Voir, pour tout ce paragraphe, Liard, B, 74 et suiv
réduisent, par une analyse progressive, en éléments empiriques *, tantôt réunis d'une façon temporaire, tantôt soudés en couples et en ensembles indissolubles par le fait de l'association... Tout s'explique, a dit Haftley, par les sensations primitives et la loi de l'association... Aperçue d"abord là où elle était le plus en relief, la loi de l'association est apparue peu à peu comme la loi universelle du mécanisme intellectuel tout entier. » « Elle explique, dit Ribot, tous les faits intellectuels, non à la manière de la métaphysique qui réclame la raison dernière et absolue des choses, mais à la manière de la physique, qui ne recherche que leur cause seconde et prochaine » (Liard, B, 75).
Voulant aller plus loin que Locke et Kant en conciliant leurs doctrines et reconnaître avec l'un que la pensée est innée à l'individu, avec l'autre que toute pensée vient de l'expérience, Herbert Spencer rapporte « à l'expérience illimitée de la race humaine et des organismes inférieurs desquels elle est sortie par voie d'évolution, ce que Locke attribue à l'expérience de chaque individu, ce que Kant déclare irréductible » (B, 139). Et ainsi « l'intelligence, innée dans chaque individu, serait une lente acquisition de la race ».
C'est l'idée qu'exprime Regnaud (94) quand il dit que ces principes sont « affaire d'instinct héréditaire et d'expérience personnelle ».
Ribot (A) a brillamment développé la même doctrine : € il importe de remarquer, dit-il (207), que le passage des cas particuliers à la généralisation et fina-
1. Pour Stuart Mill, le principe de causalité serait « un résultat d'expériences uniformes accumulées » (Liard, G, 155). Il " déclare expressément que la loi de causalité universelle, loin de précéder dans notre esprit les lois particulières de la nature, les suit et les suppose; et c'est à ces lois ellesmêmes qu'elle emprunte, suivant lui, l'autorité dont elle a besoin pour les garantir » (Lachelier, 20).
lement à l'universalisation * du concept de cause, au sens rigoureux, ne s'est fait que peu à peu... La croyance en une loi universelle de causalité n'est pas un don gratuit de la nature, mais une conquête... Elle (celte notion) n'en reste pas moins une conception tardive, ignorée de la plus grande portion du genre humain... le transport de cette loi (de causalité) à tout le connu et l'inconnu ne s'est produit que peu à peu, et, même de nos jours, il n'est pas complet, achevé. En un mot, la loi de causalité universelle est la généralisation de lois particulières et reste un postulat. »
On voit que la métaphysique biologique ou plutôt la doctrine qui sacrifie la métaphysique à la Biologie en n'admettant que l'origine expérimentale pour toutes nos connaissances a été obligée de se transformer peu à peu et en quelque sorte de se perfectionneç^.
Ces modifications même prouvent ou au moins font prévoir la valeur des objections qu'on a formulées et qu'on peut, je crois, maintenir contre cette manière de voir, pour sauver la métaphysique.
2. Je ne souscris pas, dit Goblot (5), « à cet interdit jeté par les positivistes sur le domaine des métaphysiciens. 11 ne s'agit que de dissiper les malentendus d'oîi ils sont nés ».
Le principal, le seul malentendu est celui qui veut
1. Quoique parlant ici d'universalisation, Ribot ne consacre son livre qu'aux idées générales et, à la dernière page (254), il dit expressément : « Existe-t-il, comme quelques-uns le soutiennent, des notions antérieures à toute intuition sensible qui ne puissent, en aucune manière et par aucun effort, être dérivées des données expérimentales? Il ne nous appartient pas de le discuter... c'est le problème de la constitution dernière de l'intelligence humaine que nous avons rigoureusement éliminé de notre sujet ».
que la métaphysique et la science positive aient le même objet, que par suite elles ne puissent que se combattre et se déloger l'une l'autre sur le même terrain, alors qu'elles ont des terrains séparés, des objets distincts et qu'elles peuvent par suite coexister dans le temps et dans l'esprit humain, en se complétant. La Biologie n'est pas ïliéritière et par suite l'ennemie de la métaphysique. La Biologie et la métaphysique sont des sciences distinctes dont il faut connaître les limites.
« La métaphysique peut se définir la recherche de ce qui est premier. »
Le principal de ces objets « premiers » de la métaphysique est certainement formé par les principes absolus, universels et nécessaires, dont nous avons déjà parlé à propos des mathématiques et de la géométrie, qui ne dépendent pas de lexpérience et qui n'en proviennent pas.
Il suffit de prendre comme exemples pour la démonstration le principe de contradiction et le principe de causalité.
Comme l'a très bien dit Fouillée (B, xxiv, 209), « ce n'est pas introduire dans la science une conception intruse et parasite que de poser la non-contradiction et la causalité comme universellement applicables à tout ce qui est du domaine de la connaissance ».
Pour le principe de contradiction nous en avons suffisamment parlé dans le chapitre précédent.
Ce principe est tellement évident que Stuart Mill, que nous avons vu soutenir la concevabilité de deux et deux font cinq recule ensuite et n'ose pas nier le principe de contradiction. Il met « à part cette proposition qu'une chose soit en même temj^s A et non A »;
dans ce cas extrême, il « consent à reconnaître le contradictoire » (Milhaud, A, 23).
Milhaud trouve avec raison que le logicien anglais, t qui n'avait pas reculé devant les conséquences les plus effrayantes de sa manière d'entendre le langage I s'est « laissé intimider par la nécessité de faire un dernier pas bien insignifiant ». L'exception concédée par Stuart Mill ne lui semble pas justifiée ^
Je ne connais pas de meilleure réfutation de l'entière doctrine que nous combattons que cette argumentation de Milhaud poussant les idées d'Auguste Comte et de Stuart Mill à l'extrême et par là même à l'absurde.
Quant au principe de causalité, de raison suffisante (Leibniz) ou d'universelle intelligibilité (Fouillée), on ne peut pas en nier l'existence, malgré tous les raisonnements que l'on entassera : il a la valeur d'un fait.
Tout a une raison, tout changement a une cause. Voilà un principe absolu et universel, qui existe, en fait, dans l'esprit humain et qui ne peut pas être le produit de l'expérience aidée de l'induction, puisqu'il est la condition même de toute induction.
Quand, en Biologie, vous concluez, d'un certain nombre de faits bien observés, que, dans les mêmes conditions, les choses se passeront toujours de la même manière, quand vous établissez ainsi les lois du déterminisme biologique, vous appliquez, plus ou moins consciemment, mais nécessairement le principe de la raison suffisante.
1. « N'en doutez pas, dit Milhaud (A, 26), le terrible logicien s'est laissé inconsciemment glisser pour une fois &u point de vue objectif, d'où il voulait obstinément interpréter le sens de tous les termes, vers le point de vue subjectif. »
LA BIOLOGIE ET LA xMETAPHYSIQUE 145
Si vous ne saviez pas d'avance que les mêmes causes produisent les mêmes effets, vous ne pourriez établir aucune science expérimentale.
Il va sans dire que l'on applique ce principe inconsciemment, sans l'avoir analysé. On ne peut donc pas objecter avec Binet (163) et bien d'autres que « cette connaissance très complexe manque à la plupart des hommes i et que chez ceux qui la possèdent elle « s'est formée plus tard, par une lente accumulation d'inductions partielles >. Tout le monde ne connaît pas le principe de la raison suffisante sous cette forme de loi, en ce sens qu'il ne l'a pas analysé et ne s'en est pas rendu scientifiquement compte. Mais chacun l'applique dès le premier jour oîi il raisonne et par suite chacun possède la notion qu'exprime ce principe avant toute espèce dinduction.
Ce n'est donc pas « faire un cercle vicieux que de donner comme fondement à nos inductions le résultat d'une induction particulière, qui n'est ni constante, ni élémentaire, ni primitive ». Le cercle vicieux consiste au contraire à donner comme résultat de l'induction accumulée un principe qui est la condition de toute induction et par conséquent lui est nécessairement antérieure'.
Le point de départ du principe de causalité est si peu dans l'expérience que, renouvelant ce que nous avons dit pour les définitions géométriques, on peut soutenir avec Boutroux (29, 38) que, nulle part dans le monde concret et réel, le principe de causalité ne s'applique rigoureusement; et « il est impossible, d'établir expérimentalement ce soi-disant résultat de l'expérience » (Liard, C, 156).
Et cependant nous le maintenons comme vrai, en face du réel, presque en contradiction avec le réel que nous fait connaître l'expérience.
1. Voir pour le développement de celte idée, Liard, B, 67. Grasset. 9
Comme nous l'avons souvent répété, l'universel, l'absolu et le nécessaire ne peuvent pas sortir de l'expérience, qui ne donne que le particulier et ne peut même atteindre au général qu'avec l'c.ide de l'universel.
€ La nécessité etl'universalité absolues, dit Kant, sont les marques certaines de toute connaissance a priori et elles sont même inséparables; voilà un double signe qui permet de distinguer sûrement une connaissance pure d'une connaissance empirique » (Liard, B, 205).
Quand donc Littré et les autres positivistes veulent examiner la prétention de la métaphysique à connaître l'absolu en se plaçant au point dé vue de la science positive, ils l'ont un cercle vicieux ou une pétition de principes : ils partent volontairement et arbitrairement d'un point de départ qui préjuge la question à résoudre.
Ou le positiviste nie le principe universel de raison suffisante et alors il ne peut faire aucun raisonnement et ne peut fonder aucune science expérimentale — ou il admet et applique ce principe et alors il reconnaît sans le vouloir l'existence de l'objet de la métaphysique' et l'applique sans le savoir ^
1. « Interrogez ceux qui rejettent la métaphysique; vous reconnaîtrez bien vite qu'ils la rejettent au nom d'un système de métaphysique, qui est naturellement le leur » (Fouillée, A, 275, cit. Blum, Bo?).
2. « C'est là la grande force de la réponse à donnera tous ceux qui voudraient faire de la métaphysique un article de contrebande intellectuelle. Qu'il soit à souhaiter, ou non, d'imposer un droit prohibitif sur les spéculations philosophiques, il est absolument impossible d'en empêcher l'importation dans l'esprit. Et il est assez curieux de remarquer que ceux qui professent le plus hautement s'abstenir de ces denrées sont, au même moment, des consommateurs inconscients, sur une grande échelle, de l'une ou l'autre de leurs innombrables falsifications ou déguisements. La bouche pleine de la tartine beurrée, particulièrement indigeste, qu'ils affectionnent, ils se
Comprenant cela et ne voulant que l'expérimental, Stuart Mill nie l'absolu et déclare « qu'il n'y a dans l'expérience ni dans la nature de notre esprit aucune raison suffisante, ni même aucune raison de croire > qu'il n'existe pas un univers dans lequel la succession des événements est toute fortuite et n'obéit à aucune loi déterminée. Mais alors, comme dit Liard, « dans cette hypothèse que devient la science? que devient la pensée? » (B, 129).
En d'autres termes, « l'empirisme pur ne peut arriver à aucune certitude scientifique pour les choses de l'avenir'... La comparaison de Descartes est toujours vraie : les vérités métaphysiques sont les racines de larbre delà science et sans elles l'arbre se dessèche et languit, son feuillage pâlit et tombe » (Fonsegrive, 326).
Lachelier, lui aussi, l'a très bien démontré et il conclut nettement : « L'empirisme s'efforce vainement d'asseoir un principe sur le terrain solide, mais trop étroit, des phénomènes » (36).
On sera surpris de voir Stuart Mill émettre la même doctrine. « L'induction, dit-il, est le procédé par lequel nous concluons que ce qui est vrai de certains individus d'une classe est vrai de la classe entière, ou que
répandent en invectives contre le pain ordinaire. En réalité, la tentative de nourrir l'intelligence humaine avec un régime ne contenant pas de métaphysique est à peu près aussi heureuse que celle de certains sages orientaux qui prétendaient, nourrir leur corps sans détruire aucune vie... Le poisson légendaire, qui de la poêle à frire se jeta dans le feu, n'était pas plus sottement conseillé que l'homme qui cherche un sanctuaire contre la persécution métaphysique dans les murs de l'observatoire ou du laboratoire " (Th. Huxley, cit. Blum. 556).
1. « Le positivisme est tombé dans l'illusion commune des négateurs de la métaphysique, qui ne sauraient en combattre les thèses qu'en leur en opposant d'autres » (Renouvier, A, 641),
ce qui est vrai certaines fois le sera toujours dans des circonstances semblables... L'univers, autant que nous le connaissons, est ainsi constitué, que ce qui est vrai dans un cas quelconque est vrai aussi dans tous les cas d'une certaine nature » (Blum, 218).
Ce principe, condition de l'induction, est donc antérieur à toute induction. Il ne provient donc pas de l'expérience ; car l'expérience ne pourrait le donner que par induction et aucune induction n'est possible sans lui.
L'évolution ne peut pas plus produire ces principes universels que l'expérience individuelle, puisque l'accumulation du particulier, que ce soit oJiez le même individu ou à travers les familles, ne peut jamais permettre de franchir le fossé qui le sépare de l'absolu.
Car, « ou bien les notions universelles sont en germe à l'origine de l'évolution; alors celle-ci ne les crée pas, elle les développe et les formes de la pensée ont un commencement absolu; ou bien elles apparaissent à un degré quelconque de l'évolution; alors elles ne sont pas davantage un produit de l'évolution, et, dans ce cas encore, elles ontun commencement absolu».
En somme, ni le nombre, ni même la totalité des phénomènes ne constituent l'absolu (Liard, B, 189-327).
Donc, « le double principe qui est le nerf de toute recherche et de toute induction est antérieur à l'expérience » (Liard, 157).
Et nous pouvons conclure avec Liard (B, 206) : « les raisons invoquées au nom de la science positive contre la possibilité de la métaphysique ne méritent pas créance ». Donc, il y a un objet de science que n'atteignent ni la Biologie ni aucune science expérimentale : c'est l'objet de la métaphysique.
On peut dire de la Biologie ce que Brunetière (A, 86) dit de la science : c ses titres sont nuls, absolument
nuls, à parler de morale ou de métaphysique » ; et, comme dit Fouillée (A, 275, 16), « quels que soient les prétentions du positivisme ou, comme on dit de nos jours, de l'agnosticisme, les sciences de la nature et de l'homme ne supprimeront jamais la métaphysique... La métaphysique durera donc autant qu'il y aura des cerveaux humains, une société humaine et un monde dont ils subiront l'influence. L'homme est un animal métaphysique »; ou, comme dit Haeckel (13), l'animal des causes premières, Ursachenthier de Lichtenberg.
3. Donc, la métaphysique existe en dehors de la Biologie; donc, de ce côté-là encore, la Biologie est bornée par une limite supérieure.
Remarquez que je veux simplement ici vous montrer l'existence de la métaphysique sans chercher à vous en faire mesurer l'étendue.
Car je pourrais la montrer étudiant non seulement les idées universelles et absolues, mais aussi Vontologie, c'est-à-dire la nature substantielle des êtres vivants et de l'homme, arrivant même à la notion de l'infini et à l'idée de Dieu.
Renouvier l'a courageusement dit (A, 390) : « ce n'est que gratuitement qu'on peut condamner à disparaître, en vertu d'une loi de l'esprit humain, la croyance en un seul Dieu, personne suprême, et dans le gouvernement divin du monde : croyance qui n'est infirmée par aucun argument positif tiré de l'expérience ou des sciences, seuls moyens de savoir aux yeux d'Auguste Comte, et qui continue d'être amplement représentée dansle monde, même scientifique. Le théisme... n'exclut nullement l'esprit positif, là où V esprit positif est à sa place ' ».
1. Et ailleurs : » c'est d'une souveraine croyance rationnelle à l'Un et au Bien comme fondement du monde quant à l'Essence
Ce dernier membre de phrase, souligné par moi, exprime et résume toute la doctrine que j'essaie de développer dans ce livre.
La question de l'âme humaine, de la substance du moi appartient aussi à cette partie delà métaphysique. Pour Auguste Comte, < la théorie métaphysique du moi représente un état fictif » (Fouillée, D, 183, 144), parce qu'il se place exclusivement au point de vue positif et que « le problème de l'âme est métaphysique, c'est-à-dire qu'il suppose une induction sur le fond des choses telles qu'elles sont en soi ».
Il ne s'agit pas, bien entendu, de faire de la métaphysique une « mythologie abstraite » et d'admettre de ï véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde et conçues comme capables d'engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l'explication consiste alors à assigner pour chacun l'entité correspondante » (Liard, B, 42).
Il serait ridicule de vouloir remplacer la science positive par la métaphysique, là où la science positive peut atteindre.
Mais 1 tous les systèmes, quand on en défalque les différences spécifiques, présentent un même résidu, l'affirmation d'une existence en soi et par soi... » voilà l'objet réservé à la métaphysique*, à l'ontologie.
« Toute qualité est inhérente à une substance... La substance n'est pas la somme des qualités elles-mêmes.
(termes platoniciens) que dépend l'idée de l'Être parfait, c'està-dire doué (aux termes de Descartes) de toutes les perfections dont nous avons l'idée, sans comprendre d'où nous pouvons la tenir, si ce n'est de cet être lui-même » (Ch. Renouvier, A, 451).
1. « La force échappe aux prises de la science positive... le concept tout rationnel de force est essentiellement métaphysique » (Blum, 532. Note}-
Car, si toute qualité requiert un support, une qualité ne peut être le support dune qualité... La critique établit la nécessité de la substance comme liaison des phénomènes * (Liard, B, 311, 256, 2G4).
Cela suffit pour légitimer l'existence de cette partie de la miHaphysique. Et cela établit nettement la métaphysique en dehors de la Biologie et de toutes les sciences positives.
Car, comme le dit très bien Fouillée (170), la science positive n'atteint pas l'être ou les êtres où résident tous les mouvements.
Voilà donc un second objet de la métaphysique, un second côté par lequel elle existe et se sépare de la Biologie.
4. En somme et comme conclusion générale de nos deux derniers chapiti'es (vu et vin), il existe une science des idées, dont l'existence est indiscutable, en face et à côté de la science des faits.
Je ne dirai pas complètement, avec Paul Adam, que « l'Esprit se lève contre le Fait et prétend le transformer à son image ».
Mais je dirai que l'esprit se lève à côté du fait, qu'il le précède et lui est supérieur ou du moins qu'il est la condition absolue de la connaissance et de l'analyse scientifique du fait.
Il faut lire là-dessus tout l'ouvrage de Fouillée sur la Psychologie des idées forces : au panorama tout intellectuel des idées représentations « la psychologie des idées forces doit substituer l'action ». Toute idée est « une force qui tend à réaliser son propre objet ».
Si l'homme ne veut accepter que la science des faits, c réduit aux phénomènes et à leurs relations, il demeure enfermé, comme le prisonnier de la caverne, dans le monde des apparences et des ombres » (D, 362).
Il ne faut plus voir dans la métaphysique un simple mode transitoire de la pensée humaine. « La métaphysique et la science n'ayant pas le même objet, la loi des trois états qui en constate l'apparition successive n'en prouve pas l'incompatibilité... Par son principe constitutif, le positivisme est condamné à ne jamais établir la proposition qui lui sert de base; partant son jugement sur la vanité des recherches méta>. physiques est mal informé et révisable... La pensée, qu'on l'appelle entendement ou raison, demeure la législatrice de la science... La science est vraie parce que l'esprit existe » (Liard, B, 555 à 202).
Je n'insiste pas, ne voulant pas prendre position dans l'étude et l'exposé de la métaphysique : je suis trop incompétent pour cela et cela sortirait entièrement du but et du cadre de ce livre.
Pour continuer la démonstration de ma thèse je voulais simplement montrer que la métaphysique, comme les mathématiques, la géométrie et la logique, c'est-à-dire l'entière science de l'esprit et des idées, existe en dehors des sciences expérimentales, positives, de la Biologie; par conséquent, de ce côté encore existe une limite importante de la Biologie.