I.ll iKliUTIti: PHOFANE
plus haut degré que lui, - et trop souvent jusqu'à l'outrance, le dispense presque à volonté de l'emploi des cas et lui permet d'accroître indéfiniment son opulent vocabulaire. Une syntaxe d'une mer veilleuse souplesse enchaîne ses mots en amples périodes, qui déborderaient le cadre étroit et sobre de la stance ou du verset védique; les raffinements d'un style minutieusement étudié et travaillé comme à la loupecourent en semis d'or surcette trame aux nuances vives et pures; et. si parfois cette poésie savante semble perdre en spontanéité et en fraîcheur ce qu'elle gagne en variété et en élégance, ceux là seuls s'en plaindraient à qui ne parle qu'un seul des mille aspects de l'art.
Le groupement en stances de quatre vers, pareilles ou non. demeure la règle immuable de la versification nouvelle: le vieux çlôka subsiste, et la plupart des mètres védiques sont encore en honneur ; mais sur ces tiges vivaces une fécondation dont l'histoire nous échappe a fait épanouir une étonnante diversité de fleurs doubles aux pétales rayonnants. Autant la rhétorique sait énumérer défigures, autant au moins la métrique rompt. • de genres de stances, dont le rj thme égal berce l'oreille ri chante dan- la mémoire. Le triomphe de cette technique délicate, c'est le « jeu du tigre »>, stance dr l fois l!' syllabes, où les longues s'étirent en langueur féline, ou les brèves bondissent en détentes brusques, les six dernières reproduisant le dessin
J"s lis LITTÉRATURES l>K L'INDE
rythmique du uorn sanscrit : çârdùlavikrtditariï*. Il va de soi que l'écueil d'une semblable recherche,
c'esl If lourde force puéril, et les poètes ne l'ont pas toujours évité : sans parler des vers qui se lisent de même de gauche à droite ou de droite à gauche, ni des stances qui affectent la forme d'une épée ou d'une guirlande, on rencontre, çà et là, jusque dans les ouvrages à bon droit les plus renommés, îles allitération- forcées ou dénuées de sens, des beautés de convention dont tout le mérite est dans la difficulté vaincue.
D'autre part, l'écueil du style élégant, c'est la préciosité. Quelques (ouvres célèbres sont presque tout entières en concetti, à ravir en extase, en deux cent- pages d'affilée, les admiratrices de Voiture ; de celles-là, nous parlerons le moins possible. Mais il n'est guère d'écrivain classique, prosateur ou poète, qui résiste à la tentation facile de faire de l'esprit, fût-ce à contre-temps, et le fin du fin, pour certains critiques, ce sont des traits qui nous paraissent, à nous, insignifiants ou grossiers. Un exemple pris au hasard : dans un joli recueil, sur lequel nous aurons occasion de revenir, on lit la stance que voici (Bhâminî-Vilâsa, I, 124):
Les femmes, même de haute naissance, il ne s'y
1. Deux longues, une brève, deux longues, une brève, une indifférente : la dernière syllabe d'un vers l'est toujours; une voyelle suivie de deux consonnes quelconques est réputée longue.