‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 16 sur 130 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES BRAHMANAS

Les Brâhmanas el leurs annexes, énormes Volumes de prose rarement entremêlée de ver-, l'ont, on 1 a vu, partie intégrante du Véda; mais ils sont postérieurs aux Védas proprement dits, en ce sens du moins que les parties les plus anciennes des recueils brahmaniques doivent être contemporaines des plus récents hymnes des Védas. La rédaction et la compilation de cette immense litté ratun- > 'espacent sans nul doute sur une durée de trois à quatre siècles, sinon davantage.

Chaque Véda a M>n Brâhmana: la plupart en onl même plusieurs, car chacune des grandes école- de théologie a possédé l<- sien; mais tous ne sont pas connus, el ceux qui le sonl ne sont pas tous publiés, ce qui à peine est un dommage, c;ir il< se copient ou se répètent fastidieusement, Au Rig Véda se rattachent L'Aitarêya el le Kausîtaki, noms propres d'écoles ; à l'Atharva, leGôpathaou « Chemin des Vaches »; au Sâma Véda, le Tândya

et divers autres, dont un rituel de magie (Sâmavi dhâna). Le Yajur Véda es1 à lui-même son propre Brâhmana ; car. dans l'une de ses recensions, celli qui est dite « la noire », les stances et le texte

explicatif s'entrelacent pêle-mêle; niais de « la blanche) on a extrait à part un traité considérable d'étendue el d'importance, « les Cent Voies » ou le Çatapatha .

Les Brâhmanas sont des traités techniques de théologie, destinés à faire comprendre à chacun des célébrants du grand culte, selon son office, le sens intime des vers qu'il récite, des mélodies qu'il chante, des manipulations qui lui incombent p. 18). Ces détails matériels, ils ne les exposent point ; ils les supposent connus, comme ils l'étaient en effet de tout prêtre digne de ce nom : ils se bornent à en dégager l'esprit, à grand renfort de commentaires verbeux, de jeux de mots étymologiques et de subtilités qui confinent à l'extravagance. Aussi nous seraient-ils inintelligibles, si eux-mêmes n'avaient été abondamment commentés et n'étaient complétés par les Sûtras dont il va être question .

Au Brâhmana s'annexe d'habitude un Aranyaka ou « livre de la forêt », c'est-à-dire « qu'il faut étudier et méditer dans la solitude ». Ces deux genres d'ouvrages, au surplus, ne diffèrent point, à une nuance près d'ésotérisme mystique plus marquée dans le second.

Ce caractère s'exagère, et le mysticisme tourne

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;iu monisme panthéistique, dans Vupanisad ou « leçon intime », produit suprême de la réflexion dissolvante de l'a-'' l »r.'i lmian itjuo . Qu'on se repré sente, moins la rigueur de la méthode syllogis* tique, la Somme.de S. Thomas qui se elorait par les Principes de Spinoza : c'est assez l'impression que produit un Brâhmana suivi de son Upanisad ; mais telle est la largeur ou l'indifférence de la pensée religieuse de l'Inde, que ce premier et parfois sublime balbutiement de la négation philosophique passe pour le dernier mol de l'orthodoxie. Le Sûtra, dont la langue c'est déjà presque plus védique, est un ouvrage à part, un catéchisme sans demandes comme l'Inde seule sans doute en a connu. Quand la liturgie fut devenue trop touffue ou la mémoire plus rebelle, on éprouva le besoin de fixer les règles, el on le lit sous forme de versets courts et prégnants, qui se suivent en se commandant ou s'amendanl les nus les autres, en un tel enchevêtrement qu'une glose savante el continue

SUffil à peine à en iloillier la ciel'. Les Sùtras — il y en a autant que d'écoles védiques — forment ainsi

une mnémotechnie infiniment concise, soit de la

liturgie du grand Culte [kalpa), soit de celle des

menues pratiques quotidiennes el sacrements domestiques [grhya) : tel verset d'un seul mot j vaut une page de prescriptions ; un monosyllabe, — " et », « ou », -- peut enfermer un monde de signi ûcations variées. Une fois le procédé soûtrique créé

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en vue de la liturgie, l'Inde en fui si satisfaite qu'elle t'appliqua aux objets les plus divers : à la grammaire (Pânini)1, à l'astrologie, à la médecine, aux arts libéraux, el même, avec une impudeur raffinée, ;ui\ relation- sexuelles !

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