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préoccupations philosophiques ont pu intervenir dans un problème si positif". »
Voici d'ailleurs comment il pose le problème du mouvement ciliaire : a Etant donné que le mouvement du cil dérive évidemment des propriétés du cytoplasma, lesquelles propriétés sont, non moins évidemment, conditionnées à chaque instant par les relations qui existent entre l'élément biologique et le milieu ambiant, doit-on admettre que le cytoplasma dirige ce mouvement, comme nous dirigeons les mouvements de nos membres, ou bien la direction des vibrations dépendelle des réactions de surface effectuées entre le cil et le milieu ambiant? Autrement dit: les particularités du mouvement ciliaire sont-elles l'effet d'une coordination, ou échappent-elles à toute action centrale consciente ou inconsciente, peu importe — de r<3tre biologique? » (P. 63i.)
Je crains que, même dans la manière dont la question est posée, il n'y ait une source d'erreur. L'existence d'une coordination n'entraîne pas celle d'une cause centrale. Un piège à rats est formé d'un ensemble de parties coordonnées, dont le fonctionnement emprisonne le rat aventureux qui a rongé l'appât, et cependant un piège à rats n'a pas d'âme. Si une observation bien faite prouve qu'il y a coordination des mouvements d'un Protozoaire par exemple, cela n'indiquera pas que la cause de ces mouvements coordonnés n'est pas extérieure au Protozoaire. Il peut y avoir mouvement d'ensemble sous l'action d'un certain nombre d'agents extérieurs, sans que cela démontre l'existence d'une cause intérieure d'action.
Qu'il y ait une liaison des diverses parties du Protozoaire, liaison telle que les différentes parties soient sous la dépendance les unes des autres, au point de vue de l'activité fonctionnelle, cela ne fait aucun doute
pour moi à cause de cette conclusion des expériences de mérotomie : « qu'il y a un rapport établi entre la forme spécifique et la composition chimique, et que, la composition chimique se conservant par assimilation, la forme spécifique se régénère après une mutilation. » Il me semble évident que si les diverses parties d'un Protozoaire étaient indépendantes les unes des autres,' on pourrait en supprimer une quelconque sans gêner le reste de l'animal. Non seulement il n'y aurait pas régénération de la forme, il n'y aurait pas de Jorme I Le fait que, dans les conditions données, de la substance de Stentor prend la forme d'un Stentor, prouve une coordination nécessaire à l'équilibre même de cette substance. Si donc nous observons, dans les mouvements d'ensemble d'un Protozoaire, les traces d'une coordination, nous ne devons pas nous en étonner, puisque la genèse même de la forme de cet animal prouvait la nécessité de cette coordination. Et cette observation ne nous donnera aucunement le droit de supposer, dans ce Stentor, une cause centrale des mouvements coordonnés.
Voyons d'ailleurs les observations qui ont permis à M. Vignon d'établir l'existence de cette cause centrale chez les Protozoaires. Il n'y en a que trois dans son travail et je ne puis résister au désir de reproduire les deux plus courtes d'entre elles :
(( Un petit Infusoire holotrichide, que je n'ai pas eu la possibilité de déterminer avec une parfaite exactitude {Holophrya ?), se tient immobile dans le champ du microscope, avec tous ses cils en extension. Un autre Infusoire le heurte dans sa course, en un point très limité. Le premier fuit immédiatement, en agitant tous ses cils à la fois. Il est parfaitement certain que le stimulus ne s'est pas transmis d'un cil au cil voisin, à partir du point du corps qui a été touché. La vibration ne
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s'est pas établie de proche en proche ; tout se passe comme si le stimulus élait parvenu à une région ganglionnaire, jouant le rôle d'un organe nerveux central et d'où un ordre de mouvement aurait été transmis à l'ensemble des cils » (p. 653).
Cette observation (?) ne diffère en rien de celles que l'on fait à chaque instant en mettant l'œil au microscope pour regarder une goutte d'eau à Infusoires. Les conditions sont très complexes dans cette goutte d'eau ; on voit des mouvements divers que l'on est dans l'impossibilité d'analyser et la seule conclusion que l'on puisse tirer de ce que l'on voit, c'est qu'on ne sait pas du tout quelles sont les causes des mouvements observés. Des expériences de Pfeffer, de Verworn, etc.. ont permis d'analyser, de décomposer les causes de mouvement et l'on en a conclu qu'il était possible de comprendre que les Protozoaires exécutent, même leurs mouvements les plus compliqués, sous l'action des agents extérieurs.
Une observation (?) comme celle que je viens de rapporter ne prouve rien. Quant à savoir si, chez ce petit Infusoire, les cils sont partis tous à la fois ou successivement, M. Vignon ne le sait mallieureusement pas, ni moi non plus.
Pour un Infusoire aussi petit que celui dont il est question ici, et qui a comme longueur quelques millièmes de millimètre, il paraît en effet bien difficile d'apprécier une différence entre la durée de la transmission du stimulus, par l'intermédiaire du cytoplasme, du ganglion hypothétique de l'auteur et celle de sa transmission par les vibrations du milieu ambiant. Et cependant, c'est là la première des trois observations sur lesquelles M. Yignon base sa démonstration.
La seconde est trop longue pour que je la reproduise, mais n'est pas plus probante {*»♦ d'ailleurs que
Le Da-ntec. — Le connaissable. '^
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prouverait-elle ?) que la troisième dont voici la reproduction fidèle :
« Nous suivions un jour les mouvements d'une Paramécie qui nageait, en apparence au hasard, dans le champ du microscope. Sa course était limitée rapidement de tous côtés par des débris de zooglée. L'animal, obéissant à une de ces excitations premières difficiles à définir, et qui faisaient dire à Engelmann que les Protozoaires étaient doués d'automatisme, voulut fii'anchir le rempart qui s'opposait à son passage. Ce sont les efforts qu'il fit pour y parvenir que nous allons relater. Si la Paramécie n'avait pas été capable de plus de coordination que ne l'est un muscle coupé (ainsi que lèvent Jennings), parvenue au contact du rempart de zooglée, elle se serait arrêtée, comme le font souvent les Infu^ soires lorsqu'ils rencontrent des corps solides. Ou encore elle aurait exécuté la série de mouvements soidisant machinaux que le même Jennings a détaillés : elle aurait reculé, aurait fait un demi-tour dans un sens déterminé, puis serait repartie tout droit devant elle. Or l'animal se comporta sous nos yeux, tout autrement. Il effila sa partie antérieure de façon à la faire pénétrer comme une trompe, dans la masse de zooglée; pour y mieux parvenir, il combina les contractions de ses téguments avec les battements énergiques de ses cils. Après quoi, il renfla la portion du corps qui s'était déjà créé un passage, de façon à élargir la brèche et se hâla de son mieux sur le bourgeon charnu ainsi incrusté dans l'intérieur de l'obstacle. Ces efforts combinés demeurant infructueux, la Paramécie recula et reprit, en arrière de la muraille qu'elle n'avait pu franchir, sa forme ovale ordinaire. Maie ce fut pour recommencer, un peu plus loin, la même série d'of)éralions. La résistance de la zooglée se trouvant moins forte, ou l'animal avant mieux manœuvré, il réussit à se frayer un che-
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min, et, du côté opposé, parvenu dans des eaux plus libres, reprit sa course errante (p. 655). »
J'ai moi-même employé bien des heures à regarder des Paramécies ; je les ai vues passer d'un point à un autre, soit à travers des obstacles apparents, soit dans un milieu purement liquide et je n'ai pu me défendre d admettre que lorsqu'elles étaient arrivées à un certain point, tout s'était évidemment passé de manière à ce qu'elles y arrivassent; et quand je dis tout, j'entends aussi bien ce qui s'était passé dans le milieu que ce qui s'était passé dans la Paramécie. Quant à savoir si la Paramécie avait fait exprès d'aller là où je la voyais, si elle y avait intérêt et si elle en avait le désir, je ne le sais pas plus que M. Vignon ne peut savoir quel avantage avait sa Paramécie à franchir son rempart de zooglée. 11 y avait là des conditions telles que l'Infusoire a été transporté de son point de départ à son point d'arrivée et rien n'est plus intéressant que de décomposer, par des expériences bien conduites, les causes complexes de ces mouvements. M. Vignon trouve plus commode de raconter l'histoire de sa Paramécie comme il raconterait celle dun homme qui voudrait passer à travers un fourré. C'est en effet plus facile et beaucoup d'autres auteurs ont fait de même. Un illustre micrographe a décrit les élans passionnés des Infusoires en rut. Cela est fort intéressant à lire, mais cela n'avance guère. On pourrait aussi raconter l'histoire d'une goutte d'eau de la manière suivante :
(( Un jour, je regardais une goutte d'eau qui tremblotait sur une planche inclinée. Je ne savais pas ce qu'elle allait faire. Brusquement elle se décida et prit sa course, mais elle se ravisa un instant après et s'arrêta. J'étais de plus en plus intrigué, mais je compris bientôt ce qu'elle voulait. La planclic était percée d'une fente à jour, la goutte se dirij^ea vers la fente avec l'in-
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tention évidente de passer de l'autre côté (pour éviter le soleil ?). Là, chose étonnante, elle prit, pour traverser, exactement la Jorme de la fente ; je crus qu'elle avait réussi quand je la vis avec stupéfaction revenir sur ses pas et reprendre la forme sphéroïdale (j'ai su depuis que c'était le vent qui, en soufflant dans la fente, lui avait fait changer sa détermination). Elle ne se tint pas pour battue et continua de rouler jusqu'à ce que trouvant une autre fente plus propice elle réussit enfin à passer de l'autre côté de la planche. »
Evidemment, je ne prétends pas que les agents du mouvement de la Paramécie soient aussi simples que ceux du mouvement de la goutte d'eau ; pour la goutte d'eau il n'y a que la pesanteur et les fi'ottements ; pour la Paramécie il y a un grand nombre de réactions chimiques et en outre, des réactions d'ensemble dues à ce que la Paramécie a une forme et que la goutte d'eau en change sans cesse. Mais il est bien certain que l'on a autant le droit de raconter en langage anthropomorphique l'histoire de la goutte d'eau que celle de la Paramécie. M. Vignon fait remarquer que dans le petit drame dont nous venons d'être témoins, « il n'y a rien de plus extraordinaire que dans les mouvements dont sont capables les animaux fouisseurs quelconques, les Arénicoles, les Balanoglosses, etc.. » Il est évident qu'avec ce dont est capable l'homme, on peut raconter ce dont est capable un animal moins bien doué que lui, voire même ce dont est capable une goutte d'eau ; mais cela est peu utile à la compréhension du mécanisme de l'homme, compréhension qui est le but de la biologie, et en tout cas, cela n'autorise pas à voir un homme dans l'Arénicole, la Paramécie, l'Amibe.
Je n'insiste pas sur cette discussion ; elle est bien inutile puisque M. Vignon ne nous apporte sur les Protozoaires que des faits dont nous sommes témoins tous
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les jours ; ce qui est particulier dans son travail, c'est seulement la manière de raconter; il raconte l'histoire des Protozoaires comme s'il y avait un homme dans chacun d'eux. C'est justement ce que faisait Ehrenberg il y a près d'un siècle ; M. Vignon ne s'en cache pas : (( Il y a quelques années, dit-il (p. 670), les naturalistes étaient très favorables aux idées auxquelles les faits nous ont amenés. Aujourd'hui, ils concluent le plus souvent dans le sens opposé, mais ils s'écartent en cela des réalités, pour se plier aux exigences de certaines doctrines a />riori. »
Je ne crois pas que ce soit « pour se pHer aux exigences de certaines doctrines » que les naturalistes d'aujourd'hui essaient de comprendre la nature des phénomènes vitaux. Je crois seulement que les sciences naturelles se sont substituées à l'histoire naturelle. Les naturalistes ne sont plus seulement des gens qui décrivent des formes et admirent avec Bernardin de Saint-Pierre la sublimité du plan de la providence, ce sont des savants, et ils ne se paient plus de mots. Aujourd'hui on fait de la physique et des mathématiques avant d'entreprendre l'étude de la biologie ; on n'emploie plus à tort et à travers les mots force, énergie, potentialité, mots avec lesquels on dissimulait habilement autrefois l'absence totale d'explication des faits. Les doctrines nouvelles, dit M. Vignon, (( se présentent à nous avec un patronage physicochimique qui fait leur force apparente. Si donc nous devions les soumettre à un examen tant soit peu approfondi, il faudrait demander aux physiciens et aux chimistes ce qu'ils en pensent réellement. C'est dans un mémoire ultérieur que nous nous efforcerons d'effectuer cette enquête » (p. Syg).
Espérons que cette enquête nous donnera l'exphcation des conclusions de l'auteur ; il a voulu, nous dit-il,
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(( mettre à son rang, c'est-à-dire au premier rang, le rôle de la coordination biologique. Cette coordination est bien une force, unificatrice de la matière de l'être » (p. 691). Je souhaite que les physiciens et les chimistes nous expliquent ce que cela veut dire. Mais j'ai bien peur que ces pauvres savants ne soient fort en peine devcmtla conclusion ultime de M. Vignon : « L'individa est une force qui cherche à entrer en tension ; la vie est l'acte de cette force (p. 691) ».
M. le D"^ Bard nous a naguère appris que la vie est une (( force à direction cyclique » ce qui n'était déjà pas mal. (( La force qui cherche à entrer en tension » est mieux. Attendons-nous à entendre dire que la vie est une accélération qui cherche à entrer en vitesse, ou toute autre chose du même ordre. Rabelais a mis des phrases aussi raisonnables dans la bouche de ses deux plaideurs, mais c'était seulement (( pour ce que rire est le propre de l'homme ».
M. Vignon nous dit que nous ne sommes pas favorables aux idées auxquelles les faits l'ont amené, parce que nous voulons (( nous plier aux exigences de certaines doctrines a priori ». Je crois plutôt que si la plupart des naturalistes modernes ont renoncé aux prétendues explications d'autrefois, c'est parce qu'ils ont vu que ces explications se réduisent à des modes vides de sens, comme les définitions de M. Vignon.