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B6 i ES LITTERATURES DE L'INDE

te prince Jîmûtavahana, à peine marié à celle qu'il aime, est conduit par le hasard au cimetière où

gisent les ossements des victi s, et entend les

plaintes de la mère du serpent dont le tour est venu de se sacrifier; sans hésiter, il s'offre à le remplacer, se fait enlever par le rapaee, «'I perd ;ï ce moment un joyau de sa couronne, qui vient tomber aux pieds de son épouse. Kechercbe anxieuse, supplications vaines : le jeune héros tombe mort sous les yeux de ses parents et du spectateur, dérogation hardie à la règle qui interdit d'ensanglanter la scène; mais aussitôt une pluie d'ambroisie le ressuscite, ainsi que tous les serpents dont les ossements blanchissent le sol, et Garuda fait vomi d'épargner désormais ses séculaires ennemis.

Dans ce drame d'inspiration sérieuse et, par endroits, plutôt lugubre, l'auteur a trouvé moyen d'insérer un acte tout entier. — le IIIe, — de grosse farce, dont le bouffon ordinaire fait les frais. Jamais le comique ne perd ses droits chez les dramaturges hindous; mais bien peu, comme Kâlidàsa ou ceux dont nous allons parler, savent le faire sortir du sujet lui même.

'->. — La comédie d'ixtrigue

Dans le Mudrâràksasa « le Sceau de Râksasa », en sept actes, de Yiçàkhadèva ou Viçâkhadatta

, | \ COMÉDIE D'INTRIGI E îffl

VIIIe sièclel, il ) a une intrigue très fortement nouer, mais point d'amour, pas même an rôle de femme, et des situations comiques, mais point de bouffon attitré : quand la scène s'égaie, c'esl tout animent que les comparses \ algaires d'un complot très sombre jettent au travers du tragique de l'action

leur patois pittoresq •! leurs lazzi faubouriens.

Le sujel du drame esl historique : il est certain qu'au temps d'Alexandre le Grand an aventurier de naissance obscure, peut-être semi royale, nommé Candragupta, détrôna la dynastie des Nandas, qui mit à Pâtaliputra \ Patna), «'t j fonda '•'■11'- des Mauryas, ;i laquelle appartinl plu- tard le pieux roi bouddhiste Açôka (p. 206) : il eut pour ministre le brahmane Cânakya (p. 238), qui, outragé par le- Nandas, leur avail voué une haine mortelle1. Le drame commence après l'usurpation det îandra gupta : car, tout roi qu'il est et malgré la mort des Nandas, il lui reste à vaincre un ennemi acharné, leur ancien ministre Râksasa, dont le sceau, su brepticemenl -;ii-i par Cânakya, fait le nœud de l'intrigue. Loyal el vaillant soldat, Râksasa se débat 'lu mieux qu'il peul dans !•'- rets il'' la politique tortueuse <l<' son adversaire: commelui.il emploie le fer, le |><>iv,Mi. la magie, avec une dé sinvolture que lui pourraient envier les Borgia et

1 . Lui aussi a juré de ne pas renouer -a tresse <1 ascète que les derniers tenants des Nandas n'aient été ralliés ou

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:"is LES LITTÉRATURES DE L'INDE

leurs émules ; mais ce a est pas tout que d'user des bons moyens, il \ faul l'arl de s'en servir, el sur ce poinl Cânakya esl sans rival1. Ce qui, toutefois, complique sa tâche,c'es1 qu'il ne souhaite point du tout la mort de Râksasa, ce serait trop simple : — il veut le réduire à merci, l'amener à compo sition, rallier enfin à son maître les inestimables sm ires de cet excellent homme de guerre, et il y réussit. Râksasa, sauf la différence des situations, est l'Abner de ce Joad sans scrupule, et la comparaison n'écrase pas l'œuvre do Viçâkhadatta . A la fin, ils se réconcilient, et la royauté de Candragupta, appuyée sur la bravoure de l'un et l'habileté de l'autre, ue connaîtra plus que des triomphes.

Ou imaginerait difficilement la variété des stratagèmes qui se succèdent dans cette action touffue et vivante, et celle des contre-mines qu'on leur oppose. Il en faut citer au moins un exemple, tiré d'un dialogue anxieux entre Râksasa et l'un de ses émissaires.

«... Mais ce n'est pas tout : Candragupta devait être, pendant son sommeil, surpris et assassiné par des sicaires que commandait Bîbhatsa,et que j'avais postés à cet effet dans un passage secret pratiqué dans la muraille du palais. Savez-vous ce qu'ils ont l'ait? — Ah ! Seigneur, c'est une triste histoire ! — Comment. triste? L'infâme Cânakya ne va pas les avoir décou-

1. Aussi, parmi les grands mérites que les techniciens indigènes reconnaissent à ce drame, n'oublient-ils pas celui d'être un traité pratique et complet de niti ou de politique.

\ erts, cachéa comme, il- étaient?— Il n'j a pas manqué, Seigneur. Avant de laisser Candragupta s'aventurer dans le pavillon où se fcrouven! ses appartements de m u i i . il j pénètre lui-même, le drôle, l'atroce coquin, furète partout du regard, el aperçoit des fourmis qui sortent d'une fente de La muraille, chargées de miettes de nourriture, a Bon ». dit-il, « ce pa\ i 11< m esl un repaire ». el il y fail mettre le feu. Au milieu de l'incendie, aveuglés parla fumée, Blbhatsa el ses compagnons ne parviennent plus à retrouver la porte de sortie que vous leur aviez indiquée et périssenl tous dans les flammes. » i Acte II.)

A travers ces entretiens Eourmillants de traîtrises

et gluants de sang le porte a semé des stances

d'une superbe envolée, comme celle «lu début :

Cânakya a entendu une parole qui lui semble une

menace contre Candragupta (tenir compte de ce

qu'en sanscrit le mot candra signifie « lune ») :

« La denl du lion, teinte encore du sang de L'éléphanl donl il s'est abreuvé, pareille au croissanl délié qui apparaît vermeil dans les vapeurs crépusculaires, cette denl brillante qui émerge de sa gueule entr'ouverte

par un formidable bâillement, <iui 'I • Berail assez

insensé pour vouloir l'arracher ? »

Quel charme réaliste dans cette peinture de l'humble demeure du prêtre qui tienJ en ses mains les destins de deux empire- et vit en ascète !

Ici, un éclat de pierre <|ui Bert à fendre les tourteaux de bouse séchée' ;là, un amas des herbes que les jeunes

1. Combustible ordinaire de L'Inde. La stance est la K, de L'acte m. Le passage suivant est au début de l'acte il.

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initiés emploient dans leurs sacrifices ; el ta maison aux murailles décrépites senl ployer ses Faîtages sous le poids du combustible qu'on y a entassé.

Mais bien plus saisissants de vérité sont les propos de gens du peuple et plus mouvementés les tableaux de vie populacière <|tii l'ont intermède à ces: scènes descriptn es, lyriques ou machiavéliques. Voici un espion de Elâksàsa, qui amuse les badauds sur la place publique et, suivant le procédé connu (p. 278 . joue à la fois son rôle et le leur.

(i ...Que dites-vous, Monsieur ? Vous me demandez qui je suis ? Je sui- charmeur de serpents, Monsieur ; je me nommé Jîrnavisa (Vieux-Venin), ci Que ditesvous, Monsieur? Ah! vous aimeriez bien à savoir charmer les serpents ! Mais, Monsieur, quelle est votre profession ? Vous êtes au service du roi, dites-vous. Eh bien. Monsieur, vous charmez donc les serpents. Comment cela '.' C'est bien simple: si leur salut ne repososurles préceptes et les antidotes, un charmeur de serpents, le conducteur d'un éléphant fougueux, et le courtisan qui exerce un emploi et prend des airs vainqueurs, voilà trois personnages qui courenl tout droit à leur perte.. Eh bien, on n'a l'ait que l'entrevoir, et le voilà déjà parti... Et vous, Monsieur, que demandezvous "? ce que je porte dans ces boîtes rondes ? Cela, Monsieur, c'est mon gagne-pain, mes serpents. Monsieur. Plaît-il ? vous désirez les voir'.' Pardonnez-moi, Monsieur, ici cela ne se peut pas : si vous en êtes curieux, venez, outrons dans cotte maison, je vous les montrerai. Hein'.' vous dites que c'est la maison du seigneur ministre Râksasa, que nous autres gens de peu n'y avons pas nos entrées? Eh bien. Monsieur, re-

tirez vous; moi, en considération de mon pauvre met ier, j'\ ai les miennes... Bon, celui là aussi s'en esl allé!

Si cet écrivain du VIIIe siècle sail si bien faire parler ;'i ses personnages le langage du carrefour, c'esl sans doute qu'il a eu ud devancier dans l'anonyme de date incertaine (VIe VIIe siècle ?) qui se cache sous le uom semi-légendaire <lu roi-brahmane Çûdraka (cf. p. 250). La Mrcchakafikâ « le petit Chariot d'argile », ainsi intitulée ;'i raison d'un jouet d'enfant qui y figure en accessoire, est à bon droit, après Çakuntalà, la pièce la plus fameuse du théâtre de l'Inde : dix actes : vingt neuf person nages, parlant, outre le sanscrit, sept prâcrits différents : un grouillement de gens et d'événements à donner le vertige; une verve comique qui rappelle Plaute, et, malgré le côté scabreux de la donnée, une réserve d'expression qui ue serait point indigne de Triviirr. Là se coudoient les types quelque peu conventionnels, vrais pourtant d'une vérité gêné r.-ilr. consacrés par le roman d'alors, et les comparses très vivants, instantanés saisis dans le plein air de la me encombrée et bruyante : la courtisane amou reuse, moins banale ou moins haïssable dans l'Inde que dans ootre Occident, puisque sa profession j est sanctionnée par les mœurs, - j'allais dire « par la religion », cf. p. 2 et "-7 1 . -et que sa brillanteéducation littéraire et artistique la revêt d'un vernis de poésie1 : le frère de la maîtresse du roi, s lard

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