‹ Les ligues étolienne et achéenneChapitre 29 sur 50 · M., IV · texte numérisé non relu

M., IV

(3) Id.. XXVI, 3, 15. Plut., AraU, 35. (4)Id..XL, 4, 1.

(5) Plut. , Aral. , 38 : « xaXoûfASvo;; £?w[x6craT0 , -/.al Ti[x6$evo; rjpi^Br) axpa-

(6) Plut., Aral,, 47 : « ripriixévo; àpx^iv (jlst' èxetvov. »

en mai , mais à un autre moment de l'année. Au second siècle avant notre ère , le commencement de la stratégie achéenne dut se présenter en automne, sans doute vers le mois d'octobre (1).

Si le stratège venait à mourir dans l'exercice de ses fonctions, son prédécesseur reprenait le pouvoir. Plutarque rapporte qu'après la mort de Philopœmen , Lycortas fut nommé stratège par les Achéens dans une assemblée (2). Il ne faut pas entendre par là que les Achéens procèdent à une élection. L'assemblée qui se réunit alors est probablement une assemblée extraordinaire qui remplit certaines formalités. Mais Lycortas succède à Philopœmen en qualité de stratège de l'année 184.

Une loi fédérale interdisait l'élection du mome personnage à la stratégie deux ans de suite (3). Mais il paraît bien démontré que les Achéens firent exception à cette règle en faveur d'Aratus et de Philopœmen (4).

La confédération n'hésita même pas, dans un moment de danger , en 223 , à armer Aratus d'un pouvoir dictatorial. Il fut élu « arpaTYiYoç auToxpartop » : OU ne saurait dire jusqu'à quel point le pouvoir des autres magistrats de la ligue fut modifié par cette mesure extraordinaire (5).

Le stratège était libre, pendant la durée môme de sa charge, d'accepter des fonctions locales dans une des villes de la fédération. Ainsi Aratus fut nommé stratège des Argiens étant déjà stratège de la ligue (6). Pourtant, n'est-ce pas un fait exceptionnel, et les Achéens , cette fois , comme tant d'autres, ne, permirent-ils pas à Aratus de se mettre au-dessus des lois ?

Quelques historiens ont cru à tort que la Tepouaia achéenne se chargeait de présenter et de recommander aux Achéens des candidats à la stratégie. Ils ont confondu avec cette assemblée publique une réunion privée des principaux membres du parti modéré. Les partis choisissaient d'avance leurs candidats à la stratégie, et se préparaient à la lutte électorale : en général, on briguait la charge d'hipparque avant celle de stratège (7).

(1) Cf. la discussion que M. A. Mommsen consacre à cette question dans le PInlologus, XXiV B., p. 17 h 19.

(2) Plut., PJiilop., 21.

(3) Plut. , Aral., 24 : « 'Eitei |xr) xat' èviauTov è|^v, Tiap' èvtauTov alpstffOat cïTpaTyiYÔv aùtôv, epyw ôà xaî Yvw(j.i[5 8ià Travrè; àp)(£iv. »

(4) Titc-Live, XXXVIII, 33 : « Philopœtncni continuatur magistratus. »

(5) Polybe, II, 50, et IV, 82, 8. Plut., Arat., 41. (G) Plut., Aral., 44.

(7) Wahner (ouv. cite, [>. 41) counncnlc dans ce sens i'olybe (XXVIII, 6, 2).

CONSTITUTION DE LA LIGUE AniIÉENNE. 15."}

Les fonctions du stratège étaient celles d'un chef du pouvoir exécutif. Entre ses mains étaient déposés les sceaux de l'Etat (1).

11 prêtait serment au nom de la ligue, soit qu'il fallût conclure une alliance avec un prince étranger (2), soit qu'une ville, nouvelle demandât h être admise dans l'union (3). Le traité d'admission était signé sous sa garantie. Do même, en cas de rébellion, à lui revenait le soin d'exécuter les mesures prescrites par le congrès, de diriger l'enquête, de punir les coupables (4). Souvent même, il pouvait agir sous sa responsabilité. Ainsi, Lycortas, chargé de châtier les meurtriers de Philopœmen et de réduire Messène, préféra attendre les décisions des Achéens. Polybo marque très nettement que rien ne l'obligeait à s'en remettre à la volonté de l'assemblée (5). Il craignait peut-être qu'on l'accusât de satisfaire des vengeances personnelles ou d'être trop cruel en souvenir de son ami.

Le stratège convoquait les assemblées ordinaires et extraordinaires de la ligue (6). Nous avons vu qu'il avait le droit d'interpréter les lois de convocation et de réunir les Achéens en congres . sans donner les raisons de son appel avant le jour même du rendezvous. Toutefois, il devait délibérer à ce sujet dans le conseil des démiurges (7). Après la révolution démagogique. Gritolaos parcourt même tout le Péloponnèse en convoquant, dans chaque ville, l'assemblée (8). Mais on risquerait de prendre l'exception pour la règle, en tirant une conclusion générale et applicable à toutes les époques de la ligue , des faits qui signalent ces années de troubles et de transformation politique. Le stratège avait aussi la charge de congédier les assemlilées.

Pendant leurs sessions, il présidait aux débats (9). Cette fonction était ii importante, qu'au cas où un congrès se réunissait en temps de guerre , il devait quitter l'armée et en laisser le commandement à un hypostratège (10).

(1) Plut., AraL, 38.

{2)Id., ibid., 44.

(3) Rec épigr., n" XI, L. 7.

(4) Polybe, XXI, 16, et XXIV, 12, 13. Tite-Live, XXXVIII, 34.

(5) Jd., XXIV, 12, 12 : a Tïj; [xàv ovv ÛTrèp xwv ô),wv 5ia),ii'|i£'i); triv àva^opàv

ÈTli TO lOvOÇ iTtOlriGIXXQ. »

(6) Polybe, XXV, 1, 5 et 6.

(7) Id., XXIII, 10 : « luvrJYcv xûyç 'Ayaioy; ôià twv àpy6vT0)v tic È/.x>,r|Ttav . »

(8) Id., XXXVIII, 3, 7.

(9) Cf. ci-dessus, chap. II, Procédure du congrès. (iO) Polybe, V, 94, 1.

154 LPS LIGUES ÉTOLIENNE ET AGHÉENNE.

Cette présidence de l'assemblée n'était pas purement honorifique. Le stratège ne fixait pas seulement « l'ordre du jour (1), » mais dirigeait les délibérations et intervenait sans cesse. Croyait-il, par exemple, après une discussion, qu'il n'y avait pas lieu de voter un décret, il opposait son veto, et défendait qu'on votât sur la proposition discutée (2). Relevait-il une erreur, une faute de procédure? sur son ordre, on reprenait aussitôt la discussion.

Cette mission, de pure surveillance, ne restreignait point son initiative. Le stratège pouvait proposer un décret au vote de l'assemblée (3). Les cas où il devait donner son avis étaient déterminés p;u' la loi (4), et ces cas paraissent avoir été très nombreux, car ce chef de l'armée avait le droit d'exprimer son opinion dans des débats dont la conclusion était une déclaration de guerre (5). On comprend que cette liberté était dangereuse entre les mains d'un homme qui disposait de toutes les forces militaires de la ligue.

C'était là, en effet, la charge la plus importante du stratège, mais non la seule. Son autorité militaire, quoique limitée par le contrôle de l'assemblée et aussi par certaines franchises des villes (6), était très étendue.

Il ordonnait sur tout le territoire fédéral les levées (7), veillait à ce que chaque ville envoyât fidèlement son contingent (8), expédiait aux chefs de ces contingents les ordres de marche (9) , concentrait toutes les forces et congédiait rarmôe après la guerre (10). Il était secondé, dans les cités fédérées, par des magistrats nommés aTroTéXetoi, qui formaient les contingents locaux et en assuraient le bon recrutement (11).

(1) Polybe, XXV, 1, 6 : « 'Eôîoou (Lycortas) ôiaêoûXtov ÛTièp xou ■KÇioola.Séa^a.i Trjv i^TràpTïjv zîç t/iv (7U[X7roXtT£Cav. w

(I) Polybe, XXIII, 9, 12. Il y a eu erreur des négociateurs achcens qui ont conclu un traite avec le roi d'Egypte. Le stratège empêche de prononcer la ratiûcation, xûpwai:; il donne le motif de son opposition : « ôià ti^v àXoytav, » et déclare qu'il y a lieu de suspendre le débat, « ÛTrÉpOeaiç. »

(3) Polybe, XXVIII, lU, 1.

(4) Id., XXVIII, 7, G : « £xà)>£t yàp xà Tcpày(j.aTa tyjv toù o-xpaxïJYou yvfôp.'/îv. »

(5) Tite-Live, XXXV, 25 : « Multitude Philopœmenis scntentiam exspectabat. » Philopœmen s'abstient de donner un avis ; mais il invoque l'exemple des Etoliens et non la loi achéenne.

(6) C'est l'opinion de M. Freeman, ouv. cité, p. 298.

(7) Polybe, XXVI, 36, et IV, 19.

(8) Plut,, Agis, 13. Tite-Live, XXXIII, 14 et 15.

(9) Polybe, XVI, 36.

(10) Id., IV, 14. 4.

(II) Id., XVI, 36.

La Hotte obéissait aussi à ses ordres ; on lui réservait uu navire, piwloria navis (i).

La constitution de l'armée acliéenne nous est assez bien connue dans ses traits généraux.

Si Polybe et ses contemporains n'assistèrent pas sans étonnement à la défaite des troupes macédoniennes, l'historien ne lait pas aux soldats de la Grèce proprement dite l'honneur de croire qu'ils étaient de dignes adversaires du légionnaire romain. « Le » soldat grec, » dit-il, « a déjà beaucoup de peine à porter seule- » ment ses armes ; ou ne pourrait le charger, comme un Romain, r> des pieux destinés à former le retranchement (2). » En outre, les levées des princes étrangers, rois de Syrie et d'Egypte, avaient singulièrement diminué en Grèce le population valide (3). Aussi les armées achéennes en particulier ne paraissent avoir jamais été très nombreuses.

L'unité des forces militaires était assurée par la permanence d'un corps d'élite, ot iTrtXéxxot, qui restait sous la main du stratège (4). La ligue entretenait aussi, aux frais communs des villles, une troupe de mercenaires. Enfin, en cas de guerre, on appelait, pour les réunir à ce premier noyau, les contingents levés parmi les citoyens de chacune des cités fédérées.

Le corps d'élite des ÈTrtXsjtToi se recrutait sur tout le territoire de la ligue sous la direction du stratège (5). Tite-Live le désigne par les mots delecti omnium civitatium (6). »

L'armée mercenaire comptait des soldats de nationalités diverses et d'armement varié ; elle paraît avoir été nombreuse de tout temps. Souvent , les auxiliaires étrangers n'étaient pas levés par appel du stratège et organisés par ses soins, mais se mettaient encorps déjà constitué, avec leurs chefs nationaux au service de la ligue. Ainsi, le Cretois Télemnastos avait pris part à la guerre contre Nabis avec cinq cents de ses compatriotes (7). Les Achéens en marqueront une grande reconnaissance à son fils.

Les stratèges employaient aussi des officiers étrangers , qui te-

ll) Tite-Live, XXV, 26.

(2) Polybe, XVIII, 1, 2 et 3.

(3) Ainsi Ptolémée tire de la Grèce une armée entière de mercenaires (Polybe, XXI, 19, 6).

(4) Polybe, XVI, 37, 2, et V, 95, 5. — Cf. aussi une dédicace des 'ETtO.éxx o i Twv 'Axaiwv publiée par M. Dittenberger dans VArchseol. Zeit., 1879, p. 134,

(5) Polybe, IV, 16, 6 : « im'ktlîy\i.é\wi twv 'Axatxôiv veavi(7xwv. »

(6) Tite-Live, XXXII, 25.

(7) Polybe, XXXIII, 14, 6.

liaient quelquefois un très haut rang dans l'armée. A l'époque de la guerre contre Machanidas, Philopœmen laissa le commandement général des troupes au Cretois Didascalondas. Ce Cretois fut môme mis spécialement à la tête du corps d'élite des l-KiléxToi (1).

Mais, le plus souvent, les mercenaires étaient levés par le stratège aux frais du trésor commun (2), ou, en cas de besoin pressant, avec les ressources d'un emprunt demandé aux villes (3). Il était difficile, au moins dans les premiers temps de la ligue, de trouver un nombre suffisant de mercenaires ; la petite confédération payait mal leur solde (4), tandis que tout homme valide était régulièrement payé dans les grandes armées des Ptolémées et des rois de Syrie.

Les contingents recevaient du stratège l'ordre de se concentrer ; cet ordre indiquait de quelle quantité de vivres les hommes devaient être ijourvus (5). Chaque contingent combattait sous les ordres d'un chef de son pays (6).

Ainsi, l'armée achéenne était formée d'un corps d'élite, recruté dans toute la péninsule, de troupes mercenaires composées soit par engagement individuel, soit par admission au service de groupes déjà organisés sous des chefs particuliers; enfin de contingents régionaux.

Le corps d'élite était seul employé dans les garnisons fédérales préposées à la défense et à la surveillance des villes menacées par l'ennemi ou suspectes de rébellion (7). Son recrutement national était un gage de fidélité à l'union.

La tactique de l'armée achéenne fut souvent modifiée. Au temps d'Aratus, elle consistait, sans doute, dans l'emploi d'une phalange, d'un corps nombreux et combattant à rangs serrés. Polybe, parlant des troupes fédérales qui prirent part à la malheureuse bataille de Caphyœ , dit qu'elles savaient surtout combattre en plaine (8). Mais l'armée achéenne n'est guère connue, pendant cette première période, que par les nombreuses défaites qu'elle essuya dans la guerre contre Cléomène. Aratus remporta quel-

(1) Polybe, XVI, 37, 3.

(2) Plut., Arat., 37.

(3) Polybe, IV, 60, 10.

(4) Id., IV, 60, 2.

(5) hl, XVI, 36, 3.

(6) Plut., Philop., 6. Le contingent de Mégalopolis combat à part sous les ordres de Philopœmen.

(7) Tite-Live, XXXII, 25.

(8) Polybe, IV, II. 8.

ques succès sans importance sur des partis d'Etolieiis; on sait que le grand homme était un médiocre général.

Des abus de toute sorte avaient désorganisé l'ai'mée fédérale , lorsque Philopœmen fut chargé de procéder à une réforme complète.

La cavalerie, qui se recrutait en grande partie parmi les jeunes gens de la classe riche par voie d'engagements volontaires (1) était indisciplinée. L'obéissance avait à souffrir du développement, de la brigue : comme l'hipparque aspirait à devenir stratège, il ne sévissait point dans la crainte de s'aliéner les membres des grandes familles (2). L'indiscipline avait pris de telles proportions qu'on avait vu des cavaliers vendre leurs chevaux (3). L'état matériel de cette troupe et sa méthode de combat laissaient également beaucoup à désirer ; la cavalerie était lourde et difficile à mouvoir sur le champ de bataille.

L'infanterie, dont la phalange faisait la force, péchait également par manque de souplesse ; c'était une masse dont le choc, irrésistible en rase campagne, n'avait plus aucun effet sur un terrain accidenté. Enfin son armement était défectueux.

Philopœmen rendit la cavalerie plus mobile, donna une plus grande rapidité aux mouvements d'ensemble et exerça sans relâche ses cavaliers. Polybe explique en détail par quels exercices il corrigea les défauts de ce corps : il maintint aussi parmi les cavaliers une sévère discipline (4).

Il modifia de même les mouvements de la phalange, et sans enlever à cette formation sa solidité , lui fit acquérir une rare souplesse (5). C'est grâce à cette tactique nouvelle qu'il vainquit le tyran Machanidas ; une charge de la phalange enfonça les mercecenaires et les troupes lacédémoniennes (6).

Ayant rendu l'infanterie plus agile dans ses mouvements, il lui donna en revanche un armement plus pesant. Les soldats de la phalange, équipés jusque-là à la légère, durent adopter l'armement des hoplites , porter de grands boucliers , et de longues sarisses au lieu de petites lances (7),

C'est sans doute parmi les troupes mercenaires de la ligue que

(1) Plut., Philop., 18.

(2) Polybe, X, 22, 8, 9.

(3) Plut., Philop., 7.

(4) Polybe, X, 23, 2 à 8.

(b) Plut., Philop., Il-

(6) Polybe, XI, 16, 1, 2 et 17, 2.

(7) Plut., Philov; 9.

le célèbre réformateur introduisit « l'armement crétois , » le meilleur du temps (1). Ce peuple avait beaucoup contribué au perfectionnement de l'art militaire et foui-ni aux grandes armées de ce siècle un nombre considérable de mercenaires. Sauf les Macédoniens et les Etoliens , aucun peuple ne paraît avoir joué un plus grand rôle que les Cretois dans les armées grecques du dernier siècle de l'indépendance.

Outre ces trois catégories principales , corps d'élite, mercenaires, contingents régionaux, les forces de l'armée achéenne se subdivisaient en un grand nombre de détachements divers , dont le nom était tiré, soit de la nationalité, soit de l'armement des hommes qui les composaient. En voici la liste : les soldats des contingents régionaux ne sont jamais désignés, ni par Polybe, ni par Tite-Live, ni par Plutarque sous des noms particuliers, sauf en un passage. A la bataille de Sellasie la victoire est décidée par une charge des fantassins de Mégalopolis « armés à la macédonienne. »

Achéens. Mercenaires.

Oi ÈTTtXeKTOt. To ^evixbv (9).

Ol eTTtTV^OetOt (2). Kpî)T£Ç (10).

Peltastes (3). 'IXXtiptot (11).

Frondeurs (4). Tapavnvot îtttts'ïç (12).

EÔÇoWi (5). Thraces (13).

'A/aïxol / ,

IToXlTlXOt \

©wpaxixat (7).

4>a>.aYYiTai (8).

ÎÇ (6).

Il est évident que plusieurs de ces termes représentent peutêtre la môme troupe; ainsi les mots l-Kikixioi, ImTrfi^tioi, ôwpaxiTat,

(1) Titc-Live, XLU, 55. Sur les ellets de la réforme de Pliilopœmen, cf. Tite- Live, XXXVII, 20.

(2) Polybe, XXIV, 12, 10, 11.

(3) Ibid'.

(4) Tite-Live, XXXVIII, 28, 29.

(5) Polybe. XI, 11, 4,5.

(6) Ibid.

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) Ibid.

(10) Tite-Live, XXXV, 29.

(11) Polybe, XI, 14, 1.

(12) Id., XI, 12, G.

(13) Tite-Live, XXXIII, lô.

cpaXaYY'Tai désignent sans doute tour h tour un ou deux corps de l'armée achéenne. Mais il nous a paru difficile d'établir à cet égard les distinctions ou les rap[)rochcments nécessaires , faute de textes concluants.

L'effectif des forces achéennes , composées de tant d'éléments divers , fut aussi très variable : il est probable que la proportion des mercenaires incorporés et des auxiliaires pris à la solde devint moins forte à mesure que la ligue comprit un plus grand nombre d'Etats et de villes. Le corps d'élite et les contingents devinrent alors plus nombreux et plus capables de suffire à la défense du territoire. Voici, par ordre chronologique, les principaux faits qui peuvent nous éclairer à ce sujet.

En 245 , Aratus envoie un corps de 10,000 Achéens au secours des Béotiens que menace la ligue étolienne (1).

A l'époque de la guerre contre Gléomcne , le stratège Aristomachos est à la tête de 20,000 fantassins et 1,000 cavaliers : ce sont toutes les forces fédérales (2).

Quand les Achéens entrent en Laconie, avec le roi de Macédoine, en 222 , leur effectif n'est point considérable : ils envoient 3,000 fantassins d'élite et 300 cavaliers. Mais il est vrai que Polybe, dans le récit des opérations militaires qui amenèrent la bataille de Sellasie , ne fait pas mention des contingents des villes , sauf pour Mégalopolis (3).

Dans la guerre de l'année 218 contre les Etoliens, l'armée fédérale compte au moins 12,000 fantassins et 900 cavaliers; en effet, Polybe ne cite que les contingents d'Argos et de Mégalopolis. Les forces sont ainsi réparties (4) :

[o Elite : 3,000 luc>ixTot et 300 cavaliers achéens.

2» Contingents • ! '"^^ vA^^'^-^^^^^ de Mégalopolis. ° ■ / 500 fantassins d'Argos.

Cavalerie : 50 cavaliers de Mégalopolis, 50 cavaliers d'Argos.

3<» Mercenaires : 8,000 fantassins, 500 cavaliers.

En 197 , on envoi un corps de 1,800 fantassins et 100 cavaliers au secours des Rhodiens (5). La ligue devait à la même époque tenir la campagne contre le gouverneur macédonien de Gorinthe, et se préparer à la guerre contre Nabis.

(1) Plut., krat., 16.

(2) U., Cléom., 4.

(3) Polybe, IT, 65, 3.

(i)Id.. V, 91,6, 7. .

(5) Tite-Live, XXXII l, 18.

Le nombre des soldats achéens s'accrut sans doute à la suite de la l'éforme de Philopœmen ; et les effets de cette réforme se firent sentir longtemps encore. Quinze ans après la mort du grand stratège, Polybe rassurait les confédérés qui craignaient de désorganiser l'armée par l'envoi d'un secours de 1,000 soldats à Alexandrie , et déclarait que la ligue pouvait aisément armer trente mille ou quarante mille hommes (1).

Mais la décadence militaire semble avoir été rapide pendant la période démagogique de la ligue. La dernière armée que Diœos opposa aux légions , armée qui comptait dans ses rangs nombre d'esclaves affranchis, atteignait le chiffre de 14,000 soldats.

La flotte achéenne joua un rôle peu important dans les guerres que soutint la ligue. Aratus faisait, avec quelques vaisseaux, de petites incursions sur la côte étolienne ; quand la fortune le favorisait et lui donnait l'occasion d'une surprise, il capturait deux navires étoliens (2) et ramenait en Achaïe cent prisonniers. Les seules opérations importantes de cette époque sont le siège de Molycria et de Chalcis{3) et la prise de vingt-cinq vaisseaux macédoniens dans le port même (4). De combat naval, il n'est point question. En 218, la ligue entretenait une flotte de six navires divisée en deux escadres : l'une surveillait le golfe d'Argos, l'autre le golfe de Gorinthe (5).

L'extension de la fédération dans le Péloponnèse , les guerres qu'elle fit pour gagner toute la péninsule à l'union, détournèrent les Achéens du soin de développer leur marine. Le golfe de Gorinthe, dont ils avaient jadis disputé la domination aux Etoliens, n'avait plus pour eux la même importance : maîtres de la place de Gorinthe après la proclamation de Ti. Quinctius, ils tenaient le passage de l'isthme et n'avaient plus besoin de transporter des troupes sur mer , si par hasard quelque occasion appelait leurs armes au Nord. Philopœmen se fit battre par les forces maritimes du tyran Nabis ; le navire du stratège fut coulé ; et le plus rapide vaisseau de l'escadre achéenne regagna à la hâte le port de Patras (6). La ligue ne pouvait porter atteinte à la puissance maritime de Lacédémone qu'en entretenant en Grète une guerre

(1) Polybe, XXIX, 9, 8.

(2) Id., V. 94. 7.

(3) Id., ibid.

(4) Plut., Arat., 24.

(5) Polybe, V, 91, 8.

(G) Tite-Live, XXXV, 26.

CONSTITUTION DU I.A LIGUE ACHKENNR, Kil

de partisans : car les tyrans de Sparte recrutaient , en vertu d'un traité formel, une partie de leurs pirates dans cette île (1).

Qu'était cette pauvre marine, en comparaison de celles des j-ois d'Egypte et de Macédonie ? En 207 , Philippe V mettait sur les chantiers cent longs navires , à Gassandrea (2). Les flottes ce ce prince luttaient avec avantage contre les habiles marins de Rhodes et de Ghios. Il réunit à Léchccon , en 218, des navires assez nombreux pour porter une armée de plus de sept mille hommes (3). Avant la brillante renaissance de la Macédoine sous les Antigonides , Ptolémée Philadelphe et Evergète avaient dominé sur la mer Egée. Les Etoliens eux-mêmes avaient eu leur tem[)s de prospérité maritime : et de petits princes, comme Scerdilaïdas et Démétrius de Pharos, pillaient les Gyclades à la tète de flottes de quatre-vingt-dix navires (4). La ligue achéenne possédait donc un nombre de voiles à peine suffisant pour protéger ses côtes qui furent souvent insultées : et l'on comprend aisément que les attributions navales du stratège n'aient pas été des plus importantes.

Ge magistrat avait la haute main dans la direction des négociations diplomatiques comme dans l'emploi des forces militaires de la ligue. Introducteur des ambassadeurs étrangers devant le congrès, il était aussi l'interprète officiel chargé de leur notifier la réponse des Achéens. Il demandait compte aux ambassadeurs fédéraux de leurs missions. Enfin, il avait le droit de prendre l'initiative en cette matière pendant les sessions des assemblées (5). Quelquefois, la ligue le désignait comme ambassadeur et le chargeait de négocier (G) , peut-être même lui laissait-elle la liberté de conclure des trêves , sauf à rendre compte ensuite de ses actes (7). Les alliés des Achéens débattaient avec lui le chiffre du contingent (8) à fournir ; bref, il réglait tous les détails que les décrets de l'assemblée passaient nécessairement sous silence.

Dans le cas où des citoyens achéens avaient été lésés à l'étranger, le stratège leur accordait la permission de s'indemniser en

(1) Polybe, XIII. 8, 2.

(2) Tite-Live, XXVIII, 8, 14.

(3) Polybe, V. 2, 11.

(4)j6f., IV, 16, 8 et 9.

(5) Cf. ci-dessus, chap. II, 3. Attributions de l'assemblée. (0) Tite-Live, XXXIIl, 2. Polybe, XVII, 7, 2.

(7) Id., XXXII, 40

(8) Polybe, XXVIII, 2, 12.

162 LES LIGUES ÉTOLIENNE ET ACHÉENiNE.

employant au besoin la force. C'était une sorte de droit de guerre privée qui n'engageait point les Etats (1).

Enfin , le môme magistrat intervenait dans les villes confédérées, au nom de l'union, toutes les fois qu'une irrégularité quelconque se produisait dans l'administration locale des finances (2) ou de la justice (3). Il cassait et réformait les décisions qui lui semblaient de nature à léser l'intérêt de la communauté et veillait au rétablissement de l'ordre.

On voit quelle singulière liberté d'action était laissée à l'éponyme de la ligue, bien qu'il ne fût, en principe, que l'humble exécuteur des volontés, du congrès. Non seulement en l'absence du « conseil » le stratège, compétent en toute matière, jouissait d'une grande initiative d'action, interprétait les décisions de l'assemblée, en surveillait et en dirigeait l'exécution, mais, en présence même des délégations qui constituaient le pouvoir fédéral et gouvernaient souverainement, il conservait une autorité réelle, surveillait les débats et contribuait vraiment pour beaucoup à l'adoption des décrets qui devenaient , dans l'intervalle des réunions fédérales, sa règle de conduite.

LISTE DES STRATÈfrES AGHÉENS (4).

Chronologie de Merleker. Chronologie de M. Freeman.

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