus, quum leges iis nostras dedimus, quum ut Achaïci concilii essent, effecimus. »
(1) Tite-Live, XXXVIII, 34.
(2) Après la réduction de Lacédémone, la ville s'engage par serment à ne point permettre le retour des exilés : i «rrriXTiv TeOeloOai xal ireirotiiaOai icpôç tov( xaTÉxovToç Ti^v icoXiv dpxouç, Oicèp ToO (AT)8éiioTE xaTeXe^ffBoOai toOç ^uyàSoç. » Polybe. XXVI, 2, 14.
(3) Polybe, XXIII. 12, 3.
(4)/cJ., XXV, 1, 1.
176 LBS LI0UB8 âTOLIBNNB ET AGHÉBNNB.
habitants de la ville annexée , de combler les vides par l'envoi de colons , et de protéger ces clérouques sur les terres distribuées. Des la première occupation de Mantiuée, Aratus établit une classe d'habitants dévoués à la ligue , en donnant le droit de cité aux métèques (1). Après la révolte et la soumission violente de cette même ville, les Achéens vendirent les habitants et les remplacèrent par une colonie. Les Orchoméniens, dont on a retrouvé le décret d'union, ne furent ni annexés de force , ni rattachés de leur plein gré à la ligue (2). Ils furent assujettis aux Achéens à la suite d'un traité conclu avec Philippe de Macédoine (3). La ligue , sans doute mal assurée de leur obéissance > appliqua chez eux son système de colonisation. Des clérouques achéens furent établis à Orchomène : « On leur assigna des maisons ou des lots de terre : ces immeubles assignés aux clérouques achéens étaient inaliénables, sauf pour une faible somme. Défense est faite à ceux qui ont reçu à Orchomène un lot de terre ou une maison d'en aliéner pour plus de vingt pièces d'or (4). » C'était une manière d'attacher fortement au sol les nouveaux possesseurs , une garantie contre la convoitise qui excita tant de révolutions de cette époque.
I^a ligue n'essaya pas seulement de fonder une classe de citoyens et de propriétaires dévoués à ses intérêts. Elle ne se contenta pas de confisquer la propriété privée pour la reconstituer à son profit : elle déposséda quelquefois des cités rebelles d'un territoire qu'elle donna à un autre Ëtat fédéral ou créa de nouveaux Etats confédérés comme de nouveaux propriétaires. Ainsi, Belbis, enlevée en 189 aux Spartiates , est donnée avec son territoire à Mégalopolis. Cette ville invoquait, il est vrai, des droits de propriété remontant à l'époque de Philippe, roi de Macédoine, fils d'Amyntas (5).
Après la révolte de Messène, qui coûta la vie à Philopœmen , les villes de Abia, Thuria et Pharia, situées sur le territoire messénien, devinrent en leur propre nom cités confédérées. Chacune d'elles éleva une stèle, symbole de son union directe avec la
(1) Plut, AraU, 36, 45.
(2) Cf. fiêvue arehiol,, 1878, II : Décret de la ligue achéenne. Commentaire de M. Foucart.
(3) Tite-Live, XXXII, 5.
(4) Revue archéoL , 1878 , II , p. 96 et suiv. P. Foucart , Ck>mmeDtaire de l'inscription citée ci-dessus.
(5) Tite-Live, XXXVIII, 34.
ligue (!)• La découverte d'une monnaie autonome de Goroné nous prouve que cette ville s'était aussi affranchie (2).
Il est aisé de saisir l'importance de ces faits pour l'union. La politique des hommes d'Etat de la ligue consistait précisément à composer le corps fédéral d'un très grand nombre de. membres indépendants les uns des autres, plus faibles par le fait même de cette indépendance, et plus disposés aussi à s'appuyer sur le pouvoir central comme à l'affermir. Depuis la fondation de la ligue , il y eut un progrès continu dans ce sens. Les peuples compacts dont Tadjonction à la communauté avait été plus difficile à obtenir (sauf les Ârcadiens) furent morcelés en un grand nombre d'Etats libres et de villes isolées ; tous ces Etats , toutes ces villes obtinrent le droit de se faire représenter au conseil fédéral. Les exemples les plus fi*appants de ce fait sont la Laconie et la Messénie. L'Elide, incorporée si tard et non sans peine ^ dut subir le même sort. Les Achéens appliquèrent le plus qu'ils purent la maxime : « Diviser pour régner. »
Il n'est pas jusqu'à la surexcitation de l'esprit de parti, jusqu'au développement des querelles intestines, qui n'ait favorisé l'œuvre d'union. On cessa de tenir à son titre de citoyen de Sparte et de Messëne du jour où on se rallia à l'un des partis qui se formaient dans toutes les villes , au parti des riches ou des pauvres , des démocrates modérés ou des démagogues. Chacun espérait triompher par une entente avec tous les hommes du même parti que contenait le Péloponnèse. La péninsule fut donc divisée en sectes politiques qui toutes également souhaitaient la destruction de l'esprit local ; bref , on prit l'habitude d'un gouvernement commun parce qu'on espérait s'emparer de ce gouvernement en généralisant les discordes dans le Péloponnèse^ en les faisant sortir des murs de la cité. Etre en proie aux mêmes dissensions constitue encore un lien.
Le gouvernement n'avait pas même besoin de susciter l'esprit d'indépendance des villes soumises à la domination des anciennes capitales de provinces. Les révoltes éclataient aisément parmi les bourgs et petites cités sujettes. C'est ainsi que Philopœmen , irrité contre Mégalopolis, sa patrie, se mit à la tête d'une insurrection des bourgs xa>(iiat de son territoire (3). Les habitants de ces bourgs étaient sans doute privés des droits que les Mégalopoli tains
(1) Polybe, XXV, 1, 2.
(2) Cf. Warrea, An essay on Greek fédéral coinagé, p. 48 et 49.
(3) Plut.. Comp. He Philop. et de Ti. Q. Flamininus, 1.
178 LES LIGUES ÉTOLIBNNE ET AGHÉBNNE.
réservaient à un corps restreint de citoyens; ils étaient dans une condition inférieure ; leurs terres faisaient partie de ce qu'on appelait auvTeXtxc^^-ouvréXcia, ditio contribula^ de Mégalopolis. La numismatique nous atteste le même fait et le précise : on a retrouvé les monnaies autonomes des anciens bourgs excités à la révolte par Philopœmen. Ce sont : Alipheira, Asea, Dipaia, Gortys, Pallanteon et Theisoa (1). A la même époque, grâce aussi à PhilopoBmen, Eliphasia fut séparée de Mantinée et rattachée à la ligue comme ville indépendante (2). Dans les deux cas, le gouvernement fédéral se garda bien d'appuyer les revendications des capitales et de soumettre les rebelles. Le stratège Aristaenos, quoique adversaire poli tique de Philopœmen, se rendit même à Mégalopolis et empêcha la ville de le poursuivre en justice (3).
On n'a découvert jusqu'à ce jour qu'environ quarante monnaies autonomes de la ligue achéenne ; il faut ajouter, pour obtenir la liste des membres indépendants de la ligue, au moins neuf villes citées dans les textes classiques.
La confédération comprenait donc cinquante membres pour le moins ; en voici la liste (4) :