Le style et l'esprit
Le lecteur connaît déjà le style épique : si vraiment Vâlmiki en fut le créateur, il n'a sur les auteurs inconnus du Mahâbhârata que l'avantage de l'antériorité, non d'une supériorité quelconque. On en jugera par les coupures nécessaires pour faire apprécier le pittoresque et touchant récit du crime invo Ion taire de Daçaratha (II, 63-64).
RAM n \N.\ LE STYLE ET L'ESPRIT 179
... i „•! saison des pluies étail venue et me gonflai! de ses délices. Le soleil avait cessé de boire les sucs de la terre incendiée doses rayons : il étail descendu vers la sinistre région des Mânes, el dans l'air rafraîchi planaient des essaims de joyeux nuages, salués des grenouilles, des paons el des coucous. Trempés comme des ermites au l>:iin. les oiseaux, de leurs ailes mouillées, gagnaient l'abri des arbres, dont le veut et l'ondée agi^ taient les cimes, et la montagne tout entière, bantée des coucous enivrés, sous l'estompe de l'averse, semblait un amas d'eau, el de ses roches s'échappaient, sinueux, les torrents aux Unis purs, blancs ou gris ou vermeils1. Temps propice! Armé d'arc et de flèches, monté sur mon char, ardenl à mon plaisir favori, je me dirigeai vers la Sarayû, pressé d'atteindre, à l'heure où les fauves 3 viennent boire, un éléphant, un buffle ..M une gazelle. Or voici qu'au sein des ténèbres j'entends sans rien voir le murmure d'une urne qu: s'emplit : c'est, nie dis-je, un éléphant qui s'ébroue; je -ai^i- nne [lèche acérée, pareille au dard d'un serpent venimeux, el j<- me hâte de viser l'endroit d'où part le bruit. Il vole, le trait pareil au dard du serpent, et dan l'ombre rètentil aussitôt le cri perçant d'un pieux solitaire...
J'aperçus alors, au boni de la rivière, l'ascète gisant,