La légende de R ïma
Ràma, lil- de roi, dépossédé du trône, vil dans l'exil el la solitude, a\ ec son frère Laksmana, fidèle eompagnon de ses épreuves el de ses prouesses, et son épouse Sîtâ, modèle de constance et de vertu. Sur ces entrefaites, un Râksasa, démoD monstrueux, nommé Râvana, enlève Sîtâ el l'emporte dans l'île de Lanka, son royaume, où il la tient captive et la menace de mort si elle ne cède à ses instances. Etâma désespéré Eait alliance avec Sugrîva, roi des singes, détrôné par son frère, et le restaure à charge de revanche. Mais il s'agit, avant tout, de découvrir la retraite de Sitâ. Un singe prestigieux, 11anumat, qui se fait à volonté géant ou nain, franchit d'un bond le bras de mer qui sépare Lanka du continent, découvre Sîtâ, la console et revient rendre compte de sa mission. Alors en construit un pont sur la mer, l'armée des singes envahit Lanka, Ràma tue Râvana, délivre Sîtâ, et tous deux vont régner paisiblement sur le royaume héréditaire de Ràma.
Le lecteur sourira-t-il si j'écris encore une fois: « Ceci est un mythe solaire » ? Mais volontiers ajouterais-je: « Aveugle qui ne le voit pas! » Le héros brillant et généreux qui passe la mer sur le pont sublime du ciel, qui nele reconnaîtrait à ce trait
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seul ? Mais il y a mieux : son nom même le trahit ; râma, tout commença, esl unadjectif qui signifie » Qoir i); Râma doit retrouver Sîtâ, comme Krsna Rukminî (p. 119); le soleil vil dans la retraitée! les ténèbres, tant qu'il n'a pas reconquis l'aurore.
Le nom de Sîtâ, malheureusement, ue se plie pas avec autant d'aisance que celui de Rukminî à rette dernière identification : sîtâ est un nom commun féminin qui signifie « 1<' sillon », et la légende rap port»-' que l'héroïne jaillit, durant le labour, du sillon tracé par la charrue. Sur cette donnée s'est édifiée une interprétation d'un symbolisme bien raffiné: l'expédition de Râma sérail ta marche des conquérants aryens, agriculteurs el civilisateurs, poussant vers le sud et refoulant les sauvages qui ne vivaient que de chasse et de rapines. A première vue, convenons-en, on se représente mal un poète, oriental ou non, imaginant d'incarner la civilisation blanche en une bande de singes . Peutêtre ue faut il pas chercher si loin : sî/4, il est \ rai, c'est le sillon; maisatïdesl un adjectif qui signifie
1. Rdmdy., Il, 118. La répartition des livres el chapitres varie selon les recensions : je cite toujours d'après l'édition de Bombay.
g. il esl \ rai que Râma seul el ses fidèles représente raient Les blancs : les singes, ce seraient des indigènes soumis el ralliés, devenus ses auxiliaires : mais ce o esl pas ainsi que parait l'entendre l'histoire, puisqu'il traite avec eux d'égal irai; et, de toutes façons, la civilisation aurait là de singuliers répondants.
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(i blanche », el la séparation, puis l'union du Noir et de la Blanche esl un thème mythique si rebattu, qu'il semble difficile « 1 < - ne pas admettre, dans le nom de l'épouse de Râma, une altération inexpli cable mais légère, d'où sérail issue postérieurement la légende deson étrange naissance.
La question se résoudrait-elle, --'il était possible d'identifier l'île de Lanka ? Dans l'hypothèse allégorique, Lanka, c'est Ceylan, dernier tenue de la conquête aryenne en ces temps lointains, et pour l'exégèse indigène ceci est article de fui. Dans l'hypothèse mythique, au contraire, Ceylan esl une impossibilité: L soleil ne passe pas de l'Inde en Ceylan, mais inversement; et. si l'on peut dire que le soleil noir fait ce trajet lorsqu'il retourne pendant la nuit d'occident en orient ', on doit s'em • presser d'ajouter qu'un voyage invisible ressemble assez mal à une prouesse épique. Mais aussi rien ne nous contraint-il d'accepter telle quelle l'identification indigène, uniquement fondée sur une pétition de principe : on a cru que Lanka était Ceylan, parce qu'on a cru que le Râmâyana était l'épopée de la conquête aryenne; rien dans l'histoire n'indique que Ceylan se soit jamais appelée Lanka, et rien, dans le poème authentique, n'implique nécessairement que même Lanka soit une
1. ('cite façon d'envisager le cours de l'astre est incon stablement hindoue, et même védique.