LA DENT DE GARGANTUA
ARGANTUA était uti géant comme on en voit peu; son âge, on l'ignore, et tout porte à croire qu'il naquit avec les éléments. Il était si grand, que sa tête se perdait dans les nuages et qu'en deux enjambées il allait de Saint-Malo en Angleterre. Il était si grand, si grand, qu'il passait par-dessus les clochers et les montagnes, et que, pour son plaisir, il faisait en huit jours le tour du monde.
« Revenant de l'un de ses voyages, il passa par Dinan ; il s'y arrêta un instant pour visiter les Géants qui demeuraient en Saint-Samson, et il lai prit fantaisie de descendre la Rance pour se rendre i Saint-Malo, qui n'était alors qu'un rocher désert. Les rives de cette rivière le char^ mèrent à tel point qu^il songea à se fixer sur ses
bords. A cette époque, la Rance n'était encore qu'un ruisseau formé des larmes de sa sœur, veuve depuis quelques années ; mais une chose l'embarrassait, les montagnes peu élevées ne lui permettaient pas de se creuser une grotte conmiode et agréable où il pût se mettre à l'abri des rigueurs de l'hiver. L'on était alors au printemps. Il réfléchit un instant à ce qu'il ferait, et décida qu'il pourrait bien prendre ses quartiers d'été sur ces rives enchantées, et coucher à la belle étoile pendant les deux saisons qui s'annonçaient devoir être fort tempérées.
« C'était un grand philosophe, un grand penseur, que ce Gargantua, et, quand il avait bien pensé, bien réfléchi, comme on ne fumait pas le cigare de son temps, il prenait ses récréations à voir flotter les nuages. Il s'étendait alors nonchalamment sur les grèves, ôtait ses chaussures, et laissait les lames se briser sur ses larges pieds. Souvent il s'amusait à voir les homards, les poinclos et les bigorneaux se jouer entre ses doigts, et poursuivre de leurs longs ciseaux les petits poissons qui jouaient à cache-cache sous ses ongles, en se moqvunt des cornes qu'on leur présentait.
c Mais un jour, en écoutant les amoureuses coâ-.
lOO GARGANTUA
fidences des chevrettes, notre sire se prit à avoir envie de devenir amoureux. Cette pensée le rendit tout triste. Ce sentiment était chose facile chez les homards et les bigorneaux, mais pour lui, depuis qu'il courait le monde, jamais il n'avait vu femme qui pût lui convenir. Dans son dépit d'être condamné à vivre seul, il allongea les jambes avec une telle iforce qu'il renversa une barque qui voguait sur les eaux du ruisseau. Sans un petit cri sorti de cette barque, notre géant ne se fût pas aperçu de cet événement ; surpris, étonné, il jette un regard sur les flots, et voit entre les lames un petit être qui luttait avec énergie contre le courant qui l'emportait au large. Gargantua se lève, plonge sa large main dans les eaux, et en retire quelque chose de gracieux : un petit rien drapé dans de longues gazes roses, qui laissent apercevoir les formes les plus gracieuses.
« — Qji'est-ce que cela ? dit Gargantua, examinant attentivement cette petite forme humaine ; jamais je n'ai vu rien de si beau 1
« Il se demandait donc ce que ce pouvait être :
un ange du del ou une créature de la terre. Ce
n'était ni l'un ni l'autre : C'était un génie, une
> . .• Féd des eaux 1 La jolie Fée, en ouvrant ses beaux • ^ * » .
EN HAUTE-BRETAGNE lOI
yeux bleus , regarda Gargantua avec surprise ; puis, s'enhardissant petit à petit, elle se mit à sauter sur ses doigts et à danser dans sa main. Gargantua, émerveillé de ses grâces, et oubliant que sa pensée se traduisait par un bruit aussi éclatant que le son du cor, pensa tout haut : « Ho ! ho ! fit-il, voici bien ma femme i c'est dommage qu'elle soit si petite 1 » Et Gargantua, relevant sa main droite, voulut la caresser en lui adressant de douces paroles.
« Mais sa voix, qui couvrait le bruit du tonnerre, eÔraya tellement la Fée que, déployant ses ailes de papillon, elle s'enfuit au fond des eaux.
« Gargantua, en la voyant disparaître , jeta des cris si forts que les échos effrayés refusèrent de les répéter et se cachèrent dans leurs antres. Notre géant, épris des charmes de la Fée, ne quitta plus les bords de la Rance, où il l'attendait avec anxiété. En adoucissant sa voix, il l'appelait avec de douces paroles. La jolie Fée, qui l'entendait des galeries de son palais de cristal, se laissa aller à la curiosité, et quittant ses bosquets d'algues vertes, elle montra sa jolie tête blonde à la surface des eaux.
« Gargantua, que l'amour rendait clairvoyant»
Taperçut, et prenant un air tendre, il lui conta ses peines et sa violente passion. La Fée s'en amusa et trouva plaisant d'être aimée d'un pareil géant, qui passait dans le monde des Génies pour être un grand philosophe, fort peu occupé de plaisirs frivoles, et renommé pour son indifférence ; elle lui promit de venir le visiter chaque jour et ne manqua pas au rendez- vous.
« Un siècle s'écoula en douces causeries ; mais voilà qu'un jour Gargantua songea au mariage ; en conséquence, il en parla aux frères de son. amante. Ces derniers le refusèrent, et firent part à leur sœur du désespoir du Géant. La Fée le partagea, et ses frères attendris promirent de rappeler Gargantua.
« L'amoureux Géant revint enchanté, et en aima davantage la bonne Fée ; mais les Génies mirent une condition à ce mariage; ils appelèrent au serment Gargantua qui leur jura, foi de Géant, qu'il ne naîtrait pas d'enfant de cette union. Après cette promesse, on fixa le jour des noces, et le mariage, auquel assistèrent toutes les Fées et les Génies de la Rance, se célèbraj brillamment à la surface des eaux. Qjiand les fêtes furent terminées, la petite Fée partit assise sur le pouce de son mari.
« Le bonheur fut grand dans le nouveau ménage. Le Géant adorait sa femme, qui de son côté ido* lâtrait son époux. Gargantua se montrait doux, poli, complaisant, et se ployait à tous les caprices de sa petite femme, qui se promenait dans sa barbe comme dans un bois, dansait dans ses mains, sautait sur ses doigts de pieds ou se cachait dans ses oreilles où elle lui contait des tendresses. Mais le Génie du mal, qui n*avait pas été convié à la noce, jaloux de leur bonheur, vint un soir les visiter et jura qu'il se vengerait de cet oubli des convenances.
« Dans la nuit qui suivit cette visite, la Fée apprit avec joie à son mari qu'elle allait être mère. Gargantua, au lieu de se réjouir de cette heureuse nouvelle, fronça le sourcil en se rappelant le serment fait à SCS beaux-frères , et déclara qu'il était décidé à ne pas le violer en avalant ses enfants sitôt après leur naissance. Cette détermination jeta la petite Fée dans une grande douleur, mais ea sa qualité de femme, elle sut dissimuler son ch»» grin et promit de se conformer aux désirs de son époux. Gargantua, charmé de sa docilité, lui donna un bon baiser et s'endormit profondément.
« Lorsque sa femme Tentendit ronfler, elle sortit de son lit, ouvrit ses ailes et se rendit sur les bords d'un lac situé dans la forêt de Chausey, où demeurait sa nourrice; la bonne femme fut enchantée de la revoir ; elle la consola et lui dit : « Monseigneur Gargantua n*a pas pour habitude d'y regarder de si près : je saurai bien le tromper en lui faisant avaler un chevreau pour votre enfant, que ma fille élèvera sous les eaux du lac, où Sa Seigneurie n'ira pas le chercher. Soyez sans inquiétude sur l'issue de cette affaire; j'en ai trompé de plus fins que lui ; retournez chez vous et ne confiez votre secret à personne.
« La Fée, toute joyeuse, revint prendre sa place dans le lit de son époux endormi, qui ne se douta jamais ni de son absence ni de la trame ourdie contre lui,
« Quand le moment de la délivrance de la Fée fut arrivé, la nourrice vint la visiter et trouva mille prétextes pour éloigner le Géant, qui trouva, un soir en rentrant de ses promenades, sa femme malade. Il s'en inquiéta, et la nourrice, l'appelant à l'écart, lui remit dans l'ombre un paquet emballé qu'elle lui présenta comme son fils, pour lequel elle réclamait le baiser paternel. Le Géant
le saisit et Tavala d'une gouîée, dit la tradition.
« Pendant ce temps, la sœur de lait de la Fée fendait les airs avec le nouveau-né qu'elle emportait dans son lac. Gargantua, qui depuis plusieurs mois boudait sa femme, se remit à l'aimer comme par le passé ; il l'aima si bien qu'un an après la naissance de son premier enfant, la Fée donna le jour à un second fils qui fut rejoindre le premier, pendant que le Géant avalait un jeune porc.
« Qiiatre naissances suivirent et furent aussi heureusement cachées que les précédentes. Gargantua avait avalé : un chien, un veau, un âne et un poulain pour ses enfants, dont il ne redoutait plus la naissance.
« Enfin il en vint un septième, sur lequel on ne comptait pas de sitôt , et la nourrice n'avait rien préparé pour fêter sa vjenue, qui fut un sujet de trouble pour les pauvres Fées, car Gargantua arrivait au logis en même temps que l'enfant au monde, et elles n'avaient rien à lui offrir. Le Géant s'assit auprès de sa fenmie et demanda le nouveau-né. Désespérée, ne sachant comment faire pour soustraire l'enfant à la voracité paternelle, la nourrice allait le livrer quand tout à coup
die heurta un quartier de roche ; une idée traverse son esprit : elle jette le marmot dans une crique ; saisit la roche, Temballe et la présente au Géant, qui ouvre une grande bouche et se dispose à avaler ce dernier rejeton de sa race.
« Malheureusement la pierre était un peu grande, et en passant dans le gouâre, elle brise une dent du Géant, qui s'aperçoit alors de la supercherie de la nourrice. H entre dans une grande colère contre la matrone, à laquelle il veut donner un coup de pied ; la nourrice s*esquive, le coup porte à faux, et Gargantua enfonce dans la mer le terrain cultivé sur lequel il se trouve et fait naître la plaine de Mordre ou de Mordreuc.
« La nourrice prend l'enfant et s'échappe, heureuse de la réussite de son tour.
« Gargantua, sentant la roche lui peser sur l'estomac, et craignant les effets f^lcheux d'une mauvaise digestion, s'éloigna de sa femme, et s'étant arrêté dans la grève, non loin de Garot, il rendit la dent qu'il avait avalée la première. Elle se piqua debout dans le sable, près du ruisseau qui coule à la pointe de Garot, où elle resta telle que nous la voyons, pour attester la vérité de cette histoire.
« Gargantua, toujours en proie aux soufiirances^
occasionnées par une digestion difficile, fit quelques pas vers Saint-Malo ; mais se sentant au pied une vive douleur, il se baissa, ôta son soulier et y trouva.... Devinez?
« Un gravier !
« Pas du tout, une roche, qu'il jeta devant lui, et qui tombant dans la Rance, sous Saint-Servan, devint cette masse de granit que Ton voit entre là pointe de la Vicomte et les Corbières, si connue sous le nom de Bizeul ou Bizeu ; d'autres assurent que ce gravier n'est autre que le célèbre rocher de Cancale.
« Quelqu'incroyable que vous semble ce fait, en voici un autre bien plus surprenant et tout aussi véritable.
« Le bloc de granit que notre Géant avait avalé pour son fils lui pesait sur l'estomac, et le faisait toujours horriblement souffrir. Nul repos, nulle trêve pour Monseigneur Gargantua depuis l'instant fatal où il avait pris cet indigeste repas. Il marchait devant lui, au hasard et sans but , luttant contre un mal insupportable, auquel se joignit bientôt une fièvre ardente et une soif dévorante. Mais comment l'assouvir ? Il était en pleine mer ? •— Allons, dit le Géant, buvons de l'eau salée I
« Et le voilà se baissant et buvant à longs traits les eaux de la mer ; ces eaux, se déplaçant, formèrent un courant si fort par l'aspiration du Géant, qu'elles entraînèrent dans le gouffre une flotte anglaise qui croisait dans ces parages, et sans que le Géant s'en aperçût, elle disparut dans ses vastes entrailles. Il crut seulement sentir im poisson, une chevrette lui érailler le gosier ; c'était si peu de chose qu'il n'y fit nulle attention, et il reprit sa marche habituelle. Mais, soudain en proie à de nouvelles douleurs, il se crut à son dernier jour. Il lui sembla que des crochets de fer lui déchiraient l'estomac ; bientôt il sentit un bouleversement intérieur suivi de bruits sourds, qui l'effrayèrent au point de lui faire presser sa marche vers le continent, où il espérait consulter son médecin. Enfin, éprouvant un moment de relâche, il crut que c'était fini, et il se dit : « Ce sont des gaz qu'une longue promenade dissipera. Allons vers l'Inde ! » Les douleurs prirent de nouvelles forces, et les bruits intérieurs se firent entendre plus terribles. « Eh ! dit Gargantua, ne dirait-on pas que je porte le bombardement de l'univers, la destruction du globe ?» Et il fit de plus longues enjambées pour arriver dans l'Inde»
OÙ il espérait trouver un confrère très habile dans l'art de guérir.
« Laissons-le poursuivre sa route, et revenons à notre flotte, composée de corvettes, frégates, avisos, bricks, vaisseaux à trois batteries, que l'aspiration du Géant avait entraînée dans les profondeurs de l'abîme.
« Le vaisseau amiral, surpris par le courant, passa le premier ; la flotte entière disparut à sa suite. Ne comprenant rien à l'obscurité qui les environnait, les officiers firent allumer les lampes et consultèrent la boussole. L'aiguille aimantée, tournant en tous les sens, leur devint inutile.
— n faut avoir recours au canon d'alarme, dit un ofiicier ; et le capitaine donna ordre de tirer un coup. A l'instant il lui fut répondu par la flotte entière.
— Où sommes-nous donc ? disent les officiers avec douleur. Tirez jusqu'à ce que les quintaux de poudre en soient épuisés.
— Tirez à boulet, ajouta un autre officier.
et L'ordre fut exécuté, et les bordées se croisèrent. Matelots et officiers tombaient sur les ponts. La confusion était partout, et Gargantua, en proie au désespoir, arrivait dans l'Inde épuisé, hors d'ha-
I lO GARGANTUA
leine, et tombant aux pieds de son ami, il lui dit : « Je suis mort, si tu ne me tends la main. »
« Le médecin, surpris du vacarme qu'il entendait, lui administra un violent remède qui eut un eSet immédiat, et notre Géant évacua la flotte anglaise dans un triste état : mâts brisés, sabords emponés, ancres perdues, et faisant eau de toutes pans.
« L'on dit que cette flotte, honteuse et confuse, n'osa plus revenir en Europe. Brûlant leurs vaisseaux, les Anglais s'établirent sur les côtes de l'Asie, et conçurem l'idée d'un tunnel futur en souvenir du passage obscur par lequel ils étaient arrivés dans l'Inde.
« Quant à Garganma, épuisé de fatigues et de chagrins domestiques, il expira dans les bras de ses amis, qui Tenterrèrent dans les vallées <ie Cachemire, et, portant pierre sur pierre, ils levèrent à sa mémoire un tombeau dignefde kd, et formèrent ces chaînes de montagnes dont le centre est THymalaya.
« La Fée apprit bientôt sa fin malheiuease ; elle lui donna des rq;rets et rejoignit ses en£uits sons les flocS, où ils vivent encore. L'on dit que, trniaî de la vcxadté patemeUe, ik eqgloiuissent tous jçi
hommes et les animaux que leur jette la tempête. L'on dit encore que les vaisseaux et leurs cargaisons disparaissent dans les estomacs des demigéants, sans que rien ne puisse assouvir la faim qui les mine. »
(Madame de Cerny, SaintSuliaCy p. 69 et suiv.).
Je ne sais à quel point s'est arrêtée la broderie que M"*" de Cemy a faite sur cette légende; on peut accepter comme populaires beaucoup des éléments qu'elle contient, entre autres les rochers semés par le Géant (cf. le § II, et le commentaire du conte II) ; ses enjambées (cf. le commentaire du conte II) ; la flotte avalée (ibid.^y épisode plus développé ici qu'ailletirs.
La viute aux géants de Saint-Samson est-elle une allusion à d'autres géants qui auraient habité ce pays voisin de la Rance, ou à une série de mégalithes, dont le menhir de la Tiemblaye serait le seul débris ? Je n'en sais rien, et je n'ai pu me procurer dans le pays aucun renseignement à ce sujet; on m'a seulement affirmé que les vieillards appelaient Pierre de Gargantua le menhir de la Tiemblaye.
Plusieurs contes gargantuesques (cf. les contes n«» IV et VI) font allusion au cataclysme qui submergea la forêt de Scissy et qui eut pour résultat de grossir la Rance. Peut-être M*^* de Cemy n'a-t-elle pas osé attribuer la formation de cette rivière anz compisseries copieuses du Géant, qui ont formé les rivières Toisines de l'Arguenon et du Frémur (cf. § II).
Dans la Vie du fameux GargantuaSj le héros « ne pouvant retenir ses larmes, en laissa tomber une si grande quantité qu'elles auroient été capables de fiure moudre un moulin»
on ne raconte rien à leur sujet, et la légende a disparu.
(Communiqué par M. J. Even^ avoué d Dinan),
« Au Roz, près du Q.uillio, à deux lieues d*Uzel, dans un pays qui faisait sans doute autrefois partie de Tancienne Brocéliande, j'ai vu le rocher de Merlin, le portail de sa grotte sauvage ; c'est là que l'enchanteur logeait dans une barrique. Ce portail est un rocher dont la nature a fait une immense arcade.
« Un jour, disent les paysans, un être supérieur interrogea Merlin sur les intempéries de l'air, qui devaient rendre inhabitable cette horrible demeure.
— Comment fais-tu, Merlin, quand le vent d'ahaut bat le rocher ?
— Je tourne ma barrique vers le vent d'abas.
— Et quand le vent vient d'abas ?
— Je tourne ma barrique vers le vent d'aham.
— Et quand les quatre vents battront ?
— Je mettrai ma barrique adens....
« Ce grand enchanteur posait ses pieds sur deux rochers séparés par un vallon et bm^ait à l'étang du Roz. Or, il y avait plus de trois cents toises
entre les trois sommets de ces angles si prodigieusement décrits.
« Ces traditions sont dans la mémoire de tous les paysans de la contrée, et, encore en ces derniers temps, dit-on que quelques-uns auraient entendu le roulement d'une barrique le long des nuits. »
(Baron Dutaya, Brocélitmdey p. 161-163).