‹ Les limites de la biologieChapitre 1 sur 44 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Voici un petit livre dont le succès a été très vif, et, j'imagine, très inattendu pour son auteur. Le titre à la fois si modeste et si technique, — Les limites de la Biologie, — indiquait une étude d'un ordre spécial, et dont il semblait que le grand public dût se désintéresser. M. le docteur Grasset, d'autre part, ne quitte guère Montpellier. Il n'a pu acquérir par son enseignement cette vogue parisienne qui fut celle d'un Claude Bernard ou d'un Trousseau, pour ne parler que des morts. Le caractère sévèrement professionnel de ses précédents ouvrages, notamment de son vaste Traité des maladies du système nerveux, était de nature à provoquer plutôt la défiance d'un certain public. On admet malaisément que les qualités du praticien et celles du philosophe ou du généralisateur coexistent dans un homme. Ces deux cents pages étaient si fortes qu'elles ont vaincu ces obstacles. Elles ont été pas-

sionnément lues et passionnément discutées. La raison en est sans doute dans la vigueur de la doctrine, dans la richesse de la documentation, dans la lucidité de l'analyse. Ces mérites n'auraient pas suffi si le vitaliste déclaré de l'hôpital Saint-Éloi n'avait abordé là, et, à mon humble avis, résolu de la façon la plus saisissante un des problèmes essentiels de notre âge, et qui n'est rien moins que celui de la valeur de la Science.

Une récente discussion entre M. Berthelot et M. Brunetière a prouvé, par son retentissement, à quelle profondeur ce problème passionnait en effet nos contemporains. Ce serait une grave erreur de croire que cet intérêt date d'aujourd'hui, ni même d'hier. Il semble qu'il faille reporter aux environs de 1850 le moment où il s'est posé devant les meilleurs esprits. Jusqu'à cette époque, lorsqu'on prononçait ce mot de Science, on ne l'appliquait guère qu'à l'ensemble des Sciences positives, telles que les Mathématiques, la Physique, la Chimie, la Physiologie. La Science s'opposait communément à l'Art et à la Littérature. On n'entendait pas en faire un procédé de l'intelligence, capable de s'adapter à tous les objets, et de renouveler le domaine entier de la connaissance, autant que celui de l'activité. Après les merveilleuses découvertes accomplies par cette succession de grands ouvriers de vérité qui se sont appelés Laplace et Cauchy, Cuvier et Geoffroy Saint- Hilaire, Fresnel et Faraday, Ampère et Arago, Magendie et Flourens, — combien d'autres encorel

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