‹ Les Limites du connaissableChapitre 2 sur 31 · PARIS LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN · texte numérisé non relu

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PREFACE

A mesure que la science progresse, et, quoi qu'en disent certains critiques, elle fait des pas de géant, les amoureux de la tradition s'acharnent à maintenir debout l'édifice des vieilles croyances en face duquel s'est dressé, victorieux, l'échafaudage des découvertes humaines.

Au lieu d'avouer franchement une tendresse, d'ailleurs fort compréhensible, pour les mythes dont ont vécu nos pères et qui ont inspiré aux artistes tant d'immortels chefs-d'œuvre, on veut maintenir au nom de la raison une cosmogonie qui ne rime plus à rien. Sous prétexte que la science n'a pas répondu à toutes les questions que lui ont posées les hommes, on veut nous forcer k conserver des explications surannées qui, lorsque nous y regardons de près, se réduisent à une vaine logomachie.

On nous répète à satiété, et l'on s'appuie pour cela sur l'autorité des plus grands savants, que le domaine de la science est distinct de celui de la foi, que les découvertes faites dans les laboratoires ne sauraient en aucune manière contredire les enseignements du dogme.

Il n'est donc pas inutile de faire remarquer que ces fameuses questions, auxquelles la science ne donne pas et ne donnera jamais de réponse, se posent dans le

Le Danteg. — Le connaissable. ■^

a LES LIMITES DU CONNAISSABLË

cerveau de l'homme par suite d'un travers d'esprit commun à la plupart d'entre nous et résultant héréditairement des croyances de nos ancêtres.

Je me plais à comparer ces questions à celles que font à leurs parents certains enfants d'une curiosité un peu excessive et qu'on appelle dans les familles « Monsieur Pourquoi )). Ces questions n'ont souvent pas de réponse ; il eu est de même de celles que nous nous posons sur les origines, par exemple.

Quand on nous parle d'inconnaissable et qu'on se sert de ce mot pour nous terrasser, comme du mot injini et de quelques autres chers aux dogmalistes, ne baissons pas la tête et ne laissons pas criera la banqueroute de la science. Oui, il y a de l'inconnaissable pour l'homme, par suite même de la nature de l'homme, et cet inconnaissable se compose de tout ce qui, dans l'univers, est sans action sur nous ou sur les phénomènes qui nous sont accessibles. Evidemment, nous ne pouvons pas connaître ce qui n'agit sur rien de ce que nous connaissons. Mais, précisément, ce qui n'agit sur rien de ce que nous connaissons nous est parfaitement i/2c/i^ere/i/ et il est vraiment illogique d'attribuer à cet inconnaissable la direction du monde. .

On me répondra peut-être à cela, comme l'a déjà fait mon vieil ami Le Goiïic * : a. n'est-ce pas déjà commencer à le connaître (l'inconnaissable) que de savoir qu'il existe ! » et le poète breton part de cette boutade pour réclamer le droit au rêve et au mysticisme. Evidemment si l'on se contentait de chercher dans les vieux mythes des sujets d'oeuvre d'art, le mal ne serait pas bien grand ; les poètes se paient ^ olontiers de mots gracieux ; les philosophes s'y refusent (quoique n'arrivant pas toujours à l'éviter), et l'évêque de Belley dit

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