I. Il ISTOIRI S
Le Çatrunjat/a Mâhâtmya << la Majesté du Ç. » ontagne révérée des jaïnistes, cf. p. 77) esl un ouvrage en 11 livres, écrit, semble-t-il, dès le VI siècle il<' notre ère par an nommé Dhanêçvara, dans la ville de Valabhî, à la cour du roi Çilâditj a1. [1 affiche des prétentions historiques, mais ne les justifie en aucune façon : ce n'esl guère, comme la plupart des écrits jaïnistes compulsés jusqu'ici, qu'un ramassis de légendes d'un assez médiocre intérêt.
Dans ce flux el reflux de dynasties rivales qui fut l'histoire de l'Inde jusqu'à la conquête musul mane, par delà elle ne rentre plus dans notre domaine, — quelques époques seulemenl se détachent en relief, sauvées par le caractère mémo rable des hommes ou des événements qui les mar
l Soleil de vertu », surnom décerné aussi au roi Har savardhana donl il va être question >
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quèrent, ou plus simplement par le caprice intéressé d'un écrivain courtisan, mais toujours embrumées de légende, embellies de fantaisie, el volontiers reculées dans un passé lointain. C'est ainsi que le Vikramànka Carita « Exploits de V. d, composé au XI' siècle, en L8 livre-, par le poète Bilhana de Kaçmira (Cachemir), a pu longtemps passer pour le récit des hauts faits d'un roi contemporain du début de notre ère. Il y a dans l'Inde une ère dite de Vikramâditya, qui eonimence en 57 avant J.-C. Le roi de ce nom, dit également Vikramànka ou Vikramârka, — car l'onomastique hindoue est fort élastique, — aurait, d'après la tradition, vaincu et expulsé les envahisseurs barbares et daté son ère de ee haut l'ait. Tout hien considéré, il a fallu tenir pour non avenue cette donnée d'apparence si positive : tout au contraire, la comparaison attentive de l'archéologie indigène et des documents historiqueextérieurs montre qu'au temps de l'ère chrétienne l'Inde était encore asservie à une domination étrangère, dont elle ne s'est affranchie que beaucoup plus tard. Il y a eu là un phénomène d'optique analogue à celui qui a empêché les historiens romains de reconnaître que leur patrie avait été. bienaprè- le- Tarquins, la sujette des rois étrusques. Le point de départ de 1ère de Vikramâditya ne fait rien à l'affaire : le placer au début de la période qui porte son nom, ce peut être, ainsi qu'on en a déjà fait la fort juste observation, un anachronisme
pareil à celui qui situerait < lésar au commencement de la période julienne, soit en 1713 avant .!.-< '. En fait, on ne connaît pas, dans la liste des rois du Mâlava, capitale Ujjayinî, aujourd'hui Udjein, dans la partie occidentale de l'Hindoustan propre ment dit, — un seul souverain du nom de Vikramâditya; mais, en tant que sobriquet, « Soleil de l'héroïsme », il a pu être décerné à plusieurs d'entre eux. Si celui de Bilhana est le même que le Vikramâditya à la cour duquel une autre tradition fait briller les oeuf perles [navaratna), c'est-à dire les neuf sommités littéraires ou scientifiques de l'Inde médiévale, — dont Kâlidâsa, — l'âge de Kâlidâsa, encore quimparfaitement fixé, fixe à peu près par ricochet le sien : il a régné au VIe siècle de notreère. Quoi qu'il en soit, ce grand souverain ou ce grand nom, comme l'on voudra,.a joui d'une popularité sans égale, et il n'y a guère de branche de la litté rature où il ne se trouve plus ou moins directement intéressé : dans les contes, notamment, il joue un rôle comparableà ••«•lui du calife Haroun al Rachid dans les Mille et une Nuits. Le Vikramânka, heureusement, a plus de fond historique : si au point de vue chronologique il laisse son héros en l'air, il connaît, sur sa vie, ses prouesses et les principaux faits d'armes de sa dj nastie tout entière, quantité de détails qui ne sauraienl être tous de pure invention ; le difficile est de faire le départ du vrai et do faux; l'on n'y parviendra qu'à la longue
et par la collation de documents synchroniques. Mais, dès à présent, on admet sans hésitation que l'auteur est un informateur sûr, sinon de ce qu'il raconte, au moins de ce qu'il a vu de ses yeux : né dans le Cachemir, il a visité une bonne partie de l'Inde; il décrit son pays Datai et les grandes villes où il ;i séjourné, ci il apporte ainsi une contribution très notable à la connaissance si sommaire et confiée que nous possédons de l'Inde encore hindoue, mais à la veille de passer sous le joug persan.
Plus ancien par la composition, mais postérieur par les événements qu'il raconte, — car il est contemporain du prince dont il exalte la valeur, — est le Harçaçariïa, roman en prose poétique composé au VIIe' siècle par Bâna à la cour et en l'honneur du roi Harsavardhana. Nous n'en connaissons que les huit premiers chapitres, « soit », dit M. S. Lévi1, « que l'auteur l'ait laissé inachevé, soit que le temps en ait fait disparaître la fin. L'histoire ne trouve à glaner qu'une bien maigre moisson dans cette rhétorique impersonnelle et cette poésie de convention. Heureusement le Chinois Hiouen- Thsang a consigné dans ses mémoires la chronique contemporaine du royaume de Canoge : nous savons, grâce à lui, que Harsa monta sur le trône en 607 et régna jusqu'à l'année 648. »
Canoge — de son nom sanscrit Kanyakubja ■ — s'élevait sur les rives du Gange, à grande distance,