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FORMATiON TERHITORIALE DE LA LIGUE ACHÉENNE. 85
Syrie, Antiochus Epiphaiie, imploraient des Achéeiis l'envoi de mille fantassins et de deux cents cavaliers. Lycortas, Polybô et Archon, avecun grand sens politique, conseillaient d'accorder ce secours ; puisque tout espoir semblait perdu du côte de la Macédoine, il était au moins prudent de restaurer l'ancienne puissance des Ptolémées et de se réserver un allié utile à l'occasion. Gallicratès, Hyperbatos et Diophanès alléguaient qu'on ne devait rien distraire des forces achéennes, tant que l'issue de la guerre entre Rome et Persée serait incertaine. Après un premier ajournement (1), la proposition de Gallicratès fut adoptée, il est vrai, grâce à l'appui de Q. Marcius, porteur d'une lettre du sénat. Toutefois , Archon fut nommé membre de l'ambassade (168)..
Pydna fut la ruine définitive du parti modéré (2) et de la ligue achéenne, déjà sujette de fait. Ce malheureux Etat, impuissant et travaillé par les dissensions, est aussi brutalement traité que l'avait été la ligue étolienne après la défaite d'Antiochus : la politique romaine n'a plus personne à ménager. Il sufht de citer les principaux faits qui se succèdent si rapidement jusqu'au sac de Corinthe pour montrer les progrès de l'asservissement et ceux de la discorde. A peine avait-on appris la nouvelle de Pydna, que Gn. Domitius et G. Glaudius apportent les réclamations et les menaces du vainqueur ; les alliés seront traités comme les rebelles (3). Les dénonciations de Gallicratès suivent de près les accusations du commissaire romain ; mille des principaux Achéens sont déportés en Italie, et parmi eux, Polybe (4). Six fois en seize ans des ambassadeurs imploreront du sénat la délivrance des exilés auxquels le mépris de Gaton fera grâce. Rome poursuit sans relâche son œuvre de division : en 166, c'est une querelle entre Sparte et Mégalopolis qui permet à Sulpicius Gallus de déléguer Gallicratès comme juge de ses compatriotes. Gelui-Ci travaille pour Rome en favoiisant de nouvelles sécessions. Il ne faut qu'une occasion pour provoquer la rupture définitive : après le difTérend
(1) Polybe, XXIX, tO.
(2) Ibid., Tite-Live (XLV, 31), dit qu'à ce moment le parti de Rome l'emporta enfin ; et Pausanlas {Achaiq. , X, 2) , remarque que la défaite de Persée et la ruine de la Macédonie fut la principale cause de la destruction de la ligue achéenne.
(3) Polybe, XXX, 10, 8.
(4) M. Freeman éprouve le besoin de défendre Paul-Emile. Il ne croit pas qu'un « si honnête homme » ait pu ordonner toutes les mesures de rigueur dont l'exécution terrifia la Grèce. On sait que les plus doux des Romains s'arrêtaient rarement à des scrupules d'humanité : d'ailleurs, les textes sont formels à ce sujet.
survenu entre Oropos et Athènes et à la suite duquel le parti démagogique semble être arrivé au pouvoir (1), c'est une révolte de Sparte qui ouvre la voie à la suprême intervention de Rome. La rupture d'une trêve conclue sur l'injonction de Q. Cœcilius Metellus amène l'envoi de l'ambassade conduite par L. Aurélius Orestes. Le sénat adresse des ordres et sépare de la ligue Lacédémone, Argos, Gorinthe, Héraclée, Orchomène : ses ambassadeurs sont insultés et Sextus Julius Gsesar ne peut obtenir réparation pour eux. L'Achaïe succombe après une courte lutte, dans laquelle les démagogues , que la confédération s'était donnés pour chefs, déploient beaucoup d'énergie et de courage (146) (2). Il n'y avait plus en Grèce un seul Etat indopendant : Rome avait abattu successivement tous les princes et les joeuples ; dans sa politique à l'égard des Grecs elle avait su mieux que jamais diviser pour régner.
(1) ija lin de l'histoire de la ligue achéenne est mal connue; le récit de Pausanias est tout fragmentaire et épisodiquc. Polybe ue donne plus que de rares indications sur l'histoire intérieure et la lutte des partis. M. Fustel de Coulanges a groupé, dans le chapitre YII de son Elude sur la conquête de la Grèce par les Romains (p. 96-102), tout ce que nous savons d'important sur cette époque troublée-
(2) Cf. Fustel de Coulanges, ibid,, p. 99 et 100. '• Ces hommes de la démocratie furent autrement énergiques dans leur volonté et dans leur résistance que n'avaient été Philopœmen et Lycortas. Vous ne trouvez chez eux ni hésitation, ni arrière-i)enséc. Ils savaient nettement ce qu'ils voulaient, et marchaient résolument à leur but... »