L'HISTOIRE. LE CONTE ET LE ROMAN
L'histoire n'a point accoutumi'- de faire bon n nage avec le conte et le" roman dans les traitésde littérature. Mais l'histoire hindoueest si romanesque -.m si mythologique, si peu historique enfin la plupart du temps, qu'on ne répond pas moins à la réa lité des faits qu'au sentimenl intime de l'Inde, en en classant les produits parmi les œuvres d'imagination, dont ils se distinguent toutefois par la forme extérieure : à l'inverse de ce qu'on pourrail bon nemenf supposer, le conte esl ordinairement en prose, et l'histoire en vers. Par là, elle rejoint d'autre pari le poème épique jusqu'à se confondre avec lui par endroits; et, comme elle affectionne au même degré le ton sentencieux, ellea également fourni un large contingent aux diverses anthologies gnomiques étudiées au précédent chapitre. A plus forte raison le conte ést-ilgnomique: il n\ a point de conte sans une morale au moins, et la morale est en vers ; de plus, le récit en prose - entrecoupe de
réflexions insérées par l'auteur ou d'aphorismes émis an passage par les interlocuteurs, et tous ces hors d'oeuvre, qui alentissent l'action, se le font, dans les bons recueils, très aisément pardonner; car chacun d'eux est une stance d'une élégante simplicité ou d'un précieux travail. Ainsi s'affirme, à chaque pas nouveau que nous faisons dans un domaine littéraire, cet enclavement réciproque de tous les domaines qui semble la loi permanente du goût hindou.
Il n'est pas jusqu'au roman et au conte qui, continus partout, ne soient encore moins séparés dans l'Inde que partout ailleurs : un recueil de contes y est, si l'on veut, un roman, en ce sens qu'il débute et finit ordinairement par une donnée narrative générale qui encadre tous les récits particuliers, quelques-uns de ceux-ci se subordonnant à leur tour les uns aux autres1 ; c'est un vampire qu'on va décrocher d'un arbre et qui, tandis qu'on le transporte, conte une histoire, puis s'échappe, et, lorsqu'on est retourné le chercher, en conte une autre ; ce sont les trente-deux figures décoratives sculptées sur un trône qui successivement prennent la parole au moment où le roi s'y vient asseoir. Et, de même, le roman se compose volontiers de récits d'aventures isolées, qui seraient parfaitement indépendantes les unes des autres, si l'on n'avait pris soin de ménager