‹ Les littératures de l'Inde; sanscrit, pâli, prâcritChapitre 92 sur 130 · LITTÉRATURE PROFANE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE PROFANE

« Profane », disons-nous, en tant qu'elle ne rentre, ni directement, ni sous le bénéfice d'une pieuse fiction, dans le canon religieux; non pas toutefois qu'elle ait rompu ses attaches avec l'orthodoxie, soit brahmanique, soit bouddhique : l'épi thètedoil s'entendre sous les réserves formulées au début même de ce livre. Si le terme usuel de « littérature classique » ne figure point à cette place, c'est que notre exposition, plus jalouse de séparer les genres littéraires que de s'astreindre à une sèche chronologie, nous a fait depuis longtemps largement empiéter sur l'âge du sanscrit classique, auquel appartiennent, ou l'a vu, les Purânas, les Castras, et partir même do- ('•.•rit- védiques. Le classique commence aux environs du I H° siècle avanl .!■-< '.. c'est à dire à l'époque où le sanscrit, sans cesser d'être compris, aisémenl des lettrés, el delà masse

moyennant un léger effort, n'était plus cependant la langue courantedes milieux populaires1, suppléé dans cet office par les nombreux pràcrits qui pullu lèrenl à la faveur de l'extrême division de la grande péninsuleety préparèrent l'avènement des dialectes modernes.

Le sanscrit dit classique est donc, dans une certaine mesure, une langue artificielle, née d'un compromis entre celle des vieux Védas et les idiomes qui en étaient issus, comparable au latin du moyen âge écrit par des gens qui dans l'intimité parlaient français. Mais, codifié, au temps où il allait disparaître, par d'excellents grammairiens, il s'est maintenu intact par l'imitation des modèles et se survit de nos jours encore, noble et gracieux témoin de l'unité morale de cette Inde tant de fois conquise et morcelée. Moins riche que le védique en formes grammaticales, il l'est toutefois presque autant que le grec dans la conjugaison, beaucoup plus que lui dans la déclinaison ; et néanmoins la faculté de composition des mots, qu'il a développée à un bien

1. Le plus ancien document daté des langues de l'Inde, ce sont les édits du roi bouddhiste Açôka (IIIe siècle) ; or ces inscriptions, soigneusement gravées pour être lues et comprises de tous, ne sont pas en sanscrit, mais en un dialecte mixte, que M. Senart appelle très heureusement « prâcrit monumental ». D'autre part, on a vu que la prédication bouddhiste, pour se répandre parmi les masses, dut, dès le Ve siècle, emprunter l'organe d'un prâcrit local, qui est devenu le pâli conservé à Ceylan (p. 79).

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