‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 100 sur 130 · POEMES LYRIQUES B · texte numérisé non relu

POEMES LYRIQUES B

autant de préludes à la symphonie que réaliseront tout à l'heure les recueils gnomiques, où l'érotisme conclura au néant de la \ ie, où la volupté se perdra dans la contemplation de l'in tin i (p. •>:{:! et ^.'!7)Mais, bien qu'oD n'ait naturellement pas laissé de chercher un sens mystique dan- les effusions d'Amaru, il n'en est point là encore : la joie de \ i\ re et celle de peindre la \ ie dans son attrait le plu- aigu raniment tout entier. Quant aux ornements poétiques que prodigue à l'élégie le spectacle réel de la nature ou ce qu'elle est convenue d'y voir, on n'en imaginerait pa- la Lrrace et la richesse. Qui n'a senti un frisson d'admiration à se redire les stances de Sully Prudhomme à l'hirondelle ?

l"i <|ui. pans te pencher au fleuve Où qous m' puisons qu'à genoux, Peux aller boire, avant qu'il pleuve, Au nuage trop haut pour nous.

La poétique hindoue connaît un oiseau qui ne saurait boire ailleurs : elle l'appelle < le câtaka et elle en al>U-e. Mlle alillse un peu, au surplus, de

toute- -e- beautés : la fée qui l'a comblée «le ses dons a oublié celui de la mesure. La splendeur de -a lune d'automne l'a tellement enivrée qu'elle ne peut la contempler -an- songer à un beau \ isage de jeune femme, ni réciproquement ; et cette comparaison obligée fait, avec d'autres images moins innocentes, le thème essentiel de la Caurapancâ çikâ " le- 50 Stances du Voleur ». —entendez « du

i i - l 1 1 i i il \ Il lii.s m. L'INDE

voleur de cœurs », autre recueil erotique, où s'étalent, sans trop de vergogne cette fois, ion- les charmes plastiques de la femme aimée el tous les charmes de langage propres ;'i la séduire.

Même si la matière le comportait, il ne conviendrait pas île multiplier les citations : elles risqueraient d'amener la satiété. Les images favorites iv\ iennent trop souvent : l'or et les perles, la liane et l'arbre qui la supporte, le lotus et l'abeille, le regard de la gazelle et le front de l'éléphant évoqués en l'honneur des yeux et des seins de l'héroïne, le retour constant de ces clichés ne pourrait que donner une idée très fausse de la poésie élégiaque chère aux Hindous. Elle a, pour en pallier la monotonie, une infinité de ressources, — abondance des synonymes, variété des tournures, ineffable mélodie du vers, — qui manquent à la prose de nos langues d'Europe. C'est surtout de ces descriptifs sensuels et rêveurs qu'il est vrai de dire qu'on les trahit en les traduisant.

Mais la littérature prâcrite occupe dans ce Livre trop peu d'espace pour qu'on n'y réserve point une place d'honneur à l'un de ses plus illustres repré sentants : Hâla, pseudonyme probable du roi Sâta vâhana, qui vécut entre le IIIe et le VII1' siècle et compila une anthologie erotique intitulée Saptaçataka ' « les 700 Stances ». Ce recueil foisonna dans

1. En sanscrit. Le titre prâcrit est le Sattasaaa ou bien la Sattasaï [par i long, même sens).

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