‹ Les Limites du connaissableChapitre 3 sur 31 · I. Le Goffic, L'Ame bretonne (ÉpUre dédicaloire · texte numérisé non relu

I. Le Goffic, L'Ame bretonne (ÉpUre dédicaloire

PREFACE

dans son mandement de l'année dernière que les petits enfants des écoles religieuses sont, en cela, plus instruits que les plus illustres philosophes, parce que eux, au moins, ont réponse à tout !

Cependant, même à ce point de vue purement artistique, je ne suis pas bien sûr que le culte du mythe par les artistes ne soit pas quelque peu dangereux. Il n'est peu! être pas indilîérent de laisser propager cette idée que .^ beau se trouve surtout dans la fiction, en dehors de la vérité. Que cela soit encore vrai à notre époque pour beaucoup de nos contemporains, l'attachement sentimental aux traditions religieuses le prouve suffisamment, et il est facile d'en trouver la cause biologque.

La partie de notre mécanisme dans laquelle réside en eflèt ce que nous appelons notre conscience morale, notre sens du bien et du mal, du beau et du laid, nous la tenons héréditairement de milliers de générations mystiques et ignorantes ; cen estpas en quelques années que cela changera. Les caractères des espèces, s ils s'acquièrent lentement, varient lentement aussi, et nous ne devons pas oublier que, pendant un grand nombre de siècles, les croyances contre lesquelles s'insurge aujourd'hui notre logique ont régné souverainement sur nos ancêtres. C'est pour cela que, chez nombre de nos contemporains, un conflit se manifeste entre l'hérédité mystique et le résultat de l'éducation positive, et ce conflit est souvent douloureux. Beaucoup, cependant, redoutent le moment où ce conflit n'existera plus ; ils trouvent que la vie sans mystère ne vaudra plus d'être vécue. C'est là une crainte peu réfléchie ; nous trouvons aujourd'hui de grandes joies dans le rêve et nous raisonnons sur nos arrière-neveux comme s'ils étaient nous ; nous les plaignons par avance de ce qu'ils n'auront pas nos joies ; ils en auront d'autres et

du même ordre, mais dans la contemplation de la vérité, et ils ne souffriront plus du doute qui torture beaucoup d'entre nos contemporains, tiraillés par des tendances antagonistes.

Quoi qu'en pense le professeur Grasset qui a voulu imposer des limites à la Biologie, rien ne peut intéresser l'homme à moins d'agir sur lui ; tout ce que nous connaissons est du domaine de la Biologie au moins par la manière dont nous le connaissons ; nous connaissons en effet au moyen de nos organes et le fonctionnement de nos organes est du ressort de la Biologie. La seule chose même qui, dans un phénomène extérieur à nous, soit susceptible de nous préoccuper sérieusement, c'est le retentissement de ce phénomène sur nous-mêmes et ce retentissement est biologique...

C'est à Lamarck que revient l'immortel honneur d'avoir placé la vie parmi les autres phénomènes naturels et d'avoir secoué le lourd manteau des traditions ignorantes. Avant donc de commencer l'élude de l'essence des phénomènes vitaux, il est juste de rappeler en quelques pages cet homme dont le génie a jeté sur la science une lumière imprévue. J'essaierai de montrer, dans l'introduction du présent ouvrage, que toutes les grandes idées des naturahstes du xix* siècle avaient été clairement exprimées par l'illustre fondateur de la théorie transformiste ; ses contemporains l'ont méconnu ; il est mort triste et délaissé ; rendons-lui justice aujourd'hui ! Darwin a cuedh tous les lauriers du système de l'évolution ; je ferai une étude impartiale de son œuvre, grande et belle sans doute, mais inférieure à celle de Lamarck, dans Yappen^ dice auquel je renvoie quelques questions de détail

PREFACE

lonl l'expose aurait nui à la claiié de l'étude du sujet principal de ce volume.

En terminant cette préface, je m'excuse des répétitions que l'on trouvera dans les pages qui vont suivre ; quand on se propose de combattre des idées admises par la grande majorité des hommes, il n'est pas inutile de taper plusieurs fois sur le même clou.

Félix Le Dantec.

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