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174 LES liTtUes étolienne et achéenne.
aucune violence contre les représentants locaux de la fédération. Les Mantinéens, ayant appelé Cléoraène, avaient massacré les colons achéens et la garnison. Polybe rapporte ce fait, et blâme la violence et non l'acte même de la séparation (1). « Puisqu'ils » étaient bien résolus à abandonner notre alliance et notre ami- » tié, ils devaient laisser partir tous les colons et les soldats, sous » la garantie d'une trêve, ce qu'on accorde même aux ennemis. » Il rappelle, d'ailleurs, que ces Mantinéens avaient jadis, de leur plein gré, £6e>.ovTi, abandonné la ligue achéenne pour passer aux Étoliens, et il ne les en blâme pas (2).
Mais si les lois achéennes autorisaient une séparation pacifique, toute révolte était sévèrement châtiée dans les villes confédérées. En effet, ce n'était pas seulement l'union qui se vengeait et réprimait les défections : la lutte était ardente dans chaque ville entre la liberté démocratique tempérée par l'autorité d'une élite de citoyens, et la tyrannie démagogique, qui ne triompha que peu de temps avec Gritolaos. Le parti qui l'emportait et gouvernait au nom de l'union se vengea donc souvent à titre de gouvernement fédéral et aussi de parti dominant. C'est ce qui explique la cruauté avec laquelle furent domptées les révoltes (3).
Après la répression , on imposait des conditions qui variaient sans doute selon la gravité de la révolte. Il fallait tout d'abord livrer les auteurs du soulèvement , puis recevoir une garnison fédérale (4). Le stratège pouvait négocier les clauses de la soumission, sauf contrôle et ratification de l'assemblée. Sparte fut traitée par Philopcemen avec une rigueur toute particulière. On rasa ses murs , elle dut non seulement obéir aux décrets des Achéens , mais se soumettre à des magistrats envoyés par le gouvernement fédéral (5). Enfin, les institutions de Lycurgue furent supprimées , et l'éducation achéenne devint obligatoire. Le stratège expulsa les mercenaires qui avaient servi les tyrans de Sparte ; la même mesure fut prise contre les affranchis que la fédération eut le droit de saisir et de vendre. « Ainsi, ils seraient mieux rattachés au corps fédéral , et donneraient plus aisément leur consentement à toutes les mesures (6). » Il fallait, après les
(1) Polybe, II, 58, l.
(2) Ibid.
(3) Cf. Plat., l'hilop., 16, le récit de la répression de Sparte par Philopœmen.
(4) Polybe, II, 57, 4.
(5) M., XXXIII, 12, 3 : « (j.ri iaovov toi; xotvoïç oÔYiAaai twv 'Axaiwv TretÔapx^'''» àXXà xai xa^' tStav Û7r-op£t£Ïv xoï; àei >caOt7Ta[i£voiç âp^oy^'- »
(6) C'est la remarque ironique de Lycortas après la répression (Tite-Live,
exécutions, que la rentrée des révoltés dans l'union fût régulièrement consacrée par un décret dr. rcstiluendis. Ce décret était loin d'impliquer que les rebelles fussent réintégrés dans la ligue aux conditions normales (1). Cependant , les conditions, très dures au moment même du châtiment, étaient souvent adoucies par la suite , non pas qu'on voulût épargner des rigueurs après capitulation ; mais, comme les exilés rentraient avec les vainqueurs dans la ville et chassaient à leur tour leurs adversaires, la répression cessait pai-ce qu'elle ne pouvait plus atteindre les nouveaux exilés (2).
Quelquefois , l'accord se faisait entre les deux partis. C'est ce qui arriva à Cynaeta, ville d'Arcadie, d'où la ligue rappela immédiatement la garnison fédérale et le stratège achéen chargé du gouvernement provisoire et de la surveillance. Mais il arrivait aussi que la ville rebelle passât de la condition de fédérée à une condition inférieure. Sparte perdit, après la révolte qui amena le massacre de Compasia, son titre de <7u[ji.7roXtTeuo[jtévYi (3). Un de ses envoyés demande , dans le sénat romain , qu'on lui restitue les anciens droits de membres de la ligue : ils sont non seulement sujets de l'union achéenne et soumis aux décrets fédéraux , mais contraints d'obéir à des gouverneurs particuliers. Au contraire , à Messène, même après la révolte de Dinocratès qui coûte la vie au stratège Philopœmen, on conserve aux Messéniens leur ancien
titre « à'rTOxaxécTiridav eiç t^v k\ ^PX^'' xaTotffxadiv tyJç cruixTroACTeiaç. »
On se contente de faire exécuter les coupables qui ont contribué à la mort de Philopœmen. Mais on prend des précautions pour l'avenir en morcelant l'ancien territoire de Messène. Polybe loue dans ce cas la générosité de Lycortas et des Achéen s (4).
Outre les mesures dont l'exécution suivait immédiatement la victoire du congrès , le gouvernement fédéral en prenait d'autres dont l'effet devait être plus durable. Il importait avant tout d'éloigner de leur patrie les citoyens pauvres toujours disposés à se révolter pour abolir les dettes, de maintenir dans l'obéissance les
XXXIX, 37) : « Natn ut in aequo essent fecimus , quum leges iis nostras dedimus, quum ut Achaïci concilii essent, effecimus. »
(1) Tite-Live, XXXVIII, 34.
(2) Après la réduction de Lacédémone, la ville s'engage par serment à ne point permettre le retour des exilés : « ffTVjXriv •rseeï'jôat xal TreTvotïjaOai upô; xoùç xaTe^ovrai; -d^v tiôXw ôpxou;, Onèp xoO [iiriôéTTOTe xareXeua-eirÔai toù; -^uyâSa;. » Polybe, XXVI. 2, 14.
(3) Polybe, XXIII, 12, 3.
(4) îd., XXV, 1, 1.
habitants de la ville annexée , de combler les vides par l'envoi de colons, et de protéger ces clérouques sur les terres distribuées. Dès la première occupation de Mantinée, Aratus établit une classe d'habitants dévoués à la ligue , en donnant le droit de cité aux métèques (1). Après la révolte et la soumission violente de cette même ville, les Achéens vendirent les habitants et les remplacèrent par une colonie. Les Orchoméniens, dont on a retrouvé le décret d'union, ne furent ni annexés de force, ni rattachés de leur plein gré à la ligue (2). Ils furent assujettis aux Achéens à la suite d'un traité conclu avec Philippe de Macédoine (3). La ligue, sans doute mal assurée de leur obéissance, appliqua chez eux son système de colonisation. Des clérouques achéens furent établis à Orchomène : « On leur assigna des maisons ou des lots de terre : ces immeubles assignés aux clérouques achéens étaient inaliénables, sauf pour une faible somme. Défense est faite à ceux qui ont reçu à Orchomène un lot de terre ou une maison d'en aliéner pour plus de vingt pièces d'or (4). » C'était une manière d'attacher fortement au sol les nouveaux possesseurs , une garantie contre la convoitise qui excita tant de révolutions de cette époque.
La ligue n'essaya pas seulement de fonder une classe de citoyens et de propriétaires dévoués à ses intérêts. Elle ne se contenta pas de confisquer la propriété privée pour la reconstituer à son profit : elle déposséda quelquefois des cités rebelles d'un territoire qu'elle donna à un autre Etat fédéral ou créa de nouveaux Etats confédérés comme de nouveaux propriétaires. Ainsi, Belbis, enlevée en 189 aux Spartiates, est donnée avec son territoire à Mégalopolis. Cette ville invoquait, il est vrai, des droits de propriété remontant à l'époque de Philippe, roi de Macédoine, fils d'Amyntas (5).
Après la révolte de Messène', qui coûta la vie à Philopœmen , les villes de Abia, Thuria et Pharia, situées sur le territoire messénien, devinrent en leur propre nom cités confédérées. Chacune d'elles éleva une stèle, symbole de son union directe avec la
(1) Plut., Arat., 36, 45.
(2) Cf. Revue archéoL, 1878, II : Décret de la ligue achéenne. Commentaire de M. Foucart.
(3) Tite-Live, XXXII, 5.
(4) Reuue archéol. , 1878, II, p. 96 et suiv. P. Foucart, Commentaire de l'inscription citée ci-dessus.
(5) Tite-Livc, XXXVIII, 34.
ligue (1). La découverte d'une monnaie autonome de Goroné nous prouve que cette ville s'était aussi affranchie (2).
Il est aisé de saisir l'importance de ces faits pour l'union. La politique des hommes d'Etat de la ligue consistait précisément à composer le corps fédéral d'un très grand nombre de membres indépendants les uns des autres, plus faibles par le fait même de cette indépendance, et plus disposés aussi à s'appuyer sur le pouvoir central comme à l'affermir. Depuis la fondation de la ligue, il y eut un progrès continu dans ce sens. Les peuples compacts dont l'adjonction à la communauté avait été plus difficile à obtenir (sauf les Arcadiens) furent morcelés en un grand nombre d'Etats libres et de villes isolées ; tous ces Etats , toutes ces villes obtinrent le droit de se faire représenter au conseil fédéral. Les exemples les plus frappants de ce fait sont la Laconie et la Messénie. L'Elide, incorporée si tard et non sans peine, dut subir le même sort. Les Achéens appliquèrent le plus qu'ils purent la maxime : « Diviser pour régner. »
Il n'est pas jusqu'à la surexcitation de l'esprit de parti, jusqu'au développement des querelles intestines, qui n'ait favorisé l'œuvre d'union. On cessa de tenir à son titre de citoyen de Sparte et de Messène du jour où on se rallia à l'un des partis qui se formaient dans toutes les villes , au parti des riches ou des pauvres , des démocrates modérés ou des démagogues. Chacun espérait triompher par une entente avec tous les hommes du môme parti que contenait le Péloponnèse. La péninsule fut donc divisée en sectes politiques qui toutes également souhaitaient la destruction de l'esprit local ; bref, on prit l'habitude d'un gouvernement commun parce qu'on espérait s'emparer de ce gouvernement en généralisant les discordes dans le Péloponnèse, en les faisant sortir des murs de la cité. Etre en proie aux mêmes dissensions constitue encore un lien.
lie gouvernement n'avait pas même besoin de susciter l'esprit d'indépendance des villes soumises à la domination des anciennes capitales de provinces. Les révoltes éclataient aisément parmi les bourgs et petites cités sujettes. C'est ainsi que Philopœmen, irrité contre Mégalopolis, sa patrie, se mit à la tête d'une insurrection des bourgs x(o[xat de son territoire (3). Les habitants de ces bourgs étaient sans doute privés des droits que les Mégalopolitains
(1) Polybe, XXV, 1, 2.
(2) Cf. Warren, An essay on Greek fédéral coinage, p. 48 et 49.
(3) Plut., Comp. de Philop. et de Ti. Q. Flamininus, 1.
réservaient à un corps restreint de citoyens; ils étaient dans une condition inférieure ; leurs terres faisaient partie de ce qu'on appelait ffuvxeXtxov-ffuvTeXeia, ditio conlribuUi^de Mégalopolis. La numismatique nous atteste le môme fait et le précise : on a retrouvé les monnaies autonomes des anciens bourgs excités à la révolte par Philopoemen. Ce sont: Alipheira, Asea, Dipaia, Gortys, Pallanteon et Theisoa(l). A la môme époque, grâce aussi à Philopœmen , Eliphasia fut séparée de Mantinée et rattachée à la ligue comme ville indépendante (2). Dans les deux cas, le gouvernement fédéral se garda bien d'appuyer les revendications des capitales et de soumettre les rebelles. Le stratège Aristaenos, quoique adversaire politique de Philopœmen, se rendit môme à Mégalopolis et empocha la ville de le poursuivre en justice (3).
On n'a découvert jusqu'à ce jour qu'environ quarante monnaies autonomes de la ligue achéenne ; il faut ajouter, pour obtenir la liste des membres indépendants de la ligue, au moins neuf villes citées dans les textes classiques.
La confédération comprenait donc cinquante membres pour le moins ; en voici la liste (4) :