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I. Théorie nouvelle de la \ie. Paris, F. Alcan

particulier dans ce phénomène chimique, c'est qu'avec les débris des molécules détruites, et en même temps qu'elles se détruisent, il se reconstitue une quantité plus considérable de molécules identiques. Au contraire, chez tous les corps bruts (et c'est par ce caractère même que nous les définissons bruts), n'importe quelle réaction chimique détruit les molécules préexistantes et les remplace par des molécules dijjérentes. 11 va de soi, d'ailleurs, que les molécules de substance vivante, contrairement à ce que pensait Buffon, sont également destructibles en dehors des conditions spéciales où se produisent les réactions spéciales de l'assimilation ; l'être vivant n'est pas immortel.

Ainsi donc, l'animal ou le végétal, à l'état de vie active ou manifestée, est un ensemble de molécules en voie de destruction et de reconstitution perpétuelles, c'est-à-dire, étant donné ce que nous avons dit plus haut, un ensemble de microcosmes, de systèmes planétaires qui, par réaction avec d'autres microcosmes empruntés au milieu ambiant, perdent à chaque instant leur équihbre microcosmique, pour se reconstituer en plus grand nombre ; la vie active ou manifestée est donc un mouvement chimique incessant, et si l'on pense au nombre formidable des molécules actives qui constituent un animal, on voit que sa vie est bien complexe.

J'ai spécifié qu'il s'agissait de la vie active ou manifestée ; il y a des êtres, assez inférieurs il est vrai, qui peuvent, sans cesser d'être vivants, rester au repos chimique comme les corps bruts ordinaires ; ils sont néanmoins différents des corps bruts par la structure de leurs molécules, structure ignorée des chimistes actuels, et qui est caractérisée par la possibihté de donner lieu à l'assimilation dans des con(H lions convenables. Quelles sont ces conditions, nous allons l'étudier

tout à l'heure, mais il n'est pas mauvais de rappeler auparavant que quelques auteurs ont voulu, récemment, faire de la vie un phénomène physique. L'un de ces auteurs, biologiste averti, paraissait tout à fait dépourvu de notions de physique, un autre au contraire, professeur de physique, n'était pas renseigné sur les phénomènes vitaux.

(( Gomme la chaleur, comme l'électricité, comme la lumière, la vie est, dit le D' Bard ' , une force (?) k part, un mode spécial de mouvement de la matière impondérable, de l'éther des physiciens. » Voilà déjà une définition peu précise, cor force et mode de mouvement ne sont pas des expressions équivalentes ; mais elle plaira aux amateurs de principes immatériels, car le mot /orce en est à peu près synonyme. Et puis, faire résider la vie dans un mouvement de l'éther, cela éloigne moins de la conception vitaliste qui la fait résider en dehors de toute matière ! Mais il faut faire notre deuil môme de cet à peu près éthéré ; la vie manifestée est bel et bien un mouvement de matière pondérable, un mouvement chimique, beaucoup moins subtil, par conséquent, que la lumière et que l'électricité. Ecoutons encore M. Bard : « ha. force vitale, ne se propageant pas à distance et s'exerçant dans un espace restreint, dans un microcosme, il est évident qu'elle ne peut pas être un mouvement ondulatoire à directions reclilignes, comme la plupart des autres forces physiques ; il y a tout lieu de penser qu'elle présente une direction cyclique en tourbillon. » J'ai souligné dans ce passage les expressions contradictoires, mais il ne s'y trouve rien de plus fort que la direction cyclique...

Un autre biologiste, M. Yignon, a cependant trouvé mieux ; dans une thèse de doctorat es sciences natu-

I. La spécificité cellulaire. Collection Scientia. Paris, Carré et Naud, 1899.

PLACE DE LA VIE DANS LES PHENOMENES NATURELS 'j'i

relies, il est arrivé à la conclusion : « l'individa est une force qui cherche à entrer en tension ; la vie est l'acte de celte forcée » Tout commentaire affailjhrait cette citation qui plaira encore aux vitalistes, parce que force et principe immatériel, c'est à peu près la même chose.

Enfin, le physicien dont je parlais tout à l'heure, M. Préaubert" qui connaît la signification des expressions de la physique, part de postulata biologiques inacceptables comme V identité àa cadavre et du vivant, l'ic/e/i^f/e chimique de tous les œufs de toutes les espèces animales ou végétales ; de plus il est amené à des conceptions extraordinaires comme, par exemple, celle de l'apparition de la vie sous forme de tonnerre en boule !

En résumé, il n'y a pas d'antagoniste sérieux de la théorie chimique de la vie, et si les théories physiques ont trouvé quelques partisans c'est certainement parce qu'elles gênent moins les hommes de tradition qui tiennent aux principes immatériels.

Phénomènes molaires et moléculaires. — Nous considérons donc comme étabh que la vie est un phénomène chimique, ce qui locahse immédiatement les phénomènes vitaux dans l'ensemble des phénomènes cosmiques, mais si Y assimilation est la seule caractéristique des êtres vivants, il peut encore se trouver un certain nombre de points communs à tous ces êtres, au moins dans les conditions qui permettent la manifestalion de cette réaction très spéciale. En elTet, n'oubhons pas que l'assimilation augmente la quantité de substance

1, V. plus bas: Le mouvement rétrograde en Biologie. a. La vie mode de mouvement. Paris. F. Alcan, i8y8.

pondérable de l'être qui en est le siège et que, par conséquent, des substances extérieures à l'ctre doivent intervenir dans les réactions ; autrement dit, l'assimilation résulte de réactions entre la substance vivante et le milieu. Pour que de telles réactions soient possibles, il faut que les substances réagissantes Anémient en contact l'une avec l'autre, et suivant le vieil adage : corpora non agunt nisi soluta ; c'est en solution dans l'eau que ces substances se rencontrent ; l'assimilation est un phénomène aquatique.

Les substances vivantes en état d'assimilation sont donc mélangées à une grande quantité d'eau ; elles prennent, de ce fait, un aspect spécial, à peu près le même pour toutes les espèces, ce que l'on traduit en disant que tous les êtres vivants se composent essentiellement d'une substance colloïde, le protoplasma. En réalité il y autant de protoplasmas que d'espèces.

Cet aspect colloïde fait que les substances vivantes en état d'assimilation ne sont pas absolument comparables aux solutions ordinaires de la chimie ; il n'y a pas mélange intime entre le liquide vivant et le liquide milieu, mais le premier forme un coagulum au sein du second. Entre les deux Hquides s'établit un régime d'échanges qui est une condition essentielle de l'assimilation et dont l'étude est du ressort de la chimie physique .

La masse visqueuse de substance vivante est baignée par le liquide milieu, au niveau de ce qu'on appelle sa paroi, mais cette paroi n'est en réalité le plus souvent que la surface de séparation de deux liquides non miscibles comme celle qui sépare de l'eau et de l'huile dans un même verre. De l'état de cette surface dépendent les échanges qui s'effectuent et, par conséquent, tous les agents capables de la modifier influeront profondément sur les réactions intraprotoplasmiques, ce qui donne

une importance capitale en biologie à l'étude des phénomènes de diffusion, d'osmose, de dialyse, etc..

Tous ces phénomènes sont d'ailleurs des résultats des mouvements particulaires qui se produisent sans cesse au sein des liquides en repos apparent : la diffasion par exemple, dont chacun peut suivre la marche dans un mélange d'eau et de vin, est un des meilleurs moyens de mettre en évidence ce mouvement intérieur ; vous pouvez trouver une image grossière de ce phénomène en observant ce qui se passe devant une boutique dont le propriétaire à lavé le trottoir; les pieds des promeneurs étalent peu à peu la tache faite par l'eau sur l'asphalte, de sorte qu'au bout de quelque temps la surface mouillée est devenue triple ou quadruple.

La dialyse est un phénomène moins simple et qui s'accompagne de dislocations moléculaires provenant des vitesses différentes avec lesquelles les divers éléments des molécules peuvent traverser une paroi de séparation entre deux liquides juxtaposés.

Cette question des vitesses différentes de passage à travers les parois protoplasmiques joue naturellement un rôle capital dans les échanges entre les substances vivantes et le milieu, aussi létude de l'osmose a-t-elle passionné depuis quelques années la plupart des biologistes ; je ne puis que signaler ici ces questions très intéressantes en indiquant quelques exemples célèbres. Les anesthésiques suspendent l'activité vitale soit en arrêtant les échanges, soit en déshydratant le protoplasma. Les solutions sahnes aussi peuvent produire une déshydratation des protoplasmas, et nous verrons tout h l'heure comment, en utilisant cette propriété, Loeb a réussi à faire développer sans fécondation des œufs vierges d'oursin. Le rôle purgatif du sulfate de soude est un résultat des mêmes phénomènes osmotiques, etc..

Ainsi donc, quoique l'activité chimique proprement dite, activité d'où résulte l'assimilation, soit l'essence même du phénomène vital, ce phénomène est, en quelque sorte, dominé par les conditions des échanges qui fournissent les éléments aux réactions assimilatrices. Il faut que les substances ahmentaires soient introduites dans la masse protoplasmique ; il faut aussi que les substances accessoires à l'assimilation, c'est-à-dire les substances excrémentitielles, soient rejetées dans le milieu extérieur. Ce double courant d'entrée et de sortie résulte de l'activité spéciale d'une partie centrale de la masse vivante, partie différenciée du protoplasma et qui se trouve à peu près séparée du protoplasma comme le protoplasma est séparé du liquide ambiant. Je ne m'étendrai pas ici sur les expériences qui ont démontré le rôle spécial du noyaa cellulaire \

Ce double courant d'entrée et de sortie, sans lequel l'assimilation ne peut avoir lieu, contribue à créer, dans la masse vivante, un mouvement molaire spécial, indépendant de l'activité moléculaire assimilatrice. Un de ses résultats les plus apparents est de limiter la dimension des masses protoplasmiques continues. L'assimilation augmentant sans cesse la quantité de substance d'une masse vivante, cette masse devrait en effet s'accroître constamment, mais, par suite du mouvement molaire dont nous venons de constater la genèse, elle a une dimension hmite d'équilibre, absolument comme de l'huile, dans une eau agitée, se résout en sphérules qui ne peuvent dépasser un certain volume, tandis que la même huile peut, au repos, former une sphère aussi grosse qu'on le veut dans un liquide aqueux de densité convenable.

Cela explique que l'assimilation entrain 0, secondairc-

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