LE STYLE VÉDIQUE
(XII, 1; 63 stances), mais d'un réalisme intense et, par endroits, délicieux .
... La Terre sur laquelle on trace l'enclos du sacrifice, sui- laquelle les auteurs d'oeuvres pies tondent 1.' service divin, la Terre sur laquelle on érige les poteaux dont la svel te blancheur annonce foblation, daigne la Terre 3e fortifier en nous fortifiant! . . Nés de t<>i. sur toi cheminenl les hommes; c'est toi qui portes bipèdes et quadrupèdes; à t"i, ô Terre, appartiennent les cinq races des hommes mortels, sur qui la lumière immortelle s'épanche au 1mm des rênes tendues parle soleil levant. — ... Mlle sur qui chantent et dansent les mortels bruyants, la Terre où l'on combat, où mugit ci parle le tambour, daigne la Terre heurter rues ennemis et me rendre snn-< rival! — ... Ton serpent, ton scorpion à l'âpre morsure, qui, englouti par l'hiver, glt assoupi dans s;i cachette, le ver que
rani la Terre à la saison pluvieuse et tout ce qui
grouille en cette saison, puisse ce reptile ue pas ramper vers moi! mais ce qui est propice, que ta grâce nous l'accorde! -... Elle porte les imbéciles, sa charge es1 lourde ; elle abrite les méchants comme les bons, -a patience esl grande ' ; la Terre cohabite avec le sanglier, elle ouvre Bes flancs an porc sauvage. — ... Sur elle B'abattent en foule les bipèdes ailés, les cygnes^ les aigles, Les gros oiseaux, les vols de menus oiseaux ; et Vâyu et Mâtariçvan La parcourent, créant les espaces et abattant les arbres, faisant luire l'éclair dans la
1. Comparer Matin. , Y. 15 : a \iin que vous soyez les enfants de voire Père céleste, m11' fail lever son soleil sut les bons et sur les méchants, e1 descendre sa pluie sur les justes '-i sur les injustes. » Le Véda se borne a la cons tatation; l Évangile en tire la morale qu'elle contient.
3,; il - LITTÈRA II m.s DE L'INDE
course du vent. - ••• Paisible, parfumée, propice, portanl la Liqueur douce en sa mamelle, gonflée de suc, daigne La Terre me bénir el me dispenser son Lait!...
Nous voici, à la Lettre, descendus sur terre, où d'ordinaire le Véda ne se plaît que par brèves échappées. Ce n'est pas, cependant, qu'on n'y rencontre, par places, des « tranches de vie » plus complètes encore et plu- savoureuses: telle curieux morceau d'harmonie imitative (Uig-Véda, VII, 103) où le coassement des grenouilles symbolise les chants entonnés par les brahmanes au début de la -aison des pluies aprè-< leurs vacances d'été; tel cet hymne du joueur (X, 34), dont on se demande par quel hasard il est entré dans le recueil', car il ne contient rien de sacré ni surtout de liturgique. L* ardeur du gain, la détresse de la perte s'y traduisent en images incohérentes, en concetti bizarres et saisissants; les stances semblent ivres de la fureur dont elles cadencent les accès. Les dés sont vivants, ils palpitent, ils enfoncent leurs crocs brûlants dans le cœur du joueur; l'épopée postérieure, qui les incarnera en aigles ravisseurs, ne les animera pas mieux ; ou plutôt elle ne saura que transformer en froide allégorie l'horreur désespérée qui se dégage de cette poésie spontanée du Véda, jaillie des profondeurs de l'âme.
1. On a supposé, non sans vraisemblance, qu'il avail été utilisé comme charme magique en vue de gagner au jeu.