M., XXVI
Polybe nous apprend que le roi Attale intercéda auprès des Achéens pour obtenir que les honneurs enlevés à son frère Eumène fussent restitués par décret. Or, dans l'assemblée qui eut à statuer sur cette question, des discussions très vives s'engagent, et des orateurs se lèvent en grand nombre. Mais la multitude ne sait à quoi se résoudre : ce n'est pas faute d'elre guidée, car les orateurs sont hostiles en majorité à la demande d'Attale , et Polybe met nettement en contraste cotte opposition des Achéens qui combattent le projet d'Archon et l'incertitude de la foule (1).
Le même fait se reproduit, en 168, à l'assemblée de Corinthe délibérant sur une demande de secours du roi Ptolémée (2).
Il n'y a point, dans le peuple des congrès achéens, comme chez les citoyens d'Athènes, une opinion faite, des principes arrêtés, qui président à la discussion des mesures les plus importantes. Je ne veux parler ici que des réunions fédérales , car on verra qu'il faut faire des réserves en parlant des assemblées locales de chaque nation fédérée.
Mais il est possible que les simples citoyens, tout ignorants et mal informés qu'ils fussent, aient exercé dans les congrès une action décisive par leurs votes. Rien ne s'oppose à ce que le suffrage universel , même mal éclairé , ait dicté les résolutions des assemblées achéennes. Telle est du moins l'opinion de Merleker et de Tittmann. Présentant comme un fait normal un événement dont le caractère exceptionnel est bien marqué par Polybe, ils ont conclu que tous les citoyens âgés de trente ans assistaient indistinctement aux congrès (3). Wahner (4) adopte la même opinion, et pense qu'on excluait seulement les citoyens qui n'étaient pas propriétaires (5).
Voilà donc une première cause d'élimination. Elle était fort importante dans une société si profondément et si souvent troublée par les revendications et violences des pauvres contre les riches. Nous avons vu que cette lutte sociale, dont le dernier acte est la législation de Gritolaos sur les dettes , donne au siècle où vécut la ligue achéenne son véritable caractère.
(1) Polybe, XXVIII, 7, 4.