RAMAYANA - LE STYLE ET L'ESPRIT
fin, les deux vieillards voient leur fils monter au ciel ru compagnie d'Indra, s'étendent sur son bûcher pour le rejoindre, el le prince s'en va, perdu d'horreur et de remords- Il n'échappera point à l'infortune pareille, car tout uvre porte Eatalement son
f r ii î r : lui aussi, un jour, il mourra de la douleur d'être séparé de son fils
Dan- un autreordre d'idées, le saut de Hanumat (V, 1 est un superbe modèle de récit épique et merveilleux. Le voyez-vous, dressé sur le mont Mahêndra el mesurant du regard l'immensité houleuse '.'
Alors Le vaillanl Hanumat prit son élan, par La voie que suivent les chantres célestes, pour découvrir la retraite de Sîtâ enlevée par Râvana. Il contempla la demeure de Varuna, L'Océan terribie, mugissant et infini, plein d'énormes serpents ; et, deboul sur la cime du grand mont, le singe prodigieux apparut tel qu'on dut voir Visnu l<v jour qu'en trois pas il se disposait ;ï franchir les trois mondes... Le grand mont tremblait sousson poids; sur le mont qu'il foulait, les arbres aux tendres rameaux, où le Lotus épandait son parfum, distillaient une soeur rouge pareille au suc du santal, et Les gigantesques serpents venimeux, blottis dans les fentes des roches qui les écrasaient en Be tassant, projetaient des flammes acres et fumeuses... Le corps du singe, diapré des fleurs qui s'envolaienl au vent de sa course fougueuse, brillait comme brille au ciel le halo rougeatre des étoiles naissantes. Ses bras étendus, so balançant dans les airs, semblaient deux glaives étincelants, ou deux serpents rajeunis dans leur peau ueuve;
isj LES LITTERATURES DE L'INDl
et Les grands yeux ronds qui B'ouvraienl dans son mâle visage j accouplaienl les deux planètes Saturne el M ipcure. Le vent, en s'engouffrant sous les aisselles du
rapide animal élancé pardessus la mer, j mugil i ime
un,' nuée de tempête, et la queue du fils de Vâyu, brandie avecforoeà travers les airs, s'y déploie comme l'étendard d'Indra.
Les dieux, qui l'admirent et le voient d'un "'il favorable, veulent pourtant le mettre à l "épreuve : jusqu'où poussera t il la force et l'adresse '.' et, à leur prière, la déesse Surasâ, mère des serpents, pivml la forme d'une goule gigantesque, le guette au passage, le défie de lui c<-ha|>|>er.
\lors le brave singe, indigné dos menaces de Surasâ: « Allons i), dil il, a apprête ta gueule el tâche à m'engloutir ! » Il dit. et, enflammé de colère, le Bis du Vent se fit long de trente lieues et large de dix. A la vin- de ce corps démesuré, l'horrible goule Surasâ ouvrit une gueulededix lieues; mais, sans s'émouvoir, Hanumal grandil à la taille de vingt lieues.
Et les voilà donc qui croissent à l'envi l'un de l'autre, comme dans les formulettes de folklore ou les ci scies» d'atelier. Il n'y aurait pas de raison pour <[ue ce petit jeu s'arrêtât ; le poète, bon prince, s'en est tenu à cent lieues d'entre-mâchoirr-.
Lorsqu'il vil cet enfer béant traversé d'une langue ardente, le (ils du Vent, vaste comme un mont, se rapetissa tout d'un coup à la taille du pouce. Il se jeta dans ..ne gueule ouverte et en ressortit comme un ('clair, puis continua son essor aérien...