Le Bhâgavata-Purâna
335 séquences de vers, Eort Inégalement réparties entre douze livres, outre un appendice final insignifiant: ainsi se comporte ce poème, qui compte
parmi les plus longs de son espèce (environ 18CM> stances ou versets de prose). Le livre le plus court (II) n'a que dix séquences; le plus étendu (X). entièrement consacré a la légende du Bienheureux incarné en Krsna, n'en compte pas moins de 90. La moyenne donne un peu plus de 53 stances par séquence : ce qui revient à dire que le Bhâgavata-Purâna ressemble beaucoup, en tant que forme extérieure, au Râmâyana, dont le héros, lui aussi, est Visnu en l'un de ses avatars.
Pour se faire, à travers le résumé, une opinion précise sur le caractère de l'œuvre, il y faut suppléer les préambules et les transitions, qui y tiennent une place énorme. C'est le triomphe de la fatigante verbosité que nous n'avons eu que trop d'occasions de signaler: plusieurs personnages vénérables prennent tour à tour la parole pour dire à peu près les mêmes choses ; les uns posent des questions, les autres y répondent, et ils s'entendent parfaitement, si nous ne les entendons pas toujours; puis, en illustration d'une doctrine énoncée, l'un d'eux raconte une longue histoire, dont l'opportunité est rarement fort nette. Mais cela n'importe
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pas ici : mi Purâna est bien inoins un cours d'instruction religiease qu'un recueil édifiant, un manuel de dévotion : et aussi chaque légende s'achève-t-elle, à l'ordinaire, par l'indication des grâces spéciales — on écrirait volontiers « des indulgences » — qu'elle vaut à ceux qui la récitent ou l'écoutent. Il importe également de ne pas se tromper sur le sens de la qualification d' « hymnes », donnée à un assez grand nombre de morceaux qui s'insèrent dans ou entre les récits : qu'ils soient censés composés par de simples mortels ou même par des dieux, les hymnes des Purânas ne rappellent que de bien loin l'élan juvénile et spontané des meilleures parties du Rig-Véda, et la plupart d'entre eux ressemblent bien moins à des effusions lyriques qu'à une froide théosophie versifiée.
Livre I"1'. — A la requête des grands sages, le Sûta « le Barde » s'apprête à leur réciter le poème, tel absolument qu'il Eut récité jadis par Çuka, fils de Vyâsa, à Parîksit, roi de Hastinâpura. Il débute par une description du Bienheureux etla révélation du mystère deses naissances. Puis, comme Parîksit est le petit lil> d'Arjuna, l'un des cinq grands héros du Mahâbhàrata (p. 132), ce lui est une occasion naturelle de revenir sur quelques-uns de< épisodes marquant- de la vie des cinq Pândavas et de leurs rapports avec Krsna, incarnation de Visnu : il raconte notamment Leur apothéose finale. Parîksit, condamné, par suite de la malédiction d'un hràh-
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mane, à mourir sous sepl jours de la morsure d'un serpent, s'esl rendu sur la rive du Gange pour se préparer à la mort. 11 y reçoit la visite de Çuka.
Livre II- Description et manifestation mys tiques du Mahâpurusa «Grand Homme » (surnom de Visnu). Parîksit demande quelle est pour un homme la meilleure préparation à la mort. La réponse, ce sera le Purâna, dont le sage exalte la haute origine et les dix saints caractères.
Livre III. — Dans une longue cosmogonie, où il est expliqué comment naquirent l'Intelligence et les autres principes de l'être, comment l'Être en soi pénétre ces principes, ce que c'est que le Temps et l'Univers, etc., s'insère la vision de Brahmâ: le Dieu suprême, assis sur son lotus au milieu des eaux, tourne ses quatre faces vers les quatre régions du monde; alors le Bienheureux se révèle à lui, et il entonne un hymne à sa louange. Ensuite se déroule un des tableaux mythiques des anciens âges : Visnu, incarné en sanglier, va repêcher la terre perdue au fond de l'Océan p. 118). Diti, fille de Daksa et épouse de Kaçyapa, est devenue enceinte : sa postérité, ce seront les Daityas ou Asuras, éternels ennemis des dieux. L'aîné, Iliranyâksa « Œil d'or », a succombé le premier sous les coups de Visnu, descendu pour le tuer de son beau paradis du Vaikuntha. Alors la terre est de-.enue habitable, et Manu, le premier homme, a * fiancé sa fille Dêvahûti « Invocation aux Dieux »
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(cf. p. 46) à Kardama né de l'ombre de Brahmâ. Leur fils sera le grand sage Kapila, quecertains assimilent à Visnu, el dont nous avons déjà rencontré le nom à propos du Sânkhya Yoga (p. 67). La théorie de l'évolution de l'âme individuelle et celle de la délivrance définitive par le Yoga trouvent ainsi leur place.
Livre IV. Daksa, fils du « Non-né » et père de Diti, a seize filles, dont la dernière est la fidèle épouse de Bhava, une des incarnations de riva- Rudra. Elleest donc elle-même identique à Umâ- Durgà; mais elle est dite Sati « la Bonne », en tant nue patronne des Eemme's vertueuses qui immolenl leur corps sur le bûcher de leur mari1. Or ce Daksa, type de la haute compétence dans l'œuvre pie védique, se mel en devoir de célébrer un grand sacrifice, auquel il n'a pas invité son terrible gendre : celui-ci se venge en troublant la cérémonie; mais il se laisse apaiser, et le sacrifice vinit beureusemenl à fin. Suivent les histoires : de Dhruva « l'Immobile », qui mérita, par son ascétisme inouï, d'être enlevé au ciel sur un char; de
l. On voit ici, pour la première [ois, se fixer a L'état d'institution consacrée l'abominable rite dit en anglo-hindou de la Buttée, que les poèmes plus anciens ue connais point encore, mais qui ;i tyranniquemenl régné sur toute l'Inde du moyen âge et jusqu'à dos jours, à ce poinl que
l'administration britannique adû pendant desani sassu-
mer la honte de le tolérer. Il a aujourd'hui complètement disparu.
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Nisâda, l'ancêtre des race- autochtones et sauvages de l'Inde, qui nait de la cuisse de Vôna ; de Prthu, lils de Vêna, qui trait la Terre (Pjthivî) et en dis tri bue le lait à toute- les créatures ; dos dix Pracêtas «Sages»; et la doctrine du Puraûjana, rÂmc vi\ ante qui crée le corps.
Livre V. — Jambudvîpa « l'Ile du Jambu » est l'une des sept lies qui entourent le mont Mêru et composent l'univers : elle doit son nom à un gigantesque pommier-rose qui se dresse au dessus d'elle et la signale au regard ; dans cette île est contenue la péninsule gangétique, dont son nom est devenu le synonyme. Le premier roi de Jambudvîpa fut Priyavrata, « dont la dévotion plut aux dieux », ûlsdeManuet père d'Âgnîdhra, « l'allumeur de l'eu ». Leur légende amène la glorification de l'hypostase du Rsabha « le Taureau » maître de la délivrance. Il eut pour fils les deux Bharatas : celui qui, changé en antilope, recouvra sa forme première, et celui qui contrefit l'idiot; mythes solaires défigurés. Suit une longue description de l'univers, de Jambudvîpa, des mers et des terres, du char du soleil, de la sphère des astres, de la constellation du Dauphin qui est une manifestation de Visnu, des régions de l'abîme, des enfers et de leurs supplices, entremêlée des louanges de Halâyudha ou Sankarsana « le Laboureur », frère aîné de Krsna, qui est une des hypostases de la divinité visnuite.
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Livre VI. — Épisode d'Ajâmila, ravi au ciel sur un char d'or. Descendance de- filles de Daksa: tous lf- êtres en sont issus; parmi eux, Viçvarûpa, lr monstre à trois têtes, fil- de T\ astar. Indra le tue et se souille ainsi du meurtre d'un brahmane, dont lr Bienheureux l'affranchit : la terre, le- arbres, les femmes et les eaux acceptent chacun un quart du crime, sous certaines conditions. Tvasîar irrité sus cite Vrtra contre Indra : le coinl»at s'ensuit, tel que le fournissait la tradition védique, a cela près qu'ici Visnu u'esl plus le pâle auxiliaire, mais le dirigeant suprême, dont Indra devient le bras droit. Tandis qu'il est eu veine d'exploits, Indra lacère, dans le sein même de Diti, sa future postérité, et de ces lambeaux naissent le- Maruts.
Livre VII. — Le- consolations prodiguées à Diti sont dans le ton du panthéisme nihiliste du Vêdànta : il ne faut pleurer ni sur un autre ni sur soimême; car il n'\ a ni toi ni moi. lliranyakacipu, •< Tapi- d'or », géant lil- de l)iti. sûr <le ne rencontrer aiieiui être qui le puisse vaincre, méprise les avis de son lil- Prahrâda, dévot adorateur de Visnu: le dieu, alors, revètanl l'incarnation de \ r-imlia «Homme lion » ( p. 118), le met en pièces. A la suite d'un hymne au Bienheureux et d'un rappel de l'incendie de Tripura, la triple citadelle de- A-ura-, par les feu\ de Çiva, le i i \ re -o termine par un exposé de- pratique- pieuses et méritoires,et notamment delà répétition incessante de
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l'ineffable syllabe ôm, qui concentre en elle toute l'essence des Védas.
Li\ re VIII. — Le mont Trikûla , haut de 10000 lieues, a trois sommets, l'un d'or, l'autre d'argent, le dernier d'airain : un gigantesque el magnifique èléphanl roi vient se baigner à ses pieds ; il est saisi par un crocodile; il invoque le Bienheureux,— fort longuement, le crocodile aurait dix l'ois le temps de le mettre à mal ; — Visnu, porté par l'oiseau Garuda, descend du ciel, et de son disque fend la gueule du monstre (mythe solaire). En dehors de cet épisode, l'exposé des Manvantaras (p. 1!>1), le barattement de la mer, la conquête de l'ambroisie pour les dieux (p. 117) et le pacte fameux du Daitya Bal i avec Visnu-nain (p. 116) remplissent tout le livre.
Livre IX. — Légendes éparses reliées par le fil ténu de généalogies royales p. 191). Ilà, fille de Manu (p. 46'). Sukanyâ(p.l50 ... Le roi Hariçcandra, en récompense de sa piété et de sa libéralité, est enlevé au ciel avec sa ville et son peuple; mais ensuite il en est banni en punition de son orgueil, et sa ville flotte désormais entre ciel et terre. Le roi Sagara s'apprête à sacrifier le cheval (p. 140), mais on le lui vole: il envoie ses 60000 fils à la recherche ; ceux-ci fouillent la
1. Ilà, lia et Ida sont trois formes à peine différentes du nom commun védique idâ, qui désigne la part doblation consommée par les prêtres dans le sacrifice solennel.
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terre jusqu'en ses plus profonds abîmes; rencontrant le sage Kapila p. L97), ils l'accusent du vol; L'ascète indigné les réduil en cendres d'un seul re gard; pour célébrer leurs obsèques, il faut faire descendre du ciel la -aime ri\ ière < îangâ (le < range ; od y parvientà force d'austérités*, mais elle s'arrête d'abord sur la tête du dieu Çiva qui s'oppose à sa chute; enfin elle tombe sur la terre en cataracte éblouissante el entraîne les restes des fils de Sagara à l'Océan, qui par cette rai-. m esl «lit Sagara. Légendes de Rama (p. 162 . de Nimi (fondée sur un jeu de mots), d'Aila Purûravas, fils d lia et époux il l rvaçi (qu'on retrouvera dan- le théâtre bindou), de Paraçu Etâma (p. 118), d'Âyu, fils de Purûravas et Urvaçî.
Livre X. Visnu s'apprête à descendre sur terre bous l'avatar de Krsna. Mais il a été prédit à l'Asura Kamsa qu'il serai! détrôné par un de ses aeveux, et en conséquence il cherche à tuer tous les enfants de sa cousine Dêvakî. Pour échapper à ses embûches, Krsna passe toute son enfance parmi le> bergers, en tant que fils putatif de Nanda et de ôdâ, à qui l'a confié son père Vasudêva. Tout petit, il renverse un grand char sous lequel on l'avait couché; à qui le prend dan- ses bras il paraît toul a coup d'une pesanteur intolérable; il étrangle le démon Trnâvarta. Il invente dan- ses jeux toute sorte d'espiègleries : un jour que sa mère, pour le punir, veut l'attacher à un mortier, elle a beau
prendre corde sur corde, toutes se trouvenl trop courtes; après quoi, il s'attache lui même, et, entraînant avec soi le mortier, renverse sans coup férir deux grands arbre-. Il tue le démon-grue Baka. Le démon boa A.gha vient pour l'engloutir; mais il se précipite lui même dans la gueule du monstre, puis se gonfle et lui fait éclater la gorge. Assaillis par une troupe de démons ânes sous la conduite de Dhénuka, lui et son frère Bala-Râma, — « R. le Fort », le même que Sankarsana, — se préservent de leurs furieuses ruades, tout simplement en les empoignant par les pieds de derrière et les faisant tournoyer en l'air. 11 dompte le serpent Kâliya et danse avec aisance et grâce sur ses multiples tètes, préserve le parc d'un incendie en buvant le feu menaçant, et tue d'un coup de poing le géant Pralamba. Ici s'insère une description de la saison des pluies et de l'automne, dans le goût classique, agrémentée de concetti et de calembours. Indra, jaloux de l'amour exclusif des bergères pour Krsna, soulève un épouvantable orage ; mais Krsna, « comme un enfant tiendrait un champignon », soutient en l'air le grand mont Gôvardhana, sous lequel tout son peuple s'abrite de la pluie et du vent. Durant le voluptueux branle rasa qu'il mène avec les bergères, il s'éclipse tout à coup : les bergères le cherchent avec angoisse; il reparaît et le jeu reprend. Après avoir eu raison d'autres démons, dont l'un rappelle le Cacus italique, il rentre, mandé par