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CHAPITRE IV

LA LIGUE ÉTOLIENNE DEPUIS LA RENAISSANCE DE LA MACÉDOINE SOUS LES ANTIGONIDES JUSQU'A l'aVÈNEMENT DE PHILIPPE V.

C'est l'apogée de la puissance étolienne , qui s'est formée pen dant l'absence d'Alexandre et à la faveur des querelles de ses successeurs. Mais ces querelles vont prendre fin : la Macédoine se relève sous Antigone Gonatas et devient tout à coup formidable. La ligue étolienne est menacée au Nord par cette renaissance soudaine ; et pendant la première moitié du troisième siècle l'union achéenne fera de rapides progrès. Dès lors ce sera une lutte perpétuelle dans laquelle l'Etolie s'usera pour tomber sous les coups successifs de la Macédoine et de Rome.

Déjà , à la mort d'Alexandre le Molosse (vers 260, Droysen d'après Phylarque) il faut s'arrêter. La régente Olympias se met sous la protection du roi de Macédoine pour sauver de la convoitise étoliennela portion de l'Acarnanie jadis annexée à l'Epire (1).

Cependant Antigone ne peut entrer encore en hostilité directe contre ses ambitieux voisins : il a reconquis la Macédoine et n'a plus de prétendants à redouter. Mais les Lagides ont fondé un puissant empire hellénique; Ptolémée Philadelphe est alors maître incontesté de l'Egypte , de la Gyrénaïque , de la Phénicie, de Chypre ; la décadence des Séleucides lui permet d'occuper avec ses flottes les îles de l'Archipel et les côtes d'Asie Mineure (2) ; vers 250, il pousse jusqu'au littoral de la Thrace. Son successeur intervient enfin plus directement dans les affaires de Grèce ; il se

(1) Ibid. Droysen a étudié en détail cette époque obscure. Cf. Bellenismus, III, p. 3:3-325.

(2) Droysen démontre que les Etoliens , si puissants à ce moment , ne peu* vent nuire à la Macédoine qu'en servant d'appoint du côté des Ptolémées. Ibid., p. 326, 329 et 405.

déclare le protecteur d'Athènes et de la ligue achéenne. La Macédoine est donc tenue en échec.

Antigone n'hésita pas à s'allier aux Etoliens , quitte à se retourner plus tard contre eux quand le plus grand péril serait écarté. Nous ne savons pas exactement à quelle date fut conclue cette alliance passagère. Dès 252 , dans les premiers mois de la tyrannie de Nicociès, Sicyone fut, au moment même où Aratus pensait à délivrer sa patrie, sur le point d'être surprise parles Etoliens (1). Ce n'était là sans doute encore qu'une tentative indépendante et isolée; bientôt, si nous en croyons Polybe. Antigone promit aux Etoliens, en échange de leur coopération , un partage de l'Achaïe.

De 243 à 241, le Péloponnèse subit eu effet plusieurs invasions. La première eut lieu en Laconie ; l'armée étolienne enleva en une campagne cinquante mille périèques (2). De cette époque datent probablement les annexions, à la ligue, deTégée, Phigalie, Mantinée et Orchomène (3). Cette expédition était un encouragement à intervenir en Achaïe môme ; mais une incursion poussée jusqu'à Pellène se termina par une sanglante défaite qu'Aratus infligea aux agresseurs : leur retraite fut désastreuse (4).

Ici se place un fait généralement peu connu , qui montre la puissance d'expansion de la race étolienne à cette époque , et prouve que la ligue possédait déjà une marine assez considérable. Outre ce projet de démembrement de l'Achaïe et du Péloponnèse, le traité d'alliance entre Antigone et la ligue stipulait que les Etoliens auraient , comme part des dépouilles des Lagides , quelques possessions en lonie. L'Etolien Timarque fait une descente en Asie Mineure et brûle ses navires (5); Samos avait été enlevée par surprise aux Ptolémées, grâce à un stratagème que rapporte Frontin , et le gouverneur massacré (6). Ces entreprises lointaines supposent l'existence d'une nombreuse flotte ; il est probable que l'île de Céphallénie, repaire des pirates etoliens au

(1) Pliitarqac, Aralus, 4.

{1) Plutarque, CUomène , 18. Polybe, IV, 34, 9.

(3) D'après l'historien anglais Thirwall.

(4) Plutarque, kratus, 31, 32.

(5) Polyen , Strategem., V, 25. « Tîjiapxos AItio),©; , ànoêàç t^; 'Aat'aç è; TtoXuàvôptoTtov ^wpîov , ïva \j.ij çuYoïev ol sTpaTuirat xô TrXrjOo; twv iToXe|i.twv Tàç vaùç xa- TÉTipriçEv. Oi ôè àycûviTaiievoi yevvaiwî Èvixiricrav. »

(0) Frontin, Strategem., liv. III, ch. 2, g 11 , cdit. Dendrich. n Tiinarchus iEtolus, occiso Charinade , Ptolemsei régis priefeclo, chlamyde interempti et galero ad Macedonicuni armatus est habitum. Per hune errorem pro Charinade

dire de Polybe, avait été occupée, lors du dernier partage de l'Acarnanie, entre Alexandre le Molosse et la ligue. Il faut placer aussi entre 240 et 2:20 les traités conclus avec Géos et Téos , conférant à ces villes d'importants privilèges et les mettant notamment à l'abri des attatjues par mer (1). Les habitants de Géos font aussi une convention particulière avec Naupacte, après consentement de la Ligue, et une clause de cette convention dispose que « nul des Naupactiens n'enlèvera de force un Géien, tout » comme si les Géiens étaient citoyens de Naupacte. » Naupacte avait repris, sous la domination étolienne, une grande importance maritime. Géos fut-elle dès ce moment annexée directement à la Ligue et reçut-elle un stratège ? Je serais porté à le croire, puisque, dans la suite, la marine étolienne tombera rapidement en décadence au point d'avoir à demander le secours des navires achéens ; je placerais aussi vers 240 l'annexion de Lysimachie sur l'Hellespont, peut-être de Ghalcédoine (2). La lutte continentale contre les Antigonides absorbera désormais toutes les forces étoliennes ; on ne les verra plus paraître en Asie que comme appoint dans les rangs des ennemis de la Macédoine, et comme corps mercenaires au service de souverains égyptiens ou asiatiques.

Au moins la ligue peut-elle encore s'accroître à la mort d'Antogone, en 239 , en s'alliant avec les Achéens , déjà maîtres de Gorinthe et de Mégare (243), contre son successeur Démétrius IL Polybe nous apprend que la ligue béotienne s'unit aux Etoliens (3) ; elle restera vingt ans sous leur dépendance. L'historien Schorn fait justement remarquer que la même occasion permit sans doute d'annexer aussi l'Achaïe Phthiotide et la Thessaliotide avec les places de Thèbes , d'Echinos, de Pharsale et Larissa Grémasté, le reste de l'Acarnanie, plus Leucade et le territoire d'Ambracio (4). Toutes ces régions seront des dépendances étoliennes à l'avènement de Philippe V de Macédoine et deviendront , entre ce prince et la ligue , l'objet des longues querelles qui finiront par les placer tous deux sous le joug de Rome. Géo-

Sarniorum in portum receptiis, occupavit. » 11 n'est pas besoin de supposer, avec l'éditeur, qu'il est question ici de Sainos dans le golfe Singitique; il n'est pas étonnant que Timarque , opérant en lonie , ait un moment occupé Samos.

(Ij Cf. à la fin , au Recueil opigraphique , les n°' V et Vî.

(■2) Polybe, XV, 23, 8; 23, 9; XVII, 3, II; XVIII, 34, 5.

(3) Polybe, XX, 5, 2.

(4) Schorn, Geschichte Giieclienlands von der Enstehung des jEtolischen und Achaïsclien Blindes bis auf die Zerstorung Korinths. Bonn, 1833, p. 88.

graphiquement, les Etoliens ont atteint leur plus grand développement territorial ; les frontières de la confédération enferment dans la seule Grèce du Nord une superficie que n'aura jamais plus tard le territoire fédéral achéen. Mais deux peuples ont été admis dans l'union qui ne chercheront qu'une occasion pour s'en séparer : la Béotie et la Thessalie ; et l'occasion ne se fera pas longtemps attendre , du jour où la Macédoine aura ressaisi la suprématie.

■ Pendant la guerre de Gléomène contre les Achéens, la ligue étolienne, alliée de ce prince, est réduite à la défensive (1); puis l'alliance même est rompue, et Mantinée passe au parti de Sparte. Les intrigues nouées dans le Péloponnèse ne paraissent pas avoir été très utiles aux Etoliens (2) ; s'ils tiennent encore ou protègent Phigalie vers 225 (3) , l'amitié des Messéniens ne semble pas très sûre (4) : les Eléens sont le seul peuple sur lequel ils puissent compter désormais parmi les Péloponnésiens.

L'état de la Grèce du Nord n'est pas plus favorable à la politique étolienne : l'Acarnanie s'est soulevée , et l'armée fédérale , envoyée pour réduire la place de Médéon , se fait battre par les Illyriens (5). L'Epire , l'Illyrie et l'Acarnanie forment une alliance que brisent quelquefois , il est vrai, les tentatives de pillage des Illyriens contre leurs voisins et amis (G) ; mais ce peuple belliqueux suffit à tenir l'Etolie en échec jusqu'en 228. Les Romains, vainqueurs du même ennemi, envoient alors des ambassadeurs à la ligue étolienne (228) (7). Ces ambassadeurs offrent l'amitié du peuple romain. Mais le résultat de cette démarche est d'enfermer et d'arrêter les Etoliens au Nord-Ouest, en rapprochant d'eux de trop puissants protecteurs , tandis qu'au Nord-Est la Macédoine sera désormais d'une hostilité constante. La dynastie des Lagides est tombée en décadence dès la fin du règne de Ptolémée Evergète ; donc il faudra bientôt prendre parti pour Rome ou pour la Macédoine et servir, quelle que puisse

(1) Les Etoliens veulent s'opposer au passage des Macédoniens dans le Péloponnèse par l'isthme. Polybe, II, 52, 8.

(2) Tàç Oti' 'AItw).wv èntêouXàç. Polybe, II, 5, 8.

(3) Cf. Recueil épigraphique, à la fin , n° VII. Nous avons suivi le commentaire de M. Foucart qui indique comme date probable de cet acte l'année 225.

(4) Expéditions de Scopas en Messénie en 220. Polybe, IV, 5, 6,

(5) Polybe , II , 2, 6 ; II , 6, 2, 9 et 10.

(6) Par exemple , en 230 , les Epirotes implorent le secours des Etoliens et des Achéens contre les Illyriens. Polybe, II, 0, 1.

(7) Polybe, II, 12, 4.

être l'issue de la lutte. C'est la fin de TEtolie, facile à prévoir des cette époque.

Dans le Péloponnèse, la Ligue est condamnée à se prononcer ; une aUernative du même genre lui est imposée. Que Sparte ou l'Achaïe l'emporte dans la guerre engagée depuis 227 , les Etoliens seront finalement expulsés de la péninsule ; leurs alliés de Messénie et d'Elide , quelles que soient leurs dispositions , sont condamnés à entrer dans l'unité péloponnésienne. Aratus le comprend si bien qu'il n'hésite pas à demander le secours de la ligue du Nord contre Gléomène , sachant qu'une fois Sparte réduite, il pourra se débarrasser de ses libérateurs (1). Le refus des Etoliens n'a pour résultat que de rendre inévitable l'intervention macédonienne ; et si la bataille de Sellasie asservit la ligue achéenne, elle rend Antigone Doson maître incontesté dans toute la Grèce.

(l) Plutarque, Aratus, 41.

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