I. Lk SI NCBÉTISME PHILOSOPHIQ1 I
Avec ses milliers de dieux, la religion védique
avait tourné au monisme. Ce n'étaient pas les trois dieux »1 k> brahmanisme qui pouvaient l'empêcher d'obéir à cette irrésistible tendance de l'esprit hindou, d'autant que — le- brahmanes le
savaient bien Brahmâ étail le dieu unique, donl les autres n'étaient que des figures. Lors donc qu'à partir du XIIe siècle de notre ère les conquérants musulmans, rigides monothéistes, commencèrent à s'enquérir des croyances dé leurs sujet-, trop nombreux pour qu'ils pussent espérer les convertir en masse, ils ne se trouvèrent, en fait, point trop
dépaysés dans ce nouveau milieu. Les idoles
bizarres, qui durenl de prime saut leur faire horreur et pitié, s'évanouissaient, ombres falotes, dan- l'exégèse ésotérique des savants hommes qui les prêchaient au peuple sans y croire autrement que comme symboles ; et, au dessus de ce chaos de mythe- surannés, planait un Dieu unique, confondu -ans doute avec le Grand Tout, mais encore assez personnel d'allures métaphoriques pour que se reconnût en lui le Dieu des « vrais croyants ».
De larges et nobles esprits collaborèrent à ce syncrétisme nouveau. Au XVIe siècle, l'empereur Akbar, de la dynastie mogole 1556-1605), s'entoure d'imans, de parsis, de brahmanes, de juifs et de jésuites portugais missionnaires, et, sans s'affiliera aucune de ces communions, il donne sa sympathie à toutes. Ainsi s'effacent peu à peu, pour l'élite, les divergences qui les séparent, et se dégage le fond qui leur est commun.
L'empire croule ; le^ musulmans cessent d'être dominateurs, ils sont réduits au rang de minorité religieuse impuissante, et la religion indigène
LE SYNI i;l i ISME PHILOSOPHIQUE 123
triomphe définitivement, mais encore une fois transformée. An début lu dernier siècle, an brahmane du Bengale, aourri du Coran el de l'Évangile autant que du Véda, Etâmmôhun Roy, fonde, sous le nom de Bràhma Samâjc Église des croyants en Brahmâ », une sorte de déisme pur, égalemenl accessible à ceux qui acceptenl la divine inspiration des Védas et à ceux qui la rejettent. Plus tard (1850), un de ses disciplesen fixeen quatre articles la profession de foi.
1. An eommencemenl «;!;iii Brahmâ, rien en dehors de lui, el toul a étécréé par lui.
2. [1 esl éternel, conscient, infini, bon, Libre,simple, un sans second ; il pénètre tout, maîtrise tout, imprègne toul ; il esl omniscienl el tout-puissant; il embrasse toul el remplil toul ; il esl incomparable.
;:. En adoranl ce Dieu unique, on B'assure le bonheur de ce monde et de l'autre.
1. i m l'adore en l'aimanl el en accomplissanl les • iu\ res qu'il aime.
Tel esl le terme actuel de la longue évolution re ligieuse que nous nous sommes efforcé de retracer ei qui nous a déjà ré^ élé bien des beautés littéraires. Elle n'occupera plus désormais, mais continuera ,1 éclairer le champ de notre \ ision en quête de beautés plus profanes.