Les diei \ \ édiqi i s
Agni, l'immortel à la face radieuse, nous est apparu dans le foyer de la demeure, mais il a deux
autres hypostases tutélaires ou redoutables: f le
l'cmpj rée, le soleil et son œuf d'or; feu de l'espace, l'éclair qui jaillit de la nuée. On parle donc de ses trois naissances, dont deux sont inaccessibles à l'homme, dont la troisième se cache au creux des bois du tourniquet. Problème enfantin el profond: comment le feu naîl il sous l'action du \ illebrequin? c'est apparemment qu'il est descendu du ciel, sous forme de pluie, dans les arbres qui onl fourni la matière des bois de friction; il s'y blottit, mais la main de l'homme le forée à se manifester. Ainsi Agni est partout dans l'univers, et, le premier a\ ec Vàyu« le Vent », il suggère le concept de l'ubiquité invisible. Comme on l'allume ou l'attise avanl l'aube, il est l'ami de l'Aurore el du soleil mati nal : il les fait lever, ou du moins il leur sert de trier, leur fraie la voie; puisqu'il dissipe les ténèbres, il chasse les noir- démons, il brûle les sorcier- dont la nuit couvrait le- maléfices ; il est l'allié proche, la vertu divine, la pureté sans tache.
Indra, lui, est surtout la vigueur invincible, plu-
I ES DIEI \ \ EDIQI i - Il
tôt brutale, mais toujours secourable. Dans sa
gantesq sarrure se Eondent, .:i ne se pouvoir ré
soudre, les traits distinctifs d'un dieu solaire, triomphanl de l'hiver, el d'un dieu de l'orage, brassant les nues pour abreuver la terre: c'esl là le thème de sa lutte épique contre Ahi « le Serpent » ou \ l'enveloppeui . S< ! autre exploit, moins
rrier, plus sacerdotal, accompli en tête d'un chœur de chantres mythiques, est la découverte des \ aches rouges que les i-.i-. is -'•il!'- avaienl cachées dans leur sombre caverne : il a brisé l'étable où les confine la froidure; la première-née d'entre elles, l'aurore de l'équinoxe de printemps, a répondu en mugissant à son appel, et toute la théorie des au rores futures de l'année qui recommence se sont élancées, joyeuses, à sa suite. Lui-même, n'esl il pas le mâle céleste, dont toute femelle subit l'étreinte ? Ainsi, transférés de la terre au ciel, le taureau fécondateur et la vache nourricière <!<'viennent des êtres sacrés : son lait, c'est la lumière et la douce chaleur ; la pluie, c'est encore du lait, ou bien ce sont leurs sécrétions immondes, dés mais réputées purifiantes el salutaires.
I ii autre dieu-taureau se nomme Sôma. Com ment un breuvage jaune, sucré el enn rant en \ int il ;i s'armer <!<■ cornes aiguës '.' car le sôma, bn le sail n'est autre chose que le suc d'upe certaine plante, <!<• nous inconnue, qu'on pressurait et qu'on offrait aux dieux, surtout à Indra, en libations gou
19 LES L1TTÉR A n lii S DE L'INDE
lues, plans la forme de sacrifice la plus solennelle du culte védique. Puissance baroque de l'imagina lion hindoue : c'est que le dieu Sôma est bien le sôma, mais qu'il est aussi, par métaphore, puis couramment, la lune au clair croissant. Le sôma est jaune; la lune aussi. Les tiges de sôma s'amin cissenl sous la meule du pressoir, et elles se re gonflenl lorsqu'on les brasse dans l'eau en vue d'une seconde coulée ; la lune aussi diminue et grandit. Lorsqu'elle décroit là-haut, c'est que les dieux s'en repaissent : elle est le nectar qui leur donne vigueur et immortalité; mais, lorsqu'ils sont au bout de leur festin, il leur faut jeûner durant la quinzaine elaire, jusqu'à ce que la nouvelle lune soit redevenue la goutte ronde de sôma qui tremble au sommet de la voûte. Le livre IX du RigVéda, tout entier dédié à Sonia que clarifie le filtre de laine au sortir du pressoir, enchevêtre ces concepts et bien d'autres en un réseau si chatoyant, qu'à tout ;nstant on hésite si c'est de la lune, si du liquide, que le poète veut parler. Le poète lui-même, à coup sûr, la plupart du temps, n'en sait rien ; et pourquoi séparerait-il ce qui ne fait qu'un dans sa pensée et celle de tous ? Rarement il se prend à les distinguer, et ce lui est alors prétexte à formuler un nouveau mystère :
Il croit boire le sôma, celui qui broie la plante ; le sôma que savent les prêtres, nul n'en saurait goûter. {Rig-Vèda, X, 85, 3, et Atharoa-Vèda, XIV. 1. 3,)
LES DIEUX VEDIQUES 13
Des deux Erères dont l'œil commun est Sûrya « le Soleil », l'un, Mitra, vague entité du ciel diurne, est loin d'avoir atteint la haute fortune où plus tard ['élèvera, jusqu'à le faire rivaliser avec le christia nisme naissant, la propagande persane ; m;ii-> l'autre, Varuna, qui préside sur la voûte nocturne. est an dieu bien vivant et d'une personnalité fort accusée. La nuit est l'heure du crime inaperçu; mais le ciel l'a guetté par les mille yeux de ses «'■toiles : c'est lui qui se chargera de le punir. Varuna devient donc le Très-Haut qui venge l'innocence opprimée, l'implacable qui châtie ou le miséricordieux qui pardonne, et il fond en sa substance les deux sublimités que le génie d'un Kanl n'a pu qu'associer dans la vénération de sa pensée.
Si Varuna est le dieu moral par essence et presque l'unique, on doit au védisme cette justice, qu'il n'a point de dieu méchant. Le seul qui revête cet aspect, le sauvage Rudra, qui habite les montagnes forestières du Nord d'où il envoie l'épou vante, la lièvre et les fléaux, paraît tout au moins avoir emprunté nombre de se- traits à quelque monstre autochtone, adoré des indigènes avant l'invasion «les Aryas. Encore les ,-i-t-il adoucis sous l'influence aryenne: l'Apollon formidable du I"1' Chanl de l'Iliade esl aussi le père de la médecine ; ainsi de Rudra l'archer, qui connaît ton- les simples vivifiants. Néanmoins, le sentimenl de ceux qui l 'abordent esl toujours celui d'une méfiance '•.une-
li LES LITTKRATI Kl S DE L'INDE
leuse el d'une terreur prostrée, qui se perpétueront dans le culte de Çiva, son hypostase plus moderne. <>n le conjure de s'éloigner, de ne tuer dans la tribu ni grand ni petit, ni le taureau adulte ni le veau Inerme, ni pèreni mère, ni les suppliants. On épie en frissonnanl la course hurlante et fougueuse où il rue à travers les airs, comme le diable de notre chasse infernale, les Rudras ou les Maruts, ses enfants, <|iii souvent aussi sont les bienfai sants auxiliaires, d'Indra, les tourbillons des ourals déchaînés.
Je dirai la grandeur du char du Vent :il bruit . il tonne, il fracasse : au ciel il sème les lueurs rouges : sur terre il va soulevant la poussière. Des tantônn lèvent à sa suite : ils viennenl à lui, comme des femmes au rendez-vous; de fronl avec eux, il mène son char, le dieu qui règne sur toul l'univers." Il sillonne les chemins de l'espace, et pas un jour il ne repose : ami des eaux, premier-néde l'ordre divin, où donc est-il né ? d'où vient-il ? —Haleine des dieux, germe de l'être, ce dieu erre à son gré : on entend son murmure, on ne voit, poinl sa forme; au Venl offrande et hommage! (Rig-Vêda, X. 168.)
C'est à Y;'iia ou Vâyu que la lyre parle sur ce
ton plus posé; mais elle tend ses cordes fil précipite
ses accords pour chanter Parjanya, le nuage ora-
\. qui porte dans ses flancs la dévastation et la
renaissance.
... Le taureau mugissant et diluvial verse aux plantes la semence de vie. — 11 foudroie les arbres el
- DIEI \ VEDIQI I - IS
foudroie les dénions; L'univers tremble sous son arme héroïque, el l'innocenl frissonne quand le l-;;ihi qui
ide frappe les pécheurs. - Comme des chevaux bondis is le fouel qui les mène, voici pour l'an-
non sagers humides, el L'on entend au
un lion rugir, quand Parjanya prend forme dans la nuée pluvieu Les vents s'élancent, les
éclairs volent, Les plan h-- se dressent. Le ciel se gonfle : pour tous les vivants surgil L'abondance, quand Parjanya répand sa sève sur la terre. — — Mugis, tonne, el engendre; fais le tour du ciel sur ton char lourd d'ondée; tire l'outre dénouée donl pend sur nous la bonde; nivelle les pentes et lescreux. -Penche
rande cuve', et qu'elle se vide à torrent s déchaînés ; inonde de g Liqueur le ciel et La terre, a ux
vaches un bon abreuvoir. — .... Tu as plu ta pluie; à cette heure retiens-la ; tu as créé les plantes pour la nourriture des hommes et pour les dons pieux qu'ils offrent aux autels . i Rtg Vèdcc, V, n:5. i
Mainte autre figure <li\ ine Hotte encoreà l'arrière fond : Savitar « l'excitateur », donl la formule spé cifique, la . hante sans cesse les lè\ res du
brahmane; Tvastar, un dieu artisan, sorte de Vul-
1. « L'outre, la cuve » : on voit que la besogne des Da naïdes a de qui tenir dans l'Orient aryen ; à l'origine elle ne lui certainemenl pas un supplice infernal, mais une fonction de la nature.