‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 54 sur 130 · ÇlVA · texte numérisé non relu

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Dan- sod panthéon lumineux, le Véda avait admis un dieu féroce et sanguinaire: Rudra (p. 13), l'incarnation de toutes les épouvantes. Le Rig-Véda ne mentionne guère son culte; mais le védisme postérieur en fait grand état, et il lui prodigue les épithètes flatteuses, Mahâdêva « le grand dieu »

Içvara « le souverain », Mahêçvara, etc. Parmi ces sobriquets dont la terreur est prodigue, le plus tardif est Çiva « le propice », moins étrange à la réflexion qu'il ne paraît de prime abord : comme le dit la sagesse hindoue, « puisqu'il peut nous tuer, c'est lui qui nous fait vivre », et donc chaque instant de notre vie est un acte de sa merci suprême. Hideux, grinçant, le ventre noir, le dos rouge, secouant les chapelets de crânes humains qui pendent

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a ses épaules, il précipite ses hordes hurlant qui vont semant la fièvre, la peste el la mort, [lest, uaturellement, le patron des sorciers qui, moyenoant salaire, affrontenl son périlleux commerce et

onl forl de diriger à leur ^rré ses redoutables

traits; et, < me une telle puissance ne s'acquiert

qu'au prix de macérations inouïes, il devienl par contre coup le patron de ces ascètes fous il»' tortures volontaires qui, le corps couvert de cendres, marqués au front de son signe mystérieux, s'abîment dan- la contemplation extatique de ses perfections infinies.

C'est lui même qui leur en a donné le modèle: il est l'ascète-dieu . Un joui- (pic l'Amour essayait de le distraire de sa contemplation immobile, lui, sans bouger, sans un mot, se contenta de diriger sur l'indiscret visiteur le feu du troisième œil qu'il porte au milieu du front. L'Amour ne péril pas, les dieux sont ii h mortels; mais, consumé comme par un éclal de foudre, ilest, depuis ce temps, « le dieu sans

corps », et les portes le désignent coura enl sous

ce surnom1 .

Sagesseet colère, «•'•,^t tout Çiva. En tant que

l. anaAga, ou bien encore pancaçara <• aux cinq flèches », pu*pâyudka « qui ;i des fleura pour armes»; 1rs flèches de l'Amour hindou sont cinq fleurs vermeilles, <-i il ;i osé en décocher une sur < iva. Son nom propre esl Kània, el il apparail déjà; mais bien vaguement, dans le Véda.

Il', I i S 1 .1 I l I i; A 1 1 HES DE l.'IMii:

prototype de la sagesse, toutefois, il s'esl dédoublé: panêça ci chef des bandes »> ne fut, sans doute, à l'origine, qu'une de ses nombreuses épithètes ; dans la mythologie çivaïte, il est son fils, dont l'image figure à foison dans ses temples, el le nom, à titre d'invocation, en tête de presque toute- les grandes œuvres littéraires. Ganêça est l'auteur divin du Mahâbhârata. On le représente avec une tête d'éléphant à une seule défense, — l'éléphant est la plus intelligente des créatures, — le ventre pendant, assis sur un rat, l'animal qui pénètre dans les moindres recoins. Il est né de l'union éternelle de Çiva avec Pârvatî son épouse (p. 115); car le monstre qui a brûlé l'Amour a une femelle, et, qui plus est. une femelle qui fait corps avec lui : ineffable combinaison d'ascétisme et d'érotisme, dont poètes el mystiques se font un devoir d'accentuer à l'envi la déconcertante antinomie.

Les déesses sont peu nombreuses dans le Yéda. toutes, sauf l'Aurore, figures d'arrière-plan, sans relief; mais à tout moment il y est question delà çaktî, de la « puissance » de tel ou tel dieu. Or, le mot raidi est féminin : à force de voir toujours un dieu accompagné de sa çakti, on en vint logiquement à la lui donner pour épouse et à la doter d'un nom approprié. Pour Indral'on ne se mit pas en frais : il est le dieu puissant par excellence; en conséquence, aux temps post-védiques sa compagne s'ap-

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