Selon les traités techniques, la courtisane connaît la
brutal, qui se targue de la haute faveur qui le protège pour s'arroger tous les droits et satisfaire impunément toutes ses viles passions, d'ailleurs aussi poltron que fanfaron, et parlant un jargon de Gascon tic Molière; le parasite ou bel esprit, souriant, ser viable, maniéré, « ami des femmes », indulgent à la courtisane ; le croupier, matois et inexorable ; le joueur décavé, qui querelle et s'enfuit sans payer ; le voleur par principe, qui a mis son art en formu laire; le juge zélé, pour qui l'inculpé est un criminel, et le bon gendarme qui ouvre les doigts pour lâcher sa proie. Que de figures ! et dans quel agile chassé croisé ! Si Kâlidasa est incontestablement le prince de la poésie dramatique, il faut bien accorder à ce Çûdraka pseudonyme, qu'on a voulu sans preuve identifier à Dandin, la palme de la puissance créatrice.
Le Mâlatîmâdhava « Mâdhava et Mâlati », en dix actes, de Bhavabhûti, est également une comédie d'intrigue, mais d'intrigue exclusivement amoureuse, qui n'est guère agrémentée que d'incidents platement romanesques. Il s'agit de savoir si le héros épousera l'héroïne : heureux dénouement
théorie et la pratique de nombreuses professions: elle est docile, coquette, provocante, simple de mise, sage de tenue, bonne de cœur; elle s'entend à tous les beaux-arts et sait parfaitement danser ; elle n'a pas les défauts ordinaires aux femmes; elle est agréable à entendre, aimable en ses propos, propre, adroite, active. » Nous voilà assez loin d'une « Dame aux Camélias » quelconque.
dont un lecteur occidental se désintéressera, seloa toute apparence, dès avant la fin du lOT acte. Bhavabhûti est un pauvre inventeur : lorsqu'il ne sait pas leRâmâyana(p. 291), il rivalise de son mieux avec Çûdraka, et il croit sans doute l«i dépasser en déballant tout le bric à brac littéraire de l'époque: une guirlande de jasmin noue l'intrigue; un portrait la corse ; un tigre en furie, qui menace l'amie de l'héroïne, est tué par l'ami du héros ; tout un acte se passe dans un cimetière, où les vampires se gorgent de chair fraîche, où les sorciers çivaïtes célèbrenl leurs rites immondes, et l'un d'eux, qui a enlevé Mâlati et s'apprêteà l'immoler, tombe sous les coups de Mâdhava. Vers la fin, mascarade : l'ami de Mâdhava se déguise en femme, passe pour Mâlatî, et se laisse conduire en costume nuptial chez le prétendant dont elle ne veut pas ; pendant ce temps, elle s'enfuil avec son amant. Vous croyez peut être que c'est fini ? A d'auires : vous n'en serez pas quitte, que Mâlati n'ait été enlevée derechef, par une sorcière cette fois, et que Mâdhava u'ail exhalé sa douleur sur tous les modes connus (p. 290). Enfin ils s'épousent !
Il serait injuste, toutefois, de ue pas r onaltré
que le sanscrit de Bhavabhûti est élégant, et ses stances bien venues, souvent distinguées. Quanta son prâcrit, il l'a enjolivéd'une façon plutôt déconcertante pour QOUS: il a Cru fa irr iihty<m11<> de l'écrire en mots longs d'une toise, - letermeest
à peine exagéré, car chacun d'eux lient pi usit-u i> lignes «le texte serré, — interminables composés qui lais-ent bien loin derrière eux les caricaturales enfilades autorisées par l'indéfinie faculté de corn
position île- langues germaniques.
Dans l'Inde, si médiocre soit-on, on est toujours le modèle do quelqu'un : la donnée de Bbavabhûti a été reprise, entre autres, par un nommé Uddandin, de date inconnue, dans une comédie, aussi en dix actes, intitulée Mallikâmâruta « Mâruta et Mallikà » ; mais peut-être le lecteur ne se soucie-t-il point desavoir ce que c'est qu'un plagiat de plagiat.
A l'intrigue surchargée et boursouflée qui vient d'être décrite, s'oppose avec grâce l'intrigue si ténue et si légère qu'elle ne saurait constituer le véritable intérêt delà pièce. Nous appelons comédie erotique celle dont les incidents déliés, naissant du sujet même, peu nombreux, point romanesques, — sauf peut-être les reconnaissances du dénouement, mais gâtent-elles l'Avare de Molière? — ne servent, pour ainsi dire, qu'à tenir en haleine les amours contrariées du héros et de l'héroïne, où ces amours elles-mêmes ne sont guère qu'un prétexte à effusions lyriques ou descriptives ou à situations d'un comique souriant et de bonne compagnie; la
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comédie, enfin, qu'on pourrait définir une idylle à trois personnag l'amant, l'amante qu'il séduit,
el celle qu'il rebute, — si quelques rôles tout à fait secondaires n'intervenaient pour l'allonger, la varier ou l'égayer.
Dans cel ordre de pièces, l'Inde possède un pur chef d'œuvre, l'exquis Mâlavikâgnimitra, de Kâlidâsa, et quelques pastiches plus ou moins satisfaisants de cet inimitable modèle, qui vaut, au même titre que Çakuntalâ, une anal} se émaillée de citations.
\Hr |' ■'-. Nous sommes à la cour du roi A.gni-
mirra. preux, courtois et vert-galant, c ue le
comporte sou état. Il est, pour l'instant, en pouvoir de deux r|M. uses : Dhârinî.la reine en titre, femme déjà mûre, puisque son fils est à l'armée, et de caractère rassis ; el [râvatî, la favorite, jeune, belle, emportée et hautaine. Toutes deux, l'une par dignité, l'autre par jalousie, craignent de le voir descendre aux amours ancillaires. < )r, dès le début, dous apprenons, par le caquel de deux suivantes, que la reine a depuis peu une esclave d'une mer veilleuse beauté, nommée Mâlavikâ, qu'elle lui fait enseigner le chanl el la pantomime par son maure de ballet, el qu'elle la dérobe aux yeux du roi, mais que celui ci l'a v ne, en peinture du moins, dans un tableau où la reine est représentée avec sa suite. Le maître se loue beaucoup d'elle, et déclare qu'il h aura bientôt, <p' 'il n'a déjà plu- rien à lui
3QG LES l.l in i; \ H RES DE L'INDE
apprendre. — La scène change. Le roi tien! son conseil el règle une affaire d'Étal qui re\ iendra au dénouement; puis, resté seul avec Gautama, son bouffon confident, il s'épanche de sa passion el le supplie de trouver un moyen de lui faire voir Mâlavikâ. L'autre a prévenu ce désir, et déjà mûrissenl les fruits de son industrie : on entend dans la coulisse les deux maîtres de ballet, celui du roi el celui de la reine, se disputer la prééminence dans leur art. Ils portent le débal devanl le roi, qui réclame la présence de la reine pour n'être pus suspect de partialité, et Dhârinî entre, accompagnée d'une nonne bouddhiste, Kauçiki1, qui est clans le secret, elle aussi, et va s'employer à favoriser les desseins du roi. Prise pour arbitre, elle décide que chacun îles deux maîtres fera, entendre son élève préférée. La vanité cabotine des deux artistes, la rouerie de la nonne et du brahmane, le dépit contraint de la pauvre reine qui est sur des épines, la joie empressée du roi au signal convenu delà représentation,
« J'ai beau nie composer : le son de ce tambour Gourmande ma lenteur, et m'agite et me presse. Pareil au bruit lointain du char de mon amour Roulant sur le chemin qui mène à ma maîtresse »,
font une fin d'acte originale, animée et hautement réjouissante.