‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 116 sur 130 · i i. plus haut, p · texte numérisé non relu

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tant que les stances > sonl aussi volontiers chantées que simplement récitées : l'acteur, sous L'empire d'une effusion qui déborde, oublie; son interlocuteur OU interrompt son monologue, prend une attitude appropriée, el célèbre en quatre vers, souvent exquis, les joies OU les peines de l'amour, la douceur du printemps ou de l'automne) le speetacle, enfin, qu'il ■a sous les yeux, ou l'émotion <pii le pénètre. Rien déplus artificiel, sans doute, au jugement de ceux qui veulent que le théâtre soit l'image exacte de la vie; niais aux vrais poètes il sulïit qu'il en soit le symbole imprécis et fuyant.

Par un autre côté, c'est à notre ballet-pantomime que s'apparierait le mieux le drame hindou, gai, sérieux ou tragique; caria mimique en est réglée dans tous ses détails par les techniciens les plus minutieux qu'on se puisse figurer, et les actrices les mieux douées ont passé leur enfance entière à s'initier aux finesses d'un art qui vit encore de nos jours dans l'enveloppement gracieux et passionné des danses de bayadères. Pour tous les rôles, en outre, la mimique est d'importance capitale, en ce qu'elle est tenue de suppléer la mise en scène absente ou très sommaire. Veut-on simuler la présence et les propos d'une foule? un seul personnage, comme dans nos monologues, parle, pérore, puis tend l'oreille : « Vous dites, Monsieur? Ah! vous dites... » et il répète ce qu'on est censé lui avoir dit. S'agit-il dépasser d'une salle du palais au jardin? on fait

quelques pas sur la scène, puis on s'arrête : « Nous voi.i au jardin », ou « Voyez comme le jardin esl beau », ou simplement le geste consacré de l'admiration des fleurs; et le changement à vue est opéré. Libre aux machinistes de sourire de ces naïvetés : il y a un moderne dont le théâtre en est tout cousu; il se nomme Shakespeare.

El -'m clown, son Falstaff, son grotesque enfin, vous le retrouverez aussi dans les pièces hindoues : dans toutes malheureusement, ce qui fait qu'il sent un peu le procédé : mais les bons dramaturges ont su lui ménager sa place traditionnelle dans l'action la plus sérieuse ou la plus noble, sans qu'il y fasse trop disparate à nos yeux. Jamais l'alliance du tragique et du comique, tant prônée par notre V. Hugo, n'a été plus systématiquement réalisée que dans les grands drame- de l'Inde classique : point de bonne pièce sans un vidùçaka qui L'égaie de temps à autre. C'est un brahmane, ami d'enfance du roi, qui lui témoigne et lui permet la plus grande familiarité : il a tous les dehors et tous les \ ices qui rendent ri dicule; il est laid, ignorant, poltron, gourmand, volontiers entremetteur au profit de son auguste ami ; sol parfois, mais parfois d'une malice de vieux singe ; querelleur aussi, el les autres personnages, surtoul les suivantes, s'amusent de ses colères de dindon, ils ><■ gaussent de lui à journée faite, et puis tout a coup, contraste plaisant, - - quand surgit une occurrence qui leur rappelle sa dignité,

le traitent avec la plus sincère déférence; car, dit la Çàrngadhara-Paddhati, « le feu, qu'on l'apporte ou non aux autels, et le brahmane, qu'il soil instruit ou ignare, sonl deux sublimes déités1 . » Lui-môme, familier e! goguenard, sans trop déroger au i<>n de sereine courtoisie qui est la note dominante de ces entretiens de bonne compagnie, il a son francparler envers tout le momie, même et surtout envers le roi qu'il sert avec tant de dévouement. Quand celui ci se rengorge à la flatterie d'uo barde decour, le bouffon remarque : « Dites au taureau : « Tu es le mâle du troupeau », il reprend cœur à la be ne*. » Au roi éperdu d'amour timide, il dit : o Vous \<>il;i comme un oiseau qui plane au dessus d'un étal de boucher, un pauvre oiseau qui veut et n'ose...3 » Sa verve copieuse esl le leste accompagnement qui sautille sur l'énervante langueur de la sérénade de don Juan.

Si j'ajoute que toute représentation, même frivole, est en quelque façon une solennité religieuse, que Çiva, le dieu à la danse mystique, est le patron des acteurs, qu'on l'invoque presque toujours, lui ou son épouse, ou tous deux, au début et à la fin de chaque pièce, j'aurai, je crois, épuisé toutes les particularités essentielles de l'action scénique, foules traits par lesquels le théâtre hindou se rapproche

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