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La campagne contre la métaphysique ne date pas d'hier

Réagissant contre le dogmatisme idéaliste de Descartes et de Leibniz, Locke avait considéré l'esprit comme « une table rase, où les choses viennent simplement marquer leur empreinte. Plus d'idées innées, plus de principes a priori, il n'y a dans l'entendement d'autres éléments que ceux qu'apporte la sensation » (Milhaud, B, 35). C'est le principe de Condillac : nihil est in intellectu quod non fuerit in sensu. Et Hume e est conduit, par une analyse profonde de la loi de causalité, loi fondamentale dans les sciences physiques, à déclarer qu'elle se réduit à une simple habitude d'esprit » (Milhaud, B, 36).

Voilà bien la ruine de la métaphysique : la Biologie et les sciences expérimentales subsistent seules et l'absorbent.

De même, Auguste Comte ne cesse de voir dans les conceptions les plus hautes de la pensée scientifique « de simples abstractions dégagées du monde concret, et, dans ses notions en apparence les plus éloignées de toute réalité sensible, des propriétés des choses directement fournies par l'expérience. C'est là à ses yeux la condition essentielle pour que l'idée ait droit de cité dans la science i; à défaut de ces « éléments de positivité », elle « devient une -chimère » (Milhaud, B, 15).

Cette attitude, ajoute Milhaud (16), « est celle qu'auront indéfiniment tous les Bacon de l'avenir, tous ceux qui se refusent à voir tout ce qu'il y a de créateur et de si originalement puissant dans la spontanéité de la pensée ».

Nous avons déjà dit, en rappelant la loi des trois états, comment la métaphysique n'est pour Comte qu'une forme transitoire de la pensée humaine. Cette métaphysique tombe en désuétude et est graduelle-

ment remplacée ' par la science positive, qui est à la fois son « héritière ^ » et son « ennemie » (Lévy- Bruhl, 34).

La recherche des causes est reléguée « dans des régions de plus en plus lointaines » ; la science n'étudie que les phénomènes et leurs lois et ainsi disparaît « le mode de penser mathématique ».

Et ainsi disparaissent la connaissance et l'étude des notions absolues et nécessaires. Les notions absolues paraissent à Comte complètement impossibles et il ne voudrait en garantir aucune. « La philosophie positive n'admet rien d'absolu », dit Lévy-Bruhl (377). « Il n'y a rien d'absolu en ce monde : tout est relatif », écrit Comte, dès 1818, à son ami Valat (Lévy-Bruhl, 383).

Donc, « le positivisme nie le droit de la métaphysique à la vie » (Liard, B, 41) et, conclut Littré (Liard, B, 66), « les principes généraux de la doctrine de la nature humaine sont dans la Biologie ».

Tout à fait analogue est la doctrine des associationnistes ^ et des évolutionnistes ^.

Pour la première de ces écoles, « raisonnements, jugements, concepts, même ceux qui semblent le plus éloignés des premiers résultats de l'expérience et que nous qualifions d'universels et de nécessaires, se

1. « D'après la loi essentielle de la dynamique sociale, l'étal métaphysique n'est jamais que transitoire entre l'état théologique et l'état positif » (Lévy-Bruhl, 40o).

2. Sans doute (Fouillée, U, 358) Auguste Comte a admis « la coexistence continuelle des trois états », mais sur des questions différentes. Pour chaque question prise en particulier les solutions se succèdent, se remplacent et la solution positive n'hérite de la solution métaphysique qu'en la tuant.

3. Voir Claparède, L'association des idées, Biblioth. de psychol. normale etpathol., 1903, et Harald Hoiïding, Esquisse d'une psychologie fondée sw l'expérience, édit. Poitevin; Félix Alcan, éditeur, 2" édit. trad., 1903. {Noie de la S' édition.)

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