CHAPITRE V
DÉCADENCE DE l'ÈTOLIE. GUERRES CONTRE PHILIPPE DE MACÉDOINE ET CONTRE LES ROMAINS. PAIX DE 189. DÉMEMBREMENT DÉFINITIF DE LA LIGUE ÉTOLIENNE.
Son successeur, Philippe V, recueille tous les bénéfices de cette situation , et, dès la première année de son règne, réunit en une coalition contre les Etoliens tous leurs anciens ennemis, secondés par des révoltés qui se séparent en grand nombre de la Ligue. La guerre sociale (220-217) coûte à Tunion étolienne la Béotie, la Phocide, l'Acarnanie et la Messénie; les Achéens et les Epirotes combattent aussi pour Philippe.
Les forces que peuvent lui opposer les Etoliens sont peu nombreuses. Malgré des intrigues ourdies dans le Péloponnèse entier (l) ceux-ci ne peuvent obtenir que l'adhésion des Spartiates et des Eléens (2) ; encore les éphores de Lacédémone sont-ils très embarrassés pour se prononcer entre Philippe et la Ligue (3). Si les quatre-vingt-dix vaisseaux illyriens de Scerdilaïdas et de Démétrius de Pharos parcourent TArchipel et ravagent les Cyt^lades soumises alors à la Macédoine , c'est une expédition de pillage dont TEtolie n'a rien à espérer (4).
Désormais la décadence de la grande fédération du Nord est rapide; il n'y a plus, à proprement parler, de politique étolienne : tout dépend de la Macédoine ou de Rome , dont la rivalité permettra à la ligue achéenne de se développer loin des champs de
(l) Polybe, IV, 19, 2; IV, 22, 5. Tentative pour réunir Clitor à la ligue. (■2)/d., IV, 9. 10.
(3) /d. , IV, 22 et 23. Dans la révolution qui éclate à Sparte en 220, on voit deux partis en présence, l'un dévoué aux Etoliens, Tautre à Philippe. Le bruit de l'approche du roi de Macédoine amène dans la ville un revirement contre les Etoliens.
(4) Polybe, IV, 16, 8 et 9.
bataille où seront réglées les destinées de la Grèce. L*Achéen Polybe reproche à Théopompe d'avoir expliqué toute Thistoire grecque depuis Leuctres par l'histoire macédonienne ; le patriotisme lui inspirait ce reproche peu fondé (1). Qu'est-ce , en effet, que la ligue étolienne? Un essai de reconstitution de la Grèce du Nord, à la faveur des guerres de succession qui éclatèrent à la mort d'Alexandre et paralysèrent la Macédoine. Et peut-on voir, dans la formation de la ligue achéenne, le résultat du généreux essor d'une nation jeune, forte et vivace, au milieu des autres peuples grecs épuisés ? Non , la vérité est plus simple. Comme il avait plu à Antigène Gonatas de dissoudre l'union achéenne pour s'assurer l'alliance des Etoliens, il plut à Antigène Doson et à Philippe V de la reconstituer pour soulever contre ces alliés, devenus trop puissants, dans le Péloponnèse , une opposition utile. Il suffit de comparer les armées des rois d'Egypte , de Macédoine ou de Syrie, pendant le troisième siècle, avec celles de la Grèce proprement dite, pour comprendre que la force est chez les successeurs d'Alexandre et non chez les descendants des vaincus de Chéronée.
Le fait est particulièrement frappant sous le règne de Philippe V de Macédoine, véritable arbitre du monde hellénique. Aussi , comme il n'entre pas dans notre plan d'étudier cette histoire générale , l'Etolie n'ayant plus à y jouer un rôle actif , nous ne ferons plus qu'un bref exposé des événements qui intéressent la ligue et amènent la rapide dislocation de l'ancien territoire fédéral. Aussi bien , tout sera-t-il réglé désormais par la volonté du sénat romain ou du roi de Macédoine.
L'accusation religieuse est le prélude des hostilités. La ligue achéenne et Philippe V déclarent tout d'abord que les Etoliens seront punis d'avoir confisqué à leur profit le patronage dn temple de Delphes et de l'assemblée amphictyonique (2). Puis , Philippe pousse rapidement l'attaque : il enlève aux Etoliens Thèbes de Phthiotide, dont les habitants se réfugient à Thronion , en Locride Epizéphyrienne, autorisés par décret fédéral (3). En 219, Ambracie est perdue pour la ligue et donnée aux Epirotes (4) ; Phoiteiae, en Acarnanie , tombe aux mains des Macédoniens, qui soulevèrent sans doute dans le pays une insurrection générale (5).
(l)Poljrbe. VIII, 13.
(2)l(i., IV, 25.7.
(3) Tite-Live , XXVIII, 7, 12.
(4) Poljrbc, IV, 63,3.
38 LES lKtUES étoliennb et aghéenne.
Métropolis , Conopé, au delà de TAchéloos, Thoria, ^Eniadae, subissent le môme sort (1). Le roi do Macédoine soumet l'année suivante (218) l'Elide en une campagne ; les Eléens offrent de conclure avec lui un traité d*amitié après Toccupation de Lépréon , Hypanae et Typaneae (2). Les Messéniens, délivrés de la garnison étolienne de Phigalie, avaient envoyé leur contingent à Philippe (3). Céphallénie ne doit son salut qu'à la trahison ou à la mollesse des lieutenants du roi (4). Les deux invasions de l'armée étolienne, en Epire et en Thessalie, au début de la guerre, avaient donc été promptement repoussées et vengées (5) ; la paix de 217, aux termes de laquelle les deux partis devaient garder leurs conquêtes, réduisit notablement le territoire étolien (6).
L'alliance romaine ne suffira pas à rendre la ligue capable de réparer ces échecs (7). Les promesses par lesquelles Valerius LaBvinus essaie de décider l'hostilité des Etoliens contre Philippe sont pourtant très séduisantes ; le général romain s'engage avant tout à faire rentrer l'Acarnanie dans la confédération, aux mêmes termes qu'autrefois, puis à leur remettre tout le pays compris entre Corcyre et la frontière étolienne (211) (8). Les premiers effets suivent dans le courant de la même année ; iEniadse , Nasos en Acarnanie (9), Anticyre en Phocide sont prises par les Romains et fidèlement livrées à leurs alliés (10). Il est vrai que Laevinus ne négligeait point ses propres intérêts et mettait la main sur Egine (11), excellent poste pour faciliter les opérations dei escadres romaines. Philippe n'eut point de peine à former autour de lui une formidable coalition ; à la Macédoine se joignent les Achéens, les Béotiens, les Phocidiens, les Epirotes, les Acarnaniens, les Eubéens et les Locriens (12). La Thessalie est encore indécise au
(1) Polybe, IV, 64 et 65.
(2) M. , IV, 64, 2; IV, 70^80. U réception qui est faite à Philippe en Elide prouve bien que les sentiments des Ëléens envers les Etoliens n'étaient plus les mômes déjà. IV, 80; IV, 84, 4 et 5.
(3) Polybe , IV, 79. 5 ; IV, 80, 3 ; V, 4, 5.
(4) Id., V, 3, 3 et suiv.
(5)Id., V, 5, 5 et 7.
(7) Polybe montre que, les Etoliens étant vainqueurs ou vaincus , Rome restera toujours maîtresse en Grèce. X, 25 ; Tite-Live, XXV, 23, 9.
(8) Polybe, IX, 42 ; Titc-Live, XXVI, 24, 5, 6, 8, il.
(9) Tite-Live, XXVI, 24, 15.
(10) Polybe, IX, 39, 2; Tite-Live, XXVI, 26, 3.
(11) Id., IX, 42a.