CHAPITRE VII
CHOLESTEROLEMIE LIPIDEMIE ET RESISTANCE GLOBULAIRE DANS LES ICTERES HEMOLYTIQUES APRES LA SPLENECTOMIE
Dans ce chapitre nous étudierons une question que nous n'avons fait que sigaler au cours des chapitres précédents, celle des influences de la splénectomie sur le taux du cholestérol, des lipides et de la résistance globulaire dans les ictères hémolytiques. Nous verrons si ces variations peuvent, ici encore, nous éclairer sur le rôle des lipoïdes dans la résistance globulaire de ces ictères.
Rappelons d’abord les chiffres donnés par Lemaire (8) à propos d’un €<as personnel.
Il n’est question ici que du taux du cholestérol.
Avant la splénectomie :
Cholestérol EUX H3
22 Mai 1924 0,70 66 36 Après la splénectomie :
8 Juillet 1,25 52 36
13 Août 1,44 50 36
13 Novembre 1,05 48 44
Dans l'observation de Nobécourt et Mathieu (7) la cholestérolémie passe de 0 gr. 92 à 1 gr. 60 après splénectomie.
(Dams celle de Troisier et Cattan (65) le chiffre du cholestérol sanguin passe de 1 gr. 05 à 1 gr. 57 après l'intervention.
Voici maintenant les chiffres du cholestérol des lipides et de la résistance globulaire étudiés après la
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splénectomie dans l’observation déjà citée par Widal, de Gennes et Laudat (9).
Cholestérolémie Lipidémie H1 H3
10 Juillet 1926 0,88 2,80 58 42 16 » 0,76 3 08 40 27 Octobre 1,16 3 56 40 30 » — — — 42 10 Décembre TS 3,16 56 44 6 Janvier 1927 1519 3,16 50042 18 Novembre 1,25 4,55 54 40 17 Juillet 1928 1,32 5,20 52 40
L'influence de la splénectomie est nette: cholestérol ; lipidémie, et résistance globulaire se relèvent aussitôt après elle. Avant elle, en effet, les chiffres sont: Chol, = 0,70: Taipid. = 2,25: H1-= 80 ; H2 = 52.
Voyons comment nous pouvons expliquer ces variations de la résistance globulaire en fonction de celle des lipoïdes :
Nous avons vu dans le chapitre précédent que, avant la splénectomie, la diminution de la résistance globulaire pouvait s'expliquer par une augmentation du coefficient lipocytique globulaire en ce qui concerne les hématies déplasmatisées et par une augmentation du coefficient lipocytique du complexe plasmo-globulaire en ce qui concerne le sang total. Sur la constitution globulaire nous n’avons pas plus de renseignements que précédemment. Mais voyons ce que mous donnent les variations du cholestérol et des lipides.
Le 10 Juillet par exemple le cholestérol représente 5 % du cholestérol normal, les lipides 46 % des lipides normaux; le cholestérol d'autre part, constitue 30 % des graisses totales, c’est-à-dire une proportion voisine de la normale. Cependant la résistance globulaire n’est pas encore absolument mormale et nous aurions besoin
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d’un dosage précis des acides gras pour savoir si cette diminution de résistance coïncide avec un coefficient lipocytique anormal. Remarquons que, ici encore, nous ne possédons pas de données sur les lipoïdes globulaires.
Que deviennent ensuite ces divers facteurs ? le 10 décembre, le cholestérol atteint 76 % du cholestérol normal, les lipides 62 %, le cholestérol représente 30 % des lipides totaux.
Dans la suite, alors que la résistance globulaire se rapproche de la mormale le taux du cholestérol par rapport aux lipides totaux atteint successivement 27, puis 25 % c'est-à-dire un chiffre inférieur au chiffre normal, indiquant que, parallèlement à celui des graisses totales, celui des acides gras se relève et que le coefficient lipocytique s’abaïsse.
Il ressort de ces différentes constatations que la diminution puis l’acheminement de la résistance globulaire vers un chiffre normal est étroitement parallèle à l’augmentation, puis à l’abaissement progressif du coefficient lipocytique du sérum. Il est probable que dans les hématies, le cholestérol et surtout les acides gras atteignent eux aussi un chiffre normal pour redonmer au coefficient lipocytique globulaire une valeur normale.
Ultérieurement le même malade a été étudié par de Gemnes et Laudat qui ont rapporté les suites de son observation en 1932 à la Société médicale des Hôpitaux (66). Nous trouvons exposée dans le tableau suivant l’évolution des chiffres de la cholestérolémie de la lipidémie et de la résistance globulaire :
Cholestérolémie Lipidémie H1 H3 12 Janvier 1929 1,50 6,10 50 40 4-4 1,54 6,35 52 40 Oct. 1931 2,10 6,60 52 40
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Ces chiffres et les chiffres précédemment rappelés ont été disposés en courbe sur le tableau ci-joint:
Nous y voyons s'effondrer la courbe de l’hémolyse initiale et de l’hémolyse totale, et remonter, mais d’une façon moins brutale, celle du cholestérol et des lipides.
Nous constatons en deuxième lieu que ces deux der-nières restent d’un parallélisme presque rigoureux pendant les six ans que le malade a pu être suivi.
Voilà le premier fait important sur lequel nous insisterons tout d’abord, l’hyperlipidémie et l’hypercholestérolémie consécutives à la splénectomie. Cette augmentation à été constatée depuis longtemps puisque, comme nous l’avons déjà rappelé, Eppinger (6) la sigmalait en 1913. Depuis, de nombreux auteurs ont eu l’occasion de retrouver le même fait et mous ne ferons que mentionner les cas de Lemaire (8) et de Nobécourt et Mathieu (7) que mous avons rapportés antérieurement. Fiessinger et Brodin (67) sont revenus sur cette question au Congrès de Médecine de Paris de 1927.
Le relèvement du taux de la lipoïdémie et plus particulièrement celui de la cholestérolémie après splénectomie à déjà donné lieu à des recherches particulières parmi lesquelles nous citerons spécialement celles de Bugnard (17). Cet auteur a vérifié l’hypercholestérolémie, consécutive à la splénectomie chez le chien: les jours qui suivent cette opération, il a constaté l'augmentation assez rapide du taux du cholestérol sanguin.
D’autre part il a noté une élévation du coefficient de viscosité relative du sang et une augmentation motable de l’acidité. Or, il à montré par ailleurs que la diminution du P.H. sanguin entraînait une hypercholestérolé
mie par transfert du cholestérol globulaire au plasma. L'hypercholestérolémie des splénectomisés lui semble liée d’une part à la diminution du pH sanguin, et d'autre part, mais d’une façon moins importante, à la diminution d’élimination biliaire du cholestérol par la perturbation apportée à la physiologie du couple spléno-hépatique.
Bugnard et Soula (69) sont revenus sur cette question « Les variations du taux du cholestérol dans le plasma, disent-ils, sont indépendantes de la production et de la destruction du cholestérol dans l'organisme, mais traduisent simplement les déplacements du cholestérol dans le tissu sanguin. Le cholestérol passe du plasma aux éléments cellulaires et vice-versa, ces déplacement étant liés aux modifications de la réaction acidobasique du sang. La régulation cholestérolémique se range donc dans les phénomènes de régulation purement physique de la constance du milieu intérieur ».
Il serait donc intéressant de rechercher au cours des ictères hémolytiques l’état de l’équilibre acido-basique du sang avant et après la splénectomie.
Notons que jusqu’à présent les auteurs dont mous avons parlé se sont occupés presque uniquement du €cholestérol. D’autres auteurs ont cherché à préciser ses relations et celles de la lipidémie avec le tissu réticuloendothélial.
Goebel et Gnoïnsk (70) expérimentent sur des chiens à qui ils bloquent le système réticulo-endothélial après splénectomie.
Leites (71) montrerait qu'un faible bloquage du système réticulo-endothélial accroît sa capacité d’absorption du cholestérol dams le foie et dans la moelle osseuse. Un bloquage plus intense diminuerait la capacité d'absorption des graisses neutres sans changer
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celle du cholestérol. A ce moment s’accroîtrait le pouvoir de conversion du cholestérol en graisse par les éléments réticulo-endothéliaux de la rate et de la moelle osseuse.
Un fait constaté par Billaudot et Mathieu (72) semble cadrer avec ces expériences ; en effet, ces auteurs ont vu que chez l’homme l’hypercholestérolémie de certains ictères et chez le chien l’hypercholestérolémie provoquée s’accompagnaient d’une pigmentation des cellules de Kupfer du foie.
Passons maintenant à l'étude des relations entre l'augmentation des lipoïdes après splénectomie et l’augmentation de la résistance globulaïre.
Notons tout d’abord que si la résistance globulaire semble, après la splémectomie, suivre une marche parallèle à l’augmentation du cholestérol et des lipides, au moment où ces derniers vont augmenter considérablement pour atteindre puis dépasser leur chiffre normal, elle ne va pas se montrer très influencée par cette marche ascendante; si les lignes qui représentent ces deux chiffres extrêmes croisent les lignes ascendantes des deux facteurs gras sérologiques, elles restent horizontales, et même elles s’abaïssent le 22 Août 1932 d’une façon qui semble indépendante du taux des corps gras.
L'examen des chiffres nous apportera-t-il des renseignements plus précis sur la dépendance possible de la résistance globulaire à l'égard des corps gras du sérum ? Voyons par exemple ce qui se passe le 12-1-29. Le chiffre du cholestérol 1 gr. 50 et celui des lipoïdes 6 gr. 10, sont sensiblement normaux. Celui du coeffcient lipidique cholestérol l’est également, 0,24. Celui
| lipides de H1 = 50, H3 = 40 tend vers la normale. Il semble donc que l’équilibre soit à peu près rétabli et que, à