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Pli 2MIERE PARTIE LITTÉRATURE SACRÉE
Peut être n'ol'fense-t-on aucune conviction sin cère en constatant que la religion a été partout la grande éducatrice do l'humanité. Les moins religieux en conviennent, quelques-uns à regret, mais il leur plaît de songer que son rôle est fini. Ils n'auraient même pas cette mince consolation dans l'Inde, où la littérature et les arts, la science et la philosophie n'ont point encore appris à maudire leur mère, i seulement 1 In le possède la littérature sacrée la plus vaste, l'une des plus anciennes el des plus intéressantes qu'il nous soit donné de pénétrer; mais le terme m • ne de « littérature profane)», tel q ie nous l'enten Ions, n'a point d<i sens pour elle et n'\ trouve d implication (pie par voie de contrôle Les Grecs ont dressé des autels à Homère; mais l'idée que I Iliade fut divinement inspirée n'a
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dépassé chez eux la limite d'une simple métaphore. Dans l'Inde, la grande épopée nationale, bien postérieure aux Védas, passe, couramment pour l'œuvre du compilateur mythique des Védas et jouil auprès des croyants d'une autorité près me
égale; il n'es! aucun livre, ancie i moderne, qui
n,. -,. place expressément sous les auspices d'une divinité ; toute représentation dramatique, quelques
retés qu'on \ exhibe, commence el fini! par une prière : el les recueils classiques de sentences épa nouissenl de précieux bouquets de stances où la
ité féminine triomphe sous ses traits les moins voilés, pour se clore sur une section consacrée à la gloire de l'ascétisme el à la méditation de l'Âme suprême. Étrange pays, où la morale ne se se] point «le la religion, el où l'érotisme fait partie de la morale !
- esl qu'il n'esl pas notre Erère de race, à un çré du moins aussi rapproché <|"c la communauté de langue l'avait tout d'abord l'ait supposer. Sans doute, les Âryas parlant le présanscrit, venus du nord ouest, qui vers l'an 2000 avant notre ère se répandirent dans les deux plaines contiguës de l'Indus et du Gange, étaient de même sang que les ancêtre- des Germains el des Celtes, de même sang que ces Hellènes à qui en définitive tout l'Occidenl doit -a culture; mais, sous la protection même du régime des castes, commeni ce sang seraii-il demeuré plus pur que le nôtre durant cette longue
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suite de générations? Il s'esl mélangé d'éléments indigènes : les Eaibles peuplades soumises étaient moins intelligentes el réfléchies, pins sensitives el impulsives, que leurs conquérants blancs, el par croisemenl el par emprunl ceux-ci reçurenl leur empreinte. Qu'od joigne à ces influences celle d'un climatqui précipite la maturation et alanguil les produits, qui exaspère les nerfs el déprime le vou : el l'on comprendra peul être commenl ces parents éloignés nous ressemblenl si peu, comment ils uni réalisé, inconsciemmenl el de lionne heure, dans leur mode de penser, ce que le nôtre, avec sa ique impeccable el bornée, n'a atteinl que par un tardif effort de retour sur soi-même, — l'identité des contradictoires. — Pourtant, si peu qu'on les ait fréquentés, on se familiarise assez vite avec eux : ils nous dépaysenl bien moins, en toul cas, que les Sémites, donl non- ne non- sommes assimilé l'esprit qu'en le transformant au gré du nôtre.
Le f 1. après tout, esl le même de pari el d'autre;
seul non- déconcerte, en non- éblouissant, le lacis capricieux que lés siècles ont brodé mu- ce canevas uniforme
Si demain une fouille heureuse mettait au jour un temple grec, intact encore dans -on ordonnance intérieure, non- non- y reconnaîtrions sans peine, et l'admiration seule \ suspendrail par endroits cotre pas. Ici, rien qui détonne, rien qui semble offusquer la sereine majesté de l'habitant divin, on
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démentir l'idée que nous qous Faisons d'un culte véritable, grave jusque dans ses grâces et harmonieux jusque dans sa ferveur. Mais c'est aux confus abords et au demi-jour subtil d'une pagode orientale qu'il nous faut accoutumer notre regard. Entrons, mille spectacles nous y attendent : un dieu sanglant nui secoue des chapelets de crânes ; non loin, une figure couchée, au sourire énigmatique ou beat; puis un monstre bienveillant qui cligne de petits yeux malicieux au dessus d'une trompe d éléphant; de l'or, des fleurs, des parfums et de la bouse de vache ; un extatique effrayant de maigreur, immobile sur son piédestal, hérissé, les membres tors, les yeux blancs ; une danse lascive de bayadères ; un escalier de crypte déroulant la spirale infinie de ses bas reliefs de rêve, que les fumées de l'encens font palpiter d'une vie obscure, et au bas, peut-être, un vieux prêtre qui nous dira, s'il nous juge dignes de ses leçtons, que tout cela est mensonge, que l'Unité absolue se joue en des formes changeantes, et qu'il n'y a point de Dieu, mais qu'il faut adorer Dieu. Ne nous y trompons pas, cependant : c'est bien un temple que nous abordons, mais un temple qui enferme toute la cité. La religion ne se borne pas à nous accueillir au seuil de la littérature hindoue: parfois invisible et partout présente, jamais importune néanmoins. — car elle n'a point de dogmes, et ii suffît, pour s'en faire bien venir, de la saluer au passage, —
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réputée immuable, mais en réalité s'aecommodant avec une souplesse inouïe à toute nouvelle condi tion d'existence et pliant ensuit»' à sa guise tous les modes de la pensée el de l'art, elle nous suivra jusque dans les moindres détours de la route à parcourir. Ainsi seulement, e< si nous non- péné tron^ ;i loisir de ses aspects variés et pittoresques, nous parviendrons à établir, entre nos frères d'Orient et nous, cette sympathie intellectuelle et cette com m union d'âmes sans laquelle les plus ingénieux essais d'histoire littéraire ne sont que dilettantisme aimable et vains amusements d'une passagère curiosité.