‹ Les Limites du connaissableChapitre 25 sur 31 · I.- DARWIN · texte numérisé non relu

I.- DARWIN

Lamarck, des le début du xix" siècle, avait enseigné que les espèces aujourd'hui vivantes descendent d'espèces différentes ayant vécu antérieurement et dont la plupart ont disparu ; il avait même énoncé deux principes admirables au moyen desquels on pouvait comprendre simplement le mécanisme de révolution progressive des êtres. Une pléiade de savants illustres avait adopté la théorie de Lamarck, et, de l'autre côté du Rhin, Gœlhe applaudissait aux efforts de la jeune école transformiste. Mais le moment n'était pas venu ; la preuve du transformisme ne pouvait pas encore être donnée d'une manière assez frappante : l'autorité de Cuvier étouffa dans le germe cette nouveauté dangereuse et l'enterra si bien qu'on put la croire défmitiA'cmcnt éliminée de la science. C'est en 1859 seulement que le livre de Dar^vin la fit sortir du tombeau ; elle eut une renaissance si brillante que l'on oublia facilement les efforts des Lamarck et des Saint-Hilaire et que l'on considéra la théorie nouvelle comme fille de Darwin ; cependant l'illustre naturaliste anglais n'en était que le père adoptif, mais un père adoptif capable de donner, pour toujours, à une enfant moralement abandonnée droit de cité dans le domaine scientifique.

Il y a dans l'œuvre de Darwin deux parties très distinctes, qui méritent d'être étudiées à part, bien qu'elles soient étroitement mêlées dans son livre. La première et la plus importante, c'est une colossale accumulation de faits admirablement observés et ingénieusement rapprochés, qui constituent ce que l'on peut appeler la preuve du transfurmis/ne ; la deuxième est le principe de la sélection naturelle, par lequel

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