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RECUEILS DE SENTENCES

avant notre ère) 61 politique très roué, qui -ans doute eut autre chose à faire que de limer des maximes morales. Mais ces « conseillers de la maison » méritent à peine de nous arrêter : ils sont plus enfantins que nos proverbes de l'enfance ; quand le ton n'y descend pas à la banalité ou même à la platitude, il ne s'élève du moins jamais au dessus d'une sagesse terre-à-terre versifiée que bien que mal. Cànakya a rarement des idées qui ne soient pas celles de tout le monde.

(B. 22(54» Le sage avance un pied el se tient ferme sur l'autre ; il m* lui laisse pas quitter son point d'appui Bans avoir bien vu la place où il le posera.

(H. 747'.)) <,»uel est L'homme que les nobles relations ne lassent parvenir au laite des honneurs? on porte Bur sa tête «les brins d'herbe quand ils servent à lier des guirlandes.

Beaucoup plus intéressantes sont quelques anthologies, tardives aussi, mais compilées de quantité d'ouvrages qui n'étaient pas tous gnomiques : sentences extraites du Mahâbhârata, des épopées plus modernes el des Purânas, fournissant parfois des variantes utiles ; mais surtout fragments de poètes dont les œuvres sont perdues et dont, sans le zèle pieux de- lettrés du bas moyen à^e, nous ne saurions pas même les nom-. Le Saduktikartj.âmrta, « le Bien dire, ambroisie de l'oreille », composé par Çrîdharadâsaau XIII' siècle, a comporté le dé pouillement des œuvres de lit! écrivains. La

ÇârAgadhara-Paddhati « Commentaire de Ç. » (du nom de -"u auteur) est du siècle suivant, et ne eontient pas moins de 6000 stances, méthodiquement rangées sous un grand nombre de rubriques et empruntées à 264 poètes différents. Il y faut joindre les traités de rhétorique et de poétique, Kâvyâdarça «Miroir des poèmes», ÇrAgâratilaka « Grain de beauté de l'amour», Sarasvatî-Kattihâ bharam « Collier de S. » (déesse de l'éloquence), etc., qui appuient de maintes citations leurs préceptes de style, et les anthologies qui portent les noms caractéristiques de Kavitâmrtakùpa « Puits de l'ambroisie de la poésie » et Subhâçitâmava « Océan des beaux dits ». C'est à s'y noyer.

Bornons-nous à quelques extraits de Çârngadhara : ce compilateur n'eût-il pas été ce qu'il paraît être, un homme de goût, encore serait-il difficile que de l'imposante masse de son œuvre l'on ne trouvât pas à dégager quelques pensées clignes de remarque.

(B. 94) Le sage poursuivra la science et la fortune, comme s'il ne devait jamais vieillir ni mourir, et pratiquera la vertu, comme s'il était, déjà saisi aux cheveux par la mort.

(B. 573) L'ennemi même qui aborde en hôte notre demeure doit être en hôte accueilli : même à celui qui vient le couper, l'arbre ne refuse pas son ombre.

(B. 956) C'est dans le malheur, non dans la prospérité, qu'éclate la grandeur des grands caractères : quand le bois d'aloès est jeté au feu, son parfum n'en est que plus pénétrant.

RECUEILS DE si \ i incks 24!

(B. 1204 En te levant, dis-toi : « Quelle bonne action accomplirai-je aujourd'hui? Quand le soleil se couchera, il emportera an des jours qui m • sont donnés a \ i\ re.

li. 1234 L'avare est plus généreux que l'homme néreux : celui-ci donne son argent, sauf à donner plus tard -.-i vie; mais l'avareaime mieux perdre la vie, et en la perdant il perd son argent.

ili. 1583 Les poètes seuls, el non pas le commun des hommes, s'émeuvenl des doux accents d'un poète : les rayons de la lune sotflèvenf la mer, mais ni" foui pas monter l'eau des puits.

I :. 2968) " Donne »: si le riche se doutait de l'amère douleur du pauvre contraint de proférer ce petit mot, il lui donnerait jusqu'à sa propre chair.

(B. 3048) Faire le négoce, c'est ira.irnrr lu-os ; mener la charrue, c'est, 1 1 1 î 1 1< « ■ profil : servir autrui, c'est pure perte : courir aventure, c'est se casser le cou.

ilî. 4936) Au hennissement du cheval, les gazelles B'enfuirent, les li'-\ res se terrèrenl , les sangliers se vau> livrent avec i-;i,l'i'. les lions couchés ne bougèrenl pas.

(B. 7259) « O bien-aimée, souviens-toi de moi. — Non. je ne me souviendrai point de toi. — M.-iis le sou venir est le devoir du cœur. Je n'ai plus de cœur, tu me l'as \ olé. »

(B. 7408) Il o'j a de cœurs durs que ceux des honnêtes gens : ca r les flèches acéré -s des mauvaises paroles ip- sauraient les percer.

Ces deux dernières stances sont des exemples anodins des paradoxes apprêtés où se plaît l'ingéniosité <lc ces demi décadents. Mais j'ai réservé pour la fin une antithèse moins verbale, une stance noble et triste dans sa concision lapidaire, qui

symbolise à volonté le néant des jugements du momie ou le- stupides cruautés du sort :

(B. 209) La perle esl engloutie et le chaume surnage, mais la faute en esl à l'Océan: la perle n'en esl pas moins la perle, et le chaume c'est qu'un chaume.

La vanité de nos plus chers et plus innocents espoirs et la brutalité des chocs qui les écrasent ontelles trouvé jamais une expression plus poignante à la fois et plus simple, (pie dans cette petite strophe d'une courte poésie fugitive (B. 5777) ?

« Bientôl souriront au soleil frôleur Les calices clos ». espère gîtée Au creux du lotus l'abeille anuitée...

L'éléphant qui passe a broyé la fleur.

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