‹ Les Littératures populaires de toutes les nations (volume 2)Chapitre 100 sur 113 · GARGANTUA A BASTELICA · texte numérisé non relu

GARGANTUA A BASTELICA

u temps jadis, les habitants de Bastelica étaient en guerre avec un village voisin, et, pour détruire la puissance de leurs ennemis, ils attachèrent à leur tour une corde de crins tressés, et se mirent à tirer dessus de leur mieux pour l'abattre. Tous les gens de Bastelica, même les femmes et les petits enfants, s'y employèrent de leur mieux ; il leur semblait de temps en temps que la tour allait tomber ; mais quand ils se retournaient pour voir si sa chute était prochaine, ils la voyaient à la même place, droite et solide. Au bout de trois jours, ils finirent par s'apercevoir que la tour ne bougeait pas, et que seule la corde en s'allongeant, produisait ce mouvement.

— Ah ! dirent les anciens, il faut aller chercher Gargantua.

— Oui, répondirent-ils ; mais où le trouver?

Comme ils parlaient ainsi, ils virent une grande

ombre, c'était Gargantua qui arrivait ; il leur demanda ce qu'ils avaient à tant suer.

— C'est, répondirent-ils, que depuis trois jours nous voulons abattre cette tour, sans pouvoir y parvenir.

— Laissez-moi faire, dit Gargantua.

En un tour de main, il jeta la tour par terre ; mais, quand les gens de Bastelica voulurent le remercier, il avait disparu ; en une seule enjambée, il avait fait plus de trois lieues, et on ne put le retrouver.

(Communiqué par M. Ortoli).

Bastelica est un village de bergers dans la montagne, dont les habitants passent pour être les Béotiens de la Corse.

Ce Gargantua, dont Tombre s'étend si loin, est apparenté au Gargantua gascon. Comme le Juif errant, il marche toujours. L'épisode de la tour arrachée peut être rapproché de la colonne démolie par Gargantua (cf. p. 4$), du clocher courbé par sa mère (cf. p. 51), du tour de force analogue attribué à Olivier (cf. p. 298), et du passage suivant d'un poème ossianique, qui est ainsi rapporté par M. Henri Martin (Études d'archéologie cel' tique, Y. 9S):

«t Ossian, marié à une fée de Killamey, se souvient de son peuple et de sa patrie, et il désire les revoir. La fée, consentant à grand'peine, lui donne un cheval magique et lui recommande

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