‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 99 sur 130 · POÈMES LYRIQUES -I · texte numérisé non relu

POÈMES LYRIQUES -I

tour à tour contrariée et triomphante, de l'âme humaine avec lediviD où elle aspire ; bien mieux, comme l'œuvre esl d'époque tardive (XIIe siècle), il esl forl probable que l<i poète Jayadêva, malgré la licence de ses peintures, avait en vue un pareil double sens. La composition tient le milieu entre l'idylle -impie et le drame lyrique. A la grande rigueur, si un dialogue nettement enchaîné ne [tarai— ait l'essence du théâtre, le Gîta-Gôvinda serait du théâtre, car il peul se jouer et il se joue : Krsna, Râdhâ et une compagne de celle-ci y prennent successivement la parole et se répondent, mai- sans se donner la réplique. Les cantilènes sont -'il mètres variés, au nombre de vingt-quatre, dépeignant tes diverses émotions qui étreignent le cœur «le l'amante: inquiète, jalouse, passionnée, courroucée, ravie en extase. L'artifice du refrain, dont la poésie fait rarement usage bien qu'il ne soit pa-> inconnu du Véda même, les multiplie et les prolonge comme un écho de stanec à -taure: plus il esl -impie.

— « Là, snus la feuillée, Râdhà se meurt, se meurt de t'aimer », —

plus la répétition en est poignante, pareille à l'effet que dul produire, dans uotre mistère du moyen

âge, la plainte des vierges folles coupant i ze

reprisés le dialogue ûé> reux :

Dolentaa '. chaitn as '.

Trop y avéra dormit !

K20 LES Ll i i in vu lus DE L'INDE

Il ,-i fallu rompre la connexion chronologique, pour oe pas séparer les < i-u \ res qui Eormenl un tout suivi et les opposer à celles qui ne se composenl que de fragments lyriques sans lien entre eux ; car il esl fort probable que les stances qui nous onl èié conservées sous le nom d'Amaru sont fort antérieures à Jayadêva, peut être même contemporaines de Kâlidâsa ; à plus forte raison, si par hasard Ainarn n'en était pas l'auteur et n'avait l'ait que réunir en une anthologie erotique diverses petites compositions dont chacune reflétait un étal d'âme amoureuse. Quoi qu'il en soit, on ne saurait trop louer, ou son talent, ou son goût: Y Amaruçataka « Cent Stances d'A nia ni » est un recueil qui soutiendrait hautement le parallèle avec le plus sincère et le plus parfait dos élégiaques latins : Catulle ; encore garderait-il sur lui un avantage, le rare mérite de la chasteté dans la hardiesse.

Mes compagnes m'ont dit : « Il dort; dors à ton tour. » Alors, seule avec lui, palpitante d'amour, J'ai posé sur son iront une lèvre timide...

Il ne dormait pas, le perfide !

Et, l'entendant rire tout bas,

Confuse et la joue embrasée,

Jeme dérobais à ses bras...

Mais il m'eut bien vite apaisée.

Les langueurs de l'attente, la brièveté des joies, l'absorption de tout l'être dans l'unique amour :

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