‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 67 sur 130 · MAHABHARA I \ LE POEME 1 VI · texte numérisé non relu

MAHABHARA I \ LE POEME 1 VI

humiliations. L'année finie, on célèbre le sacrifie» en grande pompe et parmi les réjouissances de toute sorte. Le livre décrit en grand détail la cours< vagabonde du cheval et la cérémonie.

XV. Âçrama Parva ti Livre de l'Ermitage ». — Le vieux Dhrtarâsjra, après avoir séjourné quinze ans à la cour de ses neveux, voit le temps venu de se retirer dans la solitude (p. 55). Il y esl suivi de Gândhàrl, de Kunti et de deux fidèles serviteurs. Un jour, la brousse s'enflamme, la forêt brûle, et les pieuses gens se laissent dévorer par l'incendie : mort sainte qui leur procurera la béatitude céleste.

XVI. Nfausala Parva « Livre du Massacre à coups de massues ». — Trente six ans se sont écoulés depuis la restauration de Yudhisthira. A ce moment s'accomplit contre le peuple de Krsna une malédiction proférée jadis par trois saints ascètes, irrités d'une plaisanterie qu'on leur a faite pour éprouver leur clairvoyance. Krsna a beau être dieu : il n'est pas en son pouvoir de conjurer un tel sort; car la puissance de l'ascétisme balance celle des immortels. Un jour, que les Yadavas sont réunis, deux d'entre <'n\ se prennent de querelle ; d'autres s'en mêlent, mais le danger n'est pas grand, la plupart sont sans armes... < > surprise ! le jonc quechacun cueille se change entre ses mains • •il une massue formidable : la mêlée devient générale; tous périssent. Krsna, seul survivant, médite sur la malédiction de Gândhàrl, que sa complicité

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a privée des cent fils tués à Kuruksêtra. Dan- sa pose immobile, un chasseur, le prenant pour un gibier, lui transperce le talon. Il meurt el monte au ciel. Sa capitale esl engloutie par l'océan'. Il ne peste plus trace de son empire terrestre. Krsiia est bien définitif ement <!<•% enu dieu.

XVI I. Mah.ïpia-tliànika Par va « Livre du Grand Voyage ». — Les cinq héros, -entant l'âge venir, décident de se retirer dans lasolitude. Ils marchent, et Draupadî, la première, tombe et meurt, puis Sahadéva, puis Nakula. Arjuna, Bhîma. Yudhisthira peste seul avec un chien fidèle. Indra descend du ciel et offre de l'y emporter sur son char; mais il n'y saurait admettre le chien. Le noble guerrier refuse de se séparer de son dernier ami. Alors le chien reprend sa vraie forme : il est le dieu Dharma, père de Yudhisthira.

XVIII. Svargârôhana-Parva « Livre de l'Ascension ». — Yudhisthira retrouve au ciel ceux qu'il a ■combattus et ceux qu'il a aimés.

1. Suivanl une tradition probablement historique, les Yadus ou Yàdavas s'étaient, sous la conduite de Krsiia, transportés de leur habitat central vers la nier occidentale (côte du Gujerât actuel), et y avaient fondé la ville de Dvârakà, que dévasta cet horrible désastre. Il se peut que, comme la légende de la destruction de Sodome, le récit recèle le souvenir de quelque cataclysme naturel.

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Les i \i; v rÈRES et les mu i rs.

( )n oe juge pas d'une œuvre, moins encore d'un poème, sur la table des chapitres, el l'on ne saurait non plus demander au lecteur d'admirer de confiance. Il est permis de croire qu'y certains détails de ce sec résumé il ;i puçàet là pressentir le génie, <|u'il s'est ému, parexemple, au dramatique poignant et simple du livre XVII, de ce court voyage du vieil lard las d'années, qui voit au long du chemin tomber avant lui, un à un, tous ceux qui lui furent chers. De cette intensité d'émotion, qui touche au sublime, il y a bien des traits dans l'épopée; mais, Eussentils cent fui- plus nombreux, elle est trop grande, ils se noient dans son immensité.

On ne s'arrêtera pas non plus à une comparaison avec l'Iliade, que tout lettré fera de lui même. Il ;i pu saluer au passage, dans ces dernières pages, nombre de thèmes mythiques qu'il connaissait par Homère: Krçna rappelle Achille; la surprise nocturne ressemble à la Dolonie ; même furie dans la description de batailles interminables, avec l'on

trance hindoue en plus, SOÎl dans la taille et l;i force

des adversaires, soit dans la durée de la lutte. Il v a quelque part un combat singulier qui est le pro totype du fameux duel d'Olivier el de Roland, à cela près qu'il ne se termine point par le mariage

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de lu belle Aude. Kl l'on ne nous lait grâce d'aucune péripétie : qu'on se représente l'enthousiasme d'un auditoire de princes guerriers, devant ces prouesses a l'arc ou à la lance où ils étaient euxmêmes experts : ainsi se délectèrent 11'"- chevaliers féodaux an récil des coups d'estoc d'un Amadis.

Ce qui h<>un intéresse davantage, c'est la compo sition, ce sonl les caractères h les mœurs. Sur le premier point, même mises à part les trop longues digressions, notre goût est loin de se satisfaire : le poème n'esl pas un : a la complète rigueur, il de vrait se terminer après Kuruksétra ; le massacre des Y;'nla\ a-, en tout cas, esl étranger à sa donnée. Mais l'Iliade est elle une V (Mi .'i eu longtemps l'illusion de le croire, jusqu'au jour où il est apparu en toute évidence qu'elle esl faite de fragments d'époques diverses, parfois maladroitement soudés. On a res titué par conjecture le poème primitif de « la < îolère d'Achille n : il est fort court. Si jamais la critique parvenait à restituer le Mahâbhârata primitif, peut être en louerait elle le parlait équilibre. Pour l'instant et pour longtemps, c'est un plaisir qu'elle doit se refuser.

Les caractères sont nets et vigoureux, avec plus de raideur peut-être que dans Homère, mais autant de variété et d'aussi habiles contrastes. Il y a de sages conseillers, un peu verbeux, comme Phénix ; de fins politiques, comme Ulysse; un Ajax, Bhîma ; un Hector, Yudhisthira; un Pria m doublé d'un

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Nestor, Dhrtaràstra. Les trois aînés des Pândavas sont des figures de plein relief: constance superbe et confiance inébranlable dans le droil ;— brutalité insoucieuse des moyens que justifiera toujours la fin; claire et fougueuse vaillance qui n'exclul pas un mélancolique retour sur la vanité de l'effort (p. 71). — Les deux derniers sont beaucoup plus pâles: le vieux poète n'a su trop que faire de ce nombre cinq que lui fournissait la tradition ; il l'a maintenu, il le fallait bien, mais ses jumeaux se confondent dan- la foule de second rang.

Observons encore qu'il a eu la délicatesse de ne pas mettre la vertu tout entière d'un seul côté; tant s'en faut'. Il est sympathique aux Pândavas, -an- doute; le lion droil est pour eux. et Duryôdhana est un tyran égaré par l'ambition. Mais son insolence même n'est point sans noblesse, sa haine parle un langage ele\ .'•. il sait bien combattreet bien mourir. Les Pândavas, d'autre part, sont loin d'être exempts de reproche, lorsqu'ils abusent de la générosité de Bhîsma en lui opposanl Çikhandin,

quand Bhima termine son duel par un eoup de

Jarnac, quand Yudhist,hira en personne paralyse le lira- «lu vieux Drôna en lui criant : « Ton fils est mort! « Et, parmi les Kauravas, c'est une figure

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