‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 68 sur 130 · ce point même, qu'on a pu soutenir, sans trop forte · texte numérisé non relu

ce point même, qu'on a pu soutenir, sans trop forte

apparence de paradoxe, <i'"' le i me avail été d'abord

écrit à la louange dea Kauravas, puis remanié avec soin pour ta plus grande ^r l < > i r< * de leurs adversaires.

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haute e1 touchante que celle de ce Bhîsma, qui a lutté de toul -"ii pouvoir pour empêcher ses aeveux de commettre une iniquité, mais qui, les armes tirées du fourreau, donne sa vie pour les défendre.

Les mœurs sonl celles que l'on peut attendre de tribus guerrières el violentes, sur lesquelles toute fois une religion déjà séculaire a exercé son in fluence disciplinante el éducatrice. Le bouddhisme a passé par là ; mais il n'a fait que passer, en laissant seulement son empreinte, telle qu'on a essayé de la définir (p. 79). Le néo-brâhmanisme n'est pas encore constitué ; mais il pointe en maint endroit sous forme de spéculation philosophique. Les horreurs du çivaïsme sont connues, mentionnées, et même complaisamment développées. Mais le fond du poème est le visnuisme, avec la nuance particulière qu'y surajoute le culte de Krsna, idyllique dans l'enfance de son héros, belliqueux et sanguinaire dans son âge mûr.

De tout cela ressort le tableau d'une société très semblable à celle de notre moyen âge. Les épouses sont douces, paisibles, dociles, fidèles jusqu'à la mort et par delà : la coutume ne les oblige pas encore au hideux sacrifice des veuves; mais elles s'en font parfois un devoir. Les prêtres sont pieux, graves, universellement respectés : non qu'il ne s'en puisse rencontrer d'indignes ; mais il semble bien que. dans l'opinion reflétée parle poème, lecas soit tout exceptionnel. Les guerriers sont braves, loyaux

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et courtois, mais prorapts ;i la colère et, presque tous, incapables de se contenir quand monte à leur cerveau l'ivresse de la mêlée. Le respecl delà parole donnée el la vénération filiale sonl leurs deux religions.

Pour donner quelque idée de tous ces traits à la fois, el <'n même temps faire admirer un ingénieux artifice du poète, je ue vois rien de mieux à citer que le mariage de Draupadî. Elle est, comme on sait, l'épouse des cinq héros : intolérable scandale dans un milieu social qui n'admet <im' la stricte monogamie de la femme. Pourtant ce détail, pro bablement mythique, figurai! avec trop de précision dans la légende consacrée, pour qu'il fût permis de l'éliminer : comment s'y prendre pour le faire admettre? Qu'on se persuade, d'abord, que dans l'Inde la parole n'est pas seulement sacrée au sens où nous l'entendons : elle est magique, elle r-i toute puissante; elle oblige, suivant sa teneur matérielle et littérale, contre la loi, contre la morale, contre la volonté de celui qui l'a proférée. Or donc, comme les Pàndavas s'en revenaient à l'ermitage, ramenant Draupadî, ils crièrent de loin à leur mère : « Aujourd'hui encore on nous a fait un pré" sent. » Et Kiuiti, croyant qu'il s'agissait des aumônes accoutumées, leur répondit : « Jouissez en tous «'ii commun. » Voilà qui est définitif : la mère n'a pu vouloir commander l'inceste; mais en fait, elle l'a commandé, cela suffit, et ce qui

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est dit oe peul se dédire. Quant aux lils, ils corn mettraient un sacrilège, s'ils o'obéissaient à leur mère: Arjuna, à <|iii Draupadi appartient, n'en aura plus que sa part, etses quatre frères l'épousent avec lui, pour ne pas faire mentir la parole.

Aucun de ces traits de mœurs D'est indifférent, soitpour l'appréciation de la valeur de l'œuvre en elle-même, soil ;i us si pour la solution Ar la question éternellement controversée de sa date Mais peut on parler de la date d'un poème dont la composition a duré plusieurs siècles, et que d'aucuns soup connent d'avoir été plusieurs l'ois refait de fond en comble? Tout ce qu'il est permis d'en dire ici, c'est que le Mahâbhârata primitif n'est certainement pas antérieur au début du [Ve siècle avant .1. C. Quant à l'époque de la rédaction définitive, il est impossible de la fixer même approximativement; mais on ne se trompera guère en la faisant descendre assez bas dans les premiers siècles de notre ère.

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