‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 34 sur 130 · Nyâya ei Vaiçêsika · texte numérisé non relu

Nyâya ei Vaiçêsika

Le système qui porte le nom modeste de nyâya, « règle, méthode », plus spécialement « méthode analytique », esl attribué par la tradition à un chef d'école du nom de Gautama, patronymique extrêmement commun dès l'époque védique, qui ne saurait rien nous apprendre, ni sur le personnage lui-même, ni sur la date de son enseignement. Ce n'est, en effet, autre chosequ'une méthode d'investigation, une sorte de scolastique, à la fois très serrée et très diffuse, parée qu'elle ne fait point le départ de la logique et de la rhétorique, puis, en vraie tille de l'esprit hindou, les fait confluer dans la morale. Que l'on compare son syllogisme en cinq membres au formulaire sur lequel s'est exercée la minutie de notre moyen âge.

Proposition. —Cette montagne brûle.

Argument. — Car elle fume.

Démonstration. — Or ce qui fume brûle. Exemples: le feu du foyer, etc. Et ce qui ne brûle pas ne fume pas. Exemples...

Application. — Or cette montagne fume.

Conclusion. — Donc elle brûle.

C'est sur ce moule désormais que l'Inde façonnera, non seulement ses raisonnements, mais même

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ses développements littéraires ; comme aussi c'est sur la conclusion du Xyàva, « tout mal moral et toute souffrance physique procèdent de l'erreur », que le bouddhisme étaiera sa pierre d'assise, « la claire connaissance abolit le mal de vivre ».

Mais comment atteindre à la claire connaissance? Le Vaiçêsika, - « système des catégories », dérivé de rirrsd « différence », — œuvre d'un nommé Kanâda, aussi ancien peut être, sinon davantage, que Gautama, avait déjà répondu à la question par l'aphorisme de Descartes: « diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. » A cel effet sont distinguées six ou sept catégories de l'entendement humain, dont la première est la subs tance ; et celle-ci, à son tour, se subdivisera en neuf es pèces, — je ne dis pas « neuf modes », on va \ oir pourquoi : — terre, eau, l'eu, air, éther, temps, espace, àme, et l'entendement lui même.

De^ trois premiers éléments il n'y a rien à dire. Mais la subtilité qui différencie air, éther et espace I prêter à surprise : l'air, c'esl le vent [oâyu), <pii ne circule que très près de la terre; l'éther (âkâça) s'étend jusqu'aux limites de l'univers vi sible, entre les deux valvesque forment le ciel et la terre, e( il serl de véhicule au son; quant à l'espace, ï uniquement, comme le temps, l'objectivation d'uni- notion rationnelle, un postulai pris pour une substance, erreur dont la philosophie occidentale

n';i guère I»1 droil il»- faire grief à aucune autre. L'âme inii\ eTse\\e[âtman «haleine ») est un concepl semi;mythique semi métaphysique, qui apparail déjà dans la poésie du Véda (p. L4) el se précise dans ses morceaux les plus récents. Pour L'entende ment [jnanas, latin mens . c'est la conscience psy chologique qui en a fourni directement la notion.

Ces distinctions posées, <»n voit que les quatre premières substances sont localisées et composées de parties, tandis que les quatre suivantes sont ré pandues partout, indivisibles, partant éternelles. Les éléments matériels étant divisibles et imper manents, il faut, dès lors, nécessairement que les parcelles qui les composent soient indivisibles et permanentes : l'atome est éternel, il n'a pas eu de cause, il n'aura pas de fin. De là donc une sorte de dualisme de « matière et esprit », analogue à notre spiritualisme, avec cette différence considérable, toutefois, que, si lame est éternelle.et omniprésente, l'entendement ne saurait l'être; car il ne saisit que ce que le corps perçoit, il est donc localisé, composé d'atomes, et ceux-ci seuls sont éternels.

De pareilles prémisses il semblerait devoir sortir un matérialisme presque aussi radical que celui d'Épicure et de Lucrèce, qui, eux aussi, ont des dieux, mais ne savent qu'en faire ; et, de fait, l'atome est incréé, ses combinaisons ne dépendent que d'un principe invisible [adrsta), et les différences constatées entre les substances résultent, non d'un arran-

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gemenl divers des atomes, mais d'une différence primordiale [oiçèça] entre les atomes de l'eau, ceus de la terre, etc. Pourtant le Nyâya pas-,, pour un des piliers *lu théisme orthodoxe, et de son ùtnuni les disciples de Gautama ont abstrait une A.me suprême, omnisciente el toute puissante, qui règle tout dans l'univers . Comment cela? On ne saurait trop le redire : la logique, à elle seule, ne découd re rien; le syllogisme n'est qu'un moulin à idées, et, si les philosophes de cette école onl trouvé Dieu dans leur mouture, c'est qu'à leur insu ils l'avaient introduit dans leur grain . Il n'est pas étonnant que tous les esprits ne se -oient pas déclarés satisfaits de cette innocente pétition de principe.

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