LA LÉGENDE DE RAM V
He. PourVâlmîki, très certainement, comme pour Homère l'île de < îircé ou de < ';il\ pso, Lanka est la contrée fabuleuse et lointaine où le héros ou l'hê roïne, retenu parl'amour, la contrainteou la magie, se dérobe aux yeux anxieux el court le risque d'une éternelle détention : bref, la cachette mystérieuse de l'aurore ou du soleil pendant la nuit ou l'hiver. A ce sens intime, incompris du poète, maisencorc transparent sous sou brillanl décor, s'accordenl à merveille mille traits accessoire-, dont je ne citerai qu'un seul : la nature toul entière prenant le deuil après l'enlèvement de Sîtâ (III, 52). Le plucaractéristique de tous, c'est l'arme spécifique de Ràma : comme l'Apollon d'Homère, le héros es l exclusivemenl archer; c'esl à l'épreuve de l'arc qu'il conquierl Sîtâ (I, 67) ; c'esl d'une flèche qu'il prie,, en traîtrise le Erère de Sugrîva (IV, L6), û coups de flèches qu'il tue les démons (III, 25-28, w VI, 6"i I, assaille la mer avant de la franchir (VI, 21), incendie la citadelle ennemie (VI, 75), et tous ces tableaux sonl criants de naturalisme1; -il a besoin d'une arme plus forte1 pour triompher de
1. A ce |i"int de vue, Raina est un véritable double d'Arjuna, l'archer des Pàndavas (p. 133), comme Thésée l'est d'Hercule ou Patrocle d'Achille.
2. C'est une sorte de javelot magique, qui, après avoir frappé, retourne de lui même à la main qui l'a lanc<
L'imagination mythiq sn a fait imis 1rs irais: inutile de
supposer que les Hindous aient connu le ' nerang aus
tralien.
166 LES LITTERATl RI S DE LINDE
Râvana, le monstre aux têtes renaissantes (VI, 108), il n'est pas difficile de reconnaître dans ce projectile divin un rappel de la massue d'Indra, qui, 6lle aussi, esl un attribut solaire.
( v n'est pas tout encore : si les Râksasas sont incontestablement île-- êtres infernaux, (|iii rappellent de près les démons védiques des ténèbres, d'autre part, nombre de compagnons de Râma portent des Doms mi accomplissent des exploits suggestifs des bienfait- de la lumière: son frère ou son double, Laksmana, est « le marqué » (la lune?) ou « le propice »); -"ti allié le singe Sugrîva, « Beau-Col », est fils de Sûrya (le soleil); Hanumat, « le Goulu », se pare d'une épitliète favorite de l'Agni des Védas, et son bond à travers la mer convient parfaitement à l'astre qui est i'Agni céleste. La figuration du soleil par un animal est tout ce qu'il y a de plus commun en mythologie; de plus plausible aussi, quand l'ani mal est jaune et agile; et, parvenu à ce point, il devient impossible de ne pas songer à un antique personnage fort énigmatique, Vrsâkapi « le Singe mâle ». qui apparaît, dans un hymne du Rig-Véda (X. 86), intimement mêlé à la vie domestique d'Indra et de sa femme, et qui pourrait bien être le prototype encore unique de tous ces singes de souche divine. En un mot. tout se comporte dans le Râmâyana comme si la vie de Râma était un mythe solaire, où se seraient peu à peu agrégés et enkystés d'autres thèmes de naturalisme solaire, en